Phnom Penh & Arts et Gastronomie : Fusion d’œuvres et d’essences cambodgiennes
- Christophe Gargiulo

- il y a 2 heures
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Depuis quelques jours, le restaurant Kravanh accueille huit toiles de l'artiste cambodgien Nou Sary. Initiée en novembre dernier, cette collaboration entre The Gallerist, Kravanh et l'artiste ambitionne de proposer une authentique fusion entre couleurs, formes, racines et saveurs.

Origines du Kravanh
En préambule, Sophie Toan Ek, la fondatrice du restaurant, revient sur les origines du Kravanh. Sophie, habituée à recevoir à domicile des invités d’ambassades, délégations et familles étrangères, entend souvent la question récurrente : « Où trouver ces plats à l’extérieur ? ». Elle transforme alors cette routine domestique en une « jolie cantine », un espace qu'elle qualifie de modeste mais soigné où ses employés, experts en ces préparations quotidiennes, officient.
Riz de variétés multiples, herbes cueillies sur pied, légumes du marché : tels sont les piliers. Le succès est immédiat et durable. Pendant dix ans, le « petit Kravanh » fidélise une clientèle régulière, sans aucune ambition commerciale ni expansionniste, fonctionnant sur le seul plaisir de servir et de partager une authenticité préservée.
Racines artistiques de Sophie
L’intérêt profond de Sophie pour l’art trouve ses sources dans l’enfance, marqué par l’influence de son père originaire de Siem Reap. Avec lui, les conversations portaient souvent sur la nourriture autant que sur les formes plastiques et les beautés environnantes. Dès l'école primaire, elle excelle au dessin ; adulte, elle cultive une passion pour la décoration intérieure et les plans détaillés, dessinant encore « tout et rien » lors de ses moments libres.

Cette passion culmine dans un projet de longue date : un restaurant intégré à une galerie d’art, où tableaux et sculptures « dialoguent » directement avec les menus. Bien qu’elle expose déjà occasionnellement des œuvres au Kravanh depuis ses débuts, l’opportunité décisive émerge avec Julie Thai, galeriste bien connue avec, justement : The Gallerist.
Après plusieurs visites à sa galerie, une collaboration se noue : huit toiles de l’artiste Nou Sary sont choisies pour leurs thèmes centrés sur le « countryside » cambodgien – villages paisibles, rizières vues d’en haut, harmonies de bleus marins et nocturnes soigneusement travaillés.

L’exposition « Grace of Nature »
Préparée lors d’une concertation en novembre et concrétisée en décembre, l’exposition « Grace of Nature » de Nou Sary s’étend sur trois mois, avec perspective de renouvellement. Sophie et Julie sélectionnent ensemble ces pièces, guidées par une thématique commune : la campagne khmère comme source d’inspiration inépuisable. Les couleurs – bleu nuit, bleu marin – et les perspectives aériennes capturent l’essence des rizières et palmiers tant chers à Sophie, qui sillonne marchés et campagnes pour des produits frais : variétés de riz, légumes saisonniers, éléments organiques purs.
Julie souligne cette convergence : l’attachement de Sophie aux ressources naturelles cambodgiennes fait écho à la vision de Sary, explorant la connexion entre l’homme et la nature en tant que « ressource » fondamentale.
Ainsi naît un espace hybride où l’art sort des galeries et musées pour toucher un public élargi – voyageurs gastronomes, diplomates –, via une expérience intégrée : visuelle pour les toiles, gustative pour les plats, olfactive pour les arômes du terroir. « Les voyageurs au Cambodge attendent une expérience complète, incluant artistes contemporains », note Julie avec précision.
Témoignages des principaux acteurs

Nou Sary exprime une satisfaction marquée pour cette première exposition dans un restaurant.
« C’est la première fois dans un tel bâtiment ancien et intéressant », déclare-t-il, soulignant l’engouement du public et l’opportunité publicitaire pour son œuvre.
Sophie voit se réaliser un rêve caressé : « J’aimerais faire manger les gens dans une galerie ». Julie, proactive, anticipe une évolution : aucun conflit avec d’autres partenariats, mais des développements futurs comme des installations éphémères dans les jardins du Kravanh, des rencontres artistiques informelles au-delà des vernissages traditionnels, et une réflexion accrue sur l’intégration artistique dans le concept du lieu.

Perspectives pour la scène culturelle de Phnom Penh
À Phnom Penh, le Kravanh souhaite montrer l'exemple d'un modèle émergent de fusion entre gastronomie et art contemporain, contribuant à promouvoir la culture khmère sur la scène locale et internationale.
Sophie, attachée aux racines rurales et à l’approvisionnement direct, et Julie, galeriste aux vues stratégiques, montrent comment un établissement modeste peut servir de vecteur efficace pour l’émulation artistique.
Les horizons s’élargissent : collaborations avec d’autres lieux emblématiques cambodgiens, événements thématiques reliant menus saisonniers aux motifs de Sary – un dîner sous les étoiles entre rizières peintes et riz ancestral, par exemple. En janvier 2026, dans une ville en phase de renouveau, le Kravanh propose ainsi une immersion sensorielle complète – visuelle, gustative, olfactive – accessible à un public diversifié, des locaux aux voyageurs avertis. Ce lieu, passé d’une humble cantine à ses touts débuts à une galerie vivante, incarne une renaissance culturelle sobre et authentique.
























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