Siem Reap : Herbal Kulen, essences naturelles, nature essentielle

Pari Sophary Unn a lancé en 2018 la marque Herbal Kulen, faite d’huiles essentielles, de tisanes et d’un gin qui rencontre un large succès. Entretien avec cette enfant des temples, qui revient sur la genèse de la gamme et sa philosophie.

Pari Sophary Unn a lancé en 2018 la marque Herbal Kulen,
Pari Sophary Unn a lancé en 2018 la marque Herbal Kulen

Avant toute chose, Pari, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Cambodgienne, née à Kampot dans les années 80, dans une famille qui était proche de la nature et qui s’est ensuite installée dans la zone des temples d’Angkor. J’ai ainsi grandi au Srah Srang, cette grande étendue d’eau qui fait face à Banteay Kdei. Je suis depuis lors restée à Siem Reap, où j’ai travaillé dans les activités liées au tourisme.

Quand est-ce que l’aventure Herbal Kulen est née, et qu’est-ce qui vous en a donné l’idée ?

Avec mon mari Guilhem, nous avons commencé l’agriculture en 2014 à côté du temple de Beng Mealea, sur un terrain tout proche du Phnom Kulen. En venant depuis Siem Reap, c’est le premier endroit à offrir à la vue un paysage avec du relief. Depuis ce lieu, nous pouvons admirer une grande variété de panoramas.

Alors que nous prenions possession du terrain, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’arbres rares avaient été coupés. Principalement des arbres de type Beng, Ko kor, ainsi que des palissandres. Nous avons également découvert sur le terrain la présence d’un four construit pour transformer directement sur place le bois en charbon.

C’était un peu effrayant de se promener au milieu de la forêt et de découvrir tous ces restes d’arbres parfois fraîchement coupés. Certains gisaient entourés de leurs copeaux comme au beau milieu d’une scène de crime.

Entre les arbres, les villageois plantaient du riz. Ce qui procure un paysage magnifique pendant la saison des pluies : l’alternance des arbres et des rizières offre quelque chose d’unique et d’inspirant, comme un jardin japonais.

Concernant le riz, malheureusement le rendement n’était pas très bon et l’érosion des sols, lavés par la pluie, était très importante. Comme nous étions nouveaux dans cette activité, nous avons demandé conseil autour de nous. Certaines personnes nous ont dit que nous devrions vendre les grosses pierres situées dans les environs, ainsi que le sable. D’autres nous ont suggéré de continuer l’activité de charbon de bois, car nous disposions déjà d’un four. On nous a aussi conseillé de cultiver des manguiers, des citronniers ou des noix de cajou : c’étaient les seuls arbres que nous pouvions planter à grande échelle, car facilement disponibles en pépinières.

Puis nous nous sommes tournés vers un professionnel spécialisé en agriculture biologique, dont la réponse nous a marqués : « Ne détruisez pas votre sol et ne faites pas de monoculture : vous ferez peut-être moins de bénéfices, mais votre environnement et votre vie s’en porteront mieux. Laissez-vous inspirer par la permaculture et l’agroécologie. » Cela a sonné pour nous le début d’une nouvelle conception de l’agriculture : faire la part entre l’exploitation des ressources et la production de ressources. La différence est énorme.

Quels étaient les premiers produits de votre gamme ?

Nous avons dans un premier temps commencé par les tisanes, en plantant toutes les graines d’une combinaison dans un même espace, dans une expérience qu’on pourrait appeler permaculturelle. Nous sélectionnons ensuite les feuilles, herbes et racines qui poussent ensemble pour assurer un mélange équilibré.

Nous sommes ensuite entrés dans la magie de la distillation, d’huile essentielle dans un premier temps, puis la distillation d’alcool avec l’élaboration de notre gin.

Comment définiriez-vous votre gamme de produits ?

Naturelle, originale et originelle. Pour nous, l’eau que l’on utilise pour les tisanes, l’huile pour les huiles essentielles et l’alcool pour le gin servent de véhicule pour amener vers le plus profond de nos corps et de nos cellules les qualités botaniques qu’elles contiennent.

