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Temps forts 2023 & Cinéma : Entretien avec Matt Dillon au sujet de son tournage au Cambodge

Après la projection de son film « City of Ghosts » au Legend de City Mall, Matt Dillon a bien voulu se prêter au jeu des questions avec le public et les quelques journalistes présents. Beaucoup de sujets abordés : la genèse du film, Depardieu, James Caan et, surtout, son enthousiasme d’avoir pu travailler ici, dans un Cambodge alors bien différent à l'époque…

Matt Dillon lors de la projection de City of Ghosts
Matt Dillon lors de la projection de City of Ghosts. Photo CG

Parlez-nous des changements que vous avez ressentis à votre arrivée à Phnom Penh

Vous savez, les choses à Phnom Penh ont changé si rapidement et si radicalement. En comparant différentes époques, des années 90 jusqu’au début des années 2000 et aujourd’hui, vous pouvez voir que 20 ans plus tard, les choses ont encore énormément changé.

J’ai donc vraiment apprécié de revoir le film parce que je prenais beaucoup de choses pour acquises et ce soir, j’ai remarqué des détails qui, jusque-là, m’avaient échappé.

« Parmi ces détails, je mentionnerai à quel point mes cameramans étaient habiles. Vous savez, nous avons utilisé beaucoup de prises de vues manuelles, et cela est devenu un trait du style visuel du film. C’est incroyable. »

On voit aussi de nombreuses rues dans le film qui sont en terre battue. Nous nous promenions hier soir dans Phnom Penh et tout est pavé à présent. J’avais vraiment oublié à quel point c’était différent. Vous savez, tout a vraiment changé au cours des 20 dernières années. C’est la première chose qui m’a frappée.

Toutefois, je me suis dit que les choses avaient beaucoup changé, mais que nombreuses similitudes persistaient. Il y a de nouveaux bâtiments, mais l’atmosphère, le climat et l’ambiance sont très similaires.

Quand avez-vous vu le film pour la dernière fois ?

La dernière fois que j’ai vu le film en entier, c’était il y a très longtemps. Je l’ai vu l’année dernière, au festival du film en Suisse, à Locarno. Je n’ai pu en voir que le début. Ce n’était pas la version numérique et c’était génial de voir la copie originale en 35 mm, parce qu’on a vraiment l’impression que c’est différent.

Quels souvenirs de ce tournage ?

En voyant le film ce soir, j’ai réagi de la même manière qu’un photographe. Je me suis rendu compte que nous avons pu raconter une grande partie de l’histoire à travers de nombreuses images. Même les petits détails, comme lorsque Stellan Skarsgård pose le mouchoir sur son siège. Et aussi la façon dont nous avons mis en scène le singe qui vole les lunettes de soleil. J’ai été agréablement surpris de me souvenir de toutes ces séquences que nous avions réalisées de façon très visuelle.

Public venu en nombre pour voir et écouter la star
Public venu en nombre pour voir et écouter la star

Je souhaite aussi parler des collaborateurs : réaliser un film demeure un travail très précis. Je veux rappeler que toute l’équipe a produit un excellent travail. Sur un écran de cinéma aussi grand, on peut réellement voir tout le travail qui se cache derrière.

« On peut le sentir, c’est certain : nous avions une équipe incroyable, vraiment formidable. »

J’ai aussi bénéficié d’une équipe de production de qualité, d’un excellent département caméra. Vous savez, tout cela, en plus des personnages, c’est ce que j’ai vraiment aimé dans mon travail à Phnom Penh.

Peut-être plus que dans d’autres villes où j’ai tourné, on rencontre des personnages, mais, ici, ce fut différent. Je citerai M. Ly le portier, Kem Sereyvuth qui jouait le rôle de Sok, le conducteur de pousse-pousse et puis, il y avait des types comme Gérard Depardieu… J’ai rencontré des gens vraiment différents. Et j’aime ça, cela reste gravé dans la mémoire.

Comment avez-vous décidé du style du film ?

Écoutez, un film est récit. City of Ghosts est histoire à l’ancienne en quelque sorte. Jim Denault - le directeur de la photographie - et moi avons regardé beaucoup de films avant le tournage, des films de Samuel Fuller ou d’autres.

Nous avons regardé ce genre de films plutôt classiques parce que je voulais raconter une histoire qui ne soit pas vraiment démodée, mais d’une réelle authenticité et témoin de l’instant présent.