Dans le cas de nos tisanes, nous considérons l’eau comme étant une bénédiction, et c’est ainsi qu’on la conçoit dans les monts Kulen. L’eau est indispensable à la vie, elle transporte les sels minéraux vers nos cellules. Les tisanes sont élaborées avec une sélection de feuilles, d’épices et de racines, toutes bénéfiques pour le corps humain. Sélectionnés et séchés avec précaution, les ingrédients dilueront leurs propriétés dans l’eau et diffuseront leurs bienfaits à travers le système digestif.

Pouvez-vous nous parler de vos huiles essentielles et de leur élaboration ?

Avant toute chose, il faut savoir que l’on ne peut produire que très peu d’huiles essentielles au Cambodge. Nous nous concentrons sur la citronnelle et le lemon-grass. Les autres cultures de végétaux porteurs d’huiles essentielles ne sont pas disponibles en quantité suffisante pour envisager leur distillation ici. Produire, par exemple, 1 kilo d’huile essentielle de lemon-grass nécessite d’utiliser 300 kilos de matière végétale fraîche.

L’huile essentielle est une part importante de l’aromathérapie. C’est une vibration. Un ton. C’est comme la note « La » qui sert de référence pour accorder les instruments. Obtenir une huile essentielle par un procédé de distillation spécifique permet d’extraire la pureté que certaines plantes renferment en elles-mêmes. Les bons processus de séchage et de distillation permettent au végétal de libérer ces huiles.

Une fois l’huile essentielle obtenue nous pouvons la diluer, pour l’aromathérapie, à raison de 3 % dans une huile végétale par pression à froid. Ces huiles, dites cary oil, sont riches en vitamines et en oméga. Elles vont nourrir la peau tout en transportant l’huile essentielle qui va être ainsi intégrée au corps.

Le gin est votre produit phare, votre « best-seller » ?

Oui, nous avons la chance de toucher une clientèle assez variée, majoritairement cambodgienne. Tisanes et huiles essentielles suscitent un bel engouement, mais c’est notre gin qui se vend le plus. Le gin est à l’origine une liqueur médicinale, considérée comme une eau-de-vie ou un spiritueux. Les baies de genévrier sont primordiales pour sa saveur. Par conséquent, dans notre gin, le genévrier est la seule source que nous devons importer des pays froids, car il ne pousse pas sous notre climat de savane tropicale.

Le reste des 11 plantes, herbes, épices et racines infusées et distillées dans notre gin sont cultivées sur nos terres, sous notre stricte supervision et dans le cadre de l’agriculture biologique. Ils reflètent l’odeur et le goût de notre sol et de notre climat cambodgien. Pendant les phases de distillation, les différentes musiques qui sifflent dans les tuyaux annoncent les belles discussions qui auront lieu plus tard autour de la bouteille avec les amis, la famille et les êtres chers.

Comment envisagez-vous le futur d’Herbal Kulen ?

Nous allons tâcher d’ouvrir de nouveaux points de vente et d’étoffer notre système de distribution. Nous pensons aussi pouvoir accueillir prochainement des clients directement à la ferme. Nous nous apprêtons à organiser une visite découverte et dégustation, puis nous souhaitons développer des séjours à la ferme avec des activités de randonnée dans les monts Kulen.

La ferme fait d’ailleurs l’objet d’une large part d’attention, et nous nous concentrons sur la production en circuit fermé, en minimisant les intrants et en réintroduisant l’animal dans le cycle de production. Nous avons 11 vaches dont nous utilisons les excréments dans un digesteur de biogaz. Nous utilisons le gaz obtenu pour la distillation et mélangeons le digestat avec les déchets végétaux de la distillation. Nous étendons ensuite cela au champ. Nous avons aussi une équipe de canards qui empêchent les herbes folles de rentrer en concurrence avec nos plantations, tout en assurant une partie de leur fertilisation.

Nous sommes encore dans de l’expérimental, mais tout cela est extrêmement intéressant et prometteur.

Merci pour votre envoi !

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