Matt Dillon. Photo CG
Matt Dillon. Photo CG

Mais, tout n’était pas si simple, il nous est arrivé d’effectuer des repérages dans un bâtiment qui convenait à ce style justement, mais qui avait été repeint deux semaines après et semblait beaucoup trop neuf pour que nous puissions l’utiliser (rires).

Aussi, et cela conforte mon argument, j’aime aussi utiliser ce qui peut être à disposition, mais qui n’est pas forcément prévu dans le scénario. Par exemple, M. Ly, le portier de l’hôtel tenu par Gérard Depardieu n’était pas un personnage prévu dans le scénario, mais j’ai tenu à le mettre dans le film.

Il y avait aussi des choses comme ce serpent incroyable que le personnage joué par Gérard possédait. Ce python se trouvait dans le bâtiment et nous avons donc fini par l’utiliser. Et je pense que c’est l’une des choses que le producteur délégué n’aimait pas vraiment, car il est compliqué de travailler avec des animaux et des enfants parce qu’ils sont tellement imprévisibles. Mais, j’ai tout de même continué à ajouter des animaux. Il y a eu un singe, des chiens, etc. C’était un peu comme un cirque (rires), mais personne et aucun animal n’a été blessé.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, réaliser et jouer dans ce film ?

Il y a plusieurs raisons. Je vais commencer par expliquer pourquoi ce film m’a inspiré. Tout d’abord, j’étais très insatisfait en tant qu’acteur et je voulais me lancer dans la réalisation. J’avais déjà réalisé quelques clips musicaux, un peu de télévision, mais rien d’autre.

Et, j'avais une histoire. Il y avait un type à New York. Je ne dirai pas son nom, mais c’était un homme haut en couleur. Il était impliqué dans toutes sortes de fraudes. Il a disparu aujourd’hui. Il apparaissait pour moi comme un personnage de livre. Et c’est à partir de cet individu que j’ai écrit le rôle de James Caan, Marvin. C’était un vrai personnage, haut en couleur et charismatique, mais qui a ruiné la vie de certaines petites gens, comme dans mon film.

Matt Dillon et James Caan. Poster du film
Matt Dillon et James Caan. Poster du film

Et, il avait toujours des idées. Puis, il a disparu. On l'a cru mort pendant un moment. Et il a, un jour, monté une escroquerie avec une compagnie d'assurance très semblable à celle du film. Puis il est réapparu, non pas au Cambodge, mais en Thaïlande. Lorsque j'étais en train de tourner le film, des années après l'avoir vu pour la dernière fois, j'ai ouvert le Bangkok Post et il y avait une photo de lui, il avait créé de nouvelles affaires !

Mais c'était un personnage qui n'était pas aussi sombre que Marvin. Il avait de bons côtés. Je ne dirai pas son nom, même s'il est décédé depuis. Mais c'était un parcours que je trouvais intéressant.

Avez-vous du « censurer » le film ?

En filmant cette époque du Cambodge, nous devions être honnêtes. Je ne voulais pas faire un film et l'édulcorer. Je n'ai pas eu l'impression de devoir faire des compromis lorsque j'ai réalisé City of Ghosts. Et il se peut que je n'aie pas été - certaines personnes pourraient le penser - suffisamment « soft » sur certains détails...

« Mais c'est une histoire de criminels. Et avec qui les criminels traînent-ils ? Eh bien, ils vont fréquenter d'autres criminels. Ou ils vont fréquenter des gens du côté obscur. »

Et, c'est ce que je voulais raconter. Et puis, c'est une fiction...

La fin du film n'est-elle pas un peu sentimentale ?

Dans mon cœur, j'ai senti que cette fin était celle qui correspondait à mon cœur. Vous savez, il me semblait important de conclure avec le personnage de Sok, interprété par Kem Sereyvuth qui, malheureusement, nous a quittés.

Je savais que c'était une personne pure, vous savez. Il était authentique. Ce n'était pas parce que je souhaitais proposer une fin heureuse ou quelque chose comme ça. Vous avez l'impression que Sok a inspiré cette décision de fin, oui, ce personnage était très proche de sa véritable personnalité et la conclusion s'est imposée naturellement.

Kem Sereyvuth et Matt Dillon
Kem Sereyvuth et Matt Dillon

Encore quelques mots à ce sujet, car Sok a été un cadeau pour moi sur ce film : je ne trouvais personne pour jouer ce rôle. Il y avait un Cambodgien de Long Beach qui était vendeur de voitures que nous avons rencontré. C’était un type formidable, mais il ne pouvait pas, ne convenait pas pour le rôle.

Nous n’avons donc pas pu trouver d’acteur professionnel qui puisse le faire. Et puis j’ai rencontré Kem Sereyvuth - Sok le jour de Noël - une date jamais réjouissante pour le cinéma, car, en général, la production s’interrompt. Mais ce Noël-là, j’avais mon cadeau parce que je l’avais rencontré et qu’il était disponible.

À l’époque, il gagnait sa vie en conduisant une moto-taxi. Mais il se distinguait de tous les autres. Il avait tellement de présence et de charisme, et j’ai tout de suite aimé ce type. Et je lui ai dit :

« je veux que vous alliez au coin de la rue à l’hôtel et que vous rencontriez notre directrice de casting. »

Peu après, la directrice de casting m’a appelé et m’a dit que ce type était génial. Cette relation était donc très importante pour moi. Alors oui, bien sûr, il m’a inspiré, aussi parce qu’il avait un grand cœur.

En ce qui concerne les autres raisons pour lesquelles j’ai décidé de faire ce film à l’époque, c’était une combinaison de mon besoin de faire un travail différent et de diriger une œuvre. Et cet endroit où j’étais venu était resté en moi, et je savais que je devais - d’une manière ou d’une autre - le faire ici.

Je ne sais pas trop comment le dire, mais c’était un vrai sentiment. Oui. J’ai senti que cet endroit comme magique, même si c’était une période difficile, le Cambodge vivait alors les années de l’APRONUC - Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge.

Retrouvailles avec un ancien d'Hollywood, Scott Neeson. Photo CG
Retrouvailles avec un ancien d'Hollywood, Scott Neeson. Photo CG

Mais j’étais optimiste à propos du pays, vous savez. J’avais un bon pressentiment. Cela tenait en partie aux gens, bien sûr, mais aussi à l’atmosphère, au sentiment que le pays m’inspirait, à la « texture de l’endroit », les temples, les vieux bâtiments français qui tombaient en ruine, les arbres partout. C’était un endroit magnifique d’une certaine manière, même s’il vivait les dernières années d’une terrible tragédie. Au final, j’étais heureux de pouvoir capturer quelque chose de cela.

Quand le film a-t-il été présenté en première ?

Il a été présenté en première au festival du film de Sundance. Sok est venu pour assister à cette première. Dès qu’il est arrivé, on lui a mis un gros manteau, car c’était couvert de neige. Nous avons ensuite traversé l’Ouest en voiture et nous sommes allés en Californie. Et nous avons eu beaucoup de discussions avec différentes universités à propos du film. C’était une expérience formidable.

Mais je pensais que Sok serait très impressionné par le barrage Hoover, un vieil ouvrage situé dans le désert et considéré comme l’une des merveilles du monde. Il a dit : « oh, c’est très joli. C’est très beau ». Et puis, plus tard dans la journée, nous avons dû rouler jusqu’à Las Vegas, et il s’est exclamé : « Las Vegas, mec ! ».

Vous aviez la chance d’avoir Gérard Depardieu au casting, pourquoi ne pas l’avoir plus utilisé davantage, dans l’intrigue par exemple ?

Eh bien, il y a beaucoup de choses que j’aurais aimé utiliser davantage dans le film. Mais, vous savez, vous écrivez un scénario et vous devez vous y tenir quand le tournage est lancé.

Ouais, j’ai l’impression qu’il y a d’autres personnages que j’aurais dû développer davantage, y compris celui de Sophie. C’est l’un de mes regrets, mais, quand vous écrivez un scénario, c’est plutôt compliqué de le changer ensuite.

Concernant Gérard, j’ai eu le sentiment qu’il était vraiment génial dans le film, et il a adoré travailler sur ce tournage. Pourtant, son médecin lui avait dit qu’il ne devrait pas venir ici parce qu’il venait de subir un quadruple pontage.

Gérard Depardieu dans City of Ghosts. Capture d'écran
Gérard Depardieu dans City of Ghosts. Capture d'écran

Gérard arrivait d’Allemagne, où il faisait un froid glacial, et il débarquait ici alors que la chaleur était torride. Son médecin lui a dit que cela allait être très mauvais pour sa santé, mais il s’en fichait. Il est venu travailler avec nous et s’est amusé comme un fou.

Il y a une scène où vous êtes dans la pagode, et il y a une nonne devant vous qui se retourne et vous fait face. Est-ce une référence à un autre film ou une métaphore ?

Eh bien, il y a un film que j’ai regardé intitulé Brother Orchid. C’est une comédie des années 40 avec Edward G. Robinson sur des criminels qui finissent par se cacher dans un monastère. J’ai peut-être été inconsciemment inspiré, mais cela n’a pas grand-chose à voir. Vous savez, je n’aime pas trop parler de symbolisme parce que je pense qu’il faut laisser le film parler de lui-même. Si quelqu’un pense qu’il s’agit d’une métaphore ou d’une référence à une œuvre, c’est très bien. Si quelqu’un d’autre pense qu’il s’agit d’autre chose, c’est aussi bien.

Dans la scène, elle brûle une photo d’elle où elle n’est pas encore nonne. Pour moi, c’était un peu une sorte d’allusion à la métamorphose de Jimmy, comme une transition de sa propre vie. Parce qu’il s’agit d’une femme qui traverse clairement une période spirituelle et qui décide de rentrer en religion. Jimmy ne devient pas moine ou prêtre parce qu’il change, n’est-ce pas ? Il rêve cette scène, tout simplement. Les rêves sont importants pour moi, et quand j’ai réalisé ce film, certains cadres de la production m’ont dit :

« Hey, j’aime le film, mais pourriez-vous enlever les séquences de rêve »

Ils veulent toujours se débarrasser des rêves, mais ceux-ci sont vraiment importants pour moi. Et je suis content d’avoir dit non. Les rêves sont-ils nécessaires à l’intrigue ? Non. Est-ce que c’est un meilleur film si l’on y inclut les rêves ? Oui, je pense que oui.

Comment s’est passée votre collaboration avec James Caan et comment s’est déroulée la scène où il chante en khmer ?

James était un type très drôle et plein d’humour, vous savez. Il avait l’habitude de dire, appelez-moi « James le Rêve », parce que c’est un rêve de travailler avec moi » (rires).

Une anecdote : Lorsque nous étions en train de terminer le film, il portait une très belle chemise et je l’ai complimenté à ce sujet. Le dernier jour du tournage, je suis allé dans ma loge, et la chemise était suspendue là, apparemment, il me l’offrait. Et j’ai dit, « hey James, c’est vraiment sympa, merci beaucoup, c’est un très beau cadeau. Et il m’a répondu :

« ouais mec, je te l’ai donnée parce que tu t’habilles vraiment n’importe comment. »

Concernant la scène du karaoké, je lui ai dit : « tu sais, je sais que j’ai écrit dans le script que Marvin ferme les yeux et commence à chanter couramment en khmer. James a donc dû apprendre, et je lui ai dit : “James, écoute, si tu ne te sens pas à l’aise pour chanter en khmer, on pourrait prendre une chanson de Sinatra, il m’a regardé et m’a dit :

« Pourquoi crois-tu que j’ai pris ce p....n de boulot, mec ? ». C’était James, je l’aimais bien, je l’adorais, il était génial.

Pour conclure, aimeriez-vous tourner à nouveau au Cambodge ?

J’ai adoré travailler ici, et j’adorerais le faire à nouveau. J’ai l’impression que c’était vraiment un cadeau, et nous avons rencontré tant de belles personnes.

Matt Dillon. Photo CG
Matt Dillon. Photo CG

Et maintenant, ce serait très différent, parce que je pense qu’il y a tous ces jeunes réalisateurs et techniciens et un cinéma cambodgien en plein développement. Tout est en place donc et ce serait certainement plus facile.

Et Rithy Panh y est pour beaucoup. Il a vraiment fait du bon travail, en guidant l’industrie cinématographique ici au Cambodge. Alors, vous avez un travail pour moi ? Je reviendrai. Qui a un travail ? L’un d’entre vous (sourire) ? Vous savez, c’était vraiment génial d’être ici, alors oui, je vous remercie tous encore une fois d’être venus à cette projection.

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