Parcours : Construire au Cambodge, le pari technologique de Kevin Sabbe
- La Rédaction

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Il est arrivé au Cambodge à 18 ans, presque par hasard, grâce à un ami franco-cambodgien. Quinze ans plus tard, Kevin Sabbe a fait de ce pays bien plus qu'une destination : un foyer, une famille et le cœur d'un projet entrepreneurial ambitieux.

Fondateur de SKAI Technology, société de services IT basée à Phnom Penh, cet ancien CTO passé par les bancs d'Epitech et les salles de classe du Kirirom Institute of Technology veut prouver que le Cambodge peut produire de la technologie à la hauteur des standards internationaux. Portrait d'un entrepreneur français enraciné en Asie du Sud-Est.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Kevin Sabbe, je suis français, originaire de Créteil, dans le Val-de-Marne. Je vis au Cambodge depuis plusieurs années et je suis le fondateur de SKAI Technology, une société de services IT et technologiques basée au Cambodge.
Nous accompagnons les entreprises sur le développement logiciel, l'intelligence artificielle, l'automatisation, les outils internes et la mise en place d'équipes techniques dédiées. Nous travaillons aussi beaucoup sur la formation à l'IA, pour aider les entreprises à l'utiliser de manière concrète, utile et maîtrisée.
Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire
Mon parcours n'a pas été complètement classique. Au collège, je n'aimais pas vraiment l'école. Ce qui m'intéressait surtout, c'étaient les ordinateurs, les jeux vidéo et comprendre comment les choses fonctionnaient. J'ai eu mon premier ordinateur très jeune, vers cinq ans, et j'ai grandi avec cette curiosité pour l'informatique.
Au lycée, j'ai fait un bac pro comptabilité, avec l'idée de pouvoir travailler rapidement. J'aimais les chiffres, les maths et la logique. C'est juste avant mon diplôme que j'ai découvert Epitech, une école très orientée technologie qui m'a donné envie de poursuivre.
J'ai fait un master qui m'a permis d'apprendre par la pratique, avec beaucoup de projets, de travail en équipe et d'expériences professionnelles.
J'ai aussi eu la chance de faire plusieurs stages au Cambodge, ainsi qu'une année d'échange international. Entre 2010 et 2015, je passais déjà une grande partie de l'année au Cambodge, parfois environ huit mois sur douze.
Parlez-nous de vos débuts professionnels
J'ai commencé mes premières expériences professionnelles au Cambodge, notamment dans le web. Au départ, je travaillais sur des sites internet, des CMS, puis progressivement sur des applications mobiles, du Python, de l'automatisation et des projets plus techniques.
Pendant mes études, je faisais beaucoup d'allers-retours entre Paris et le Cambodge. Cela m'a appris assez tôt à travailler entre deux cultures, deux marchés et deux façons différentes d'aborder les projets.
J'ai ensuite travaillé pendant deux ans au KIT, le Kirirom Institute of Technology, une université technologique cambodgienne créée par des Japonais. Il y avait une vraie culture du travail, du projet et de l'apprentissage par la pratique. J'y ai notamment formé plus de 300 étudiants à travers des bootcamps de Python et de programmation.
Cette expérience m'a beaucoup marqué, parce qu'elle m'a permis de voir de près le potentiel des jeunes talents cambodgiens.
Plus tard, j'ai travaillé pendant quatre ans comme CTO pour une société française. J'ai monté une filiale technologique au Cambodge quasiment à partir de zéro, notamment en m'appuyant sur le réseau d'anciens diplômés du KIT. Après cette expérience, j'ai décidé de lancer ma propre structure : SKAI Technology.

Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge
Ma relation avec le Cambodge a commencé en 2010. Je suis venu pour la première fois à 18 ans, notamment grâce à mon meilleur ami, qui est franco-cambodgien. J'ai tout de suite beaucoup aimé le pays.
Au départ, c'était les vacances. Ensuite, il y a eu les études, les stages, les rencontres, le travail, l'amour, la famille, puis l'entrepreneuriat.
Entre 2010 et 2015, je vivais déjà une grande partie de l'année au Cambodge. En 2015, jeune diplômé, je suis rentré travailler environ un an en France pour économiser et préparer mon installation définitive. Puis, en 2016, je me suis installé au Cambodge à temps plein.
Aujourd'hui, ma vie est ici. J'ai deux enfants au Cambodge avec une femme cambodgienne. Le Cambodge n'est donc pas seulement un pays où je travaille. C'est mon pays de vie, mon pays de famille et le cœur de mon projet entrepreneurial.
Quelles sont vos ambitions ?
Mon ambition est de faire de SKAI Technology une référence dans les services technologiques de qualité, en commençant par le Cambodge.
Je veux aussi contribuer à changer l'image que certains peuvent avoir de l'offshore. On l'associe parfois à des prestations moins chères, mais aussi moins qualitatives. Je pense qu'au Cambodge, il y a des talents sérieux, motivés, bien formés, qui parlent anglais et qui peuvent travailler avec des standards internationaux.
Notre objectif est de construire une société capable de servir des clients en France, à Singapour, puis plus largement en Europe — dans les pays francophones comme la Belgique, la Suisse ou le Canada —, mais aussi sur des marchés anglophones.
J'ai aussi une ambition locale forte : créer des emplois mieux rémunérés dans la technologie. Pendant des années, j'ai vu des salaires très bas dans la tech au Cambodge, parfois assez éloignés de la valeur réellement produite. Je veux construire une entreprise qui forme, encadre et valorise mieux les talents locaux, grâce à des contrats internationaux de qualité.
Décrivez-nous vos activités professionnelles
Aujourd'hui, je dirige SKAI Technology. Nous accompagnons des entreprises qui veulent créer, améliorer ou maintenir des solutions digitales.
Nos activités couvrent le développement web, les applications, les outils internes, l'automatisation, l'intelligence artificielle, le design UX/UI, l'infrastructure, le DevOps et la mise en place d'équipes techniques dédiées.
Nous travaillons aussi beaucoup sur la formation et l'accompagnement autour de l'IA. Beaucoup d'entreprises veulent utiliser l'intelligence artificielle, mais ne savent pas toujours par où commencer, comment l'intégrer dans leur travail, ni comment garder le contrôle sur leurs données et leurs processus. Notre rôle est de rendre ces outils plus simples, plus utiles et mieux maîtrisés.
Mon rôle au quotidien est à la fois stratégique et opérationnel : développer l'activité commerciale, structurer les offres, recruter les bons profils, suivre les projets et m'assurer que les clients reçoivent un travail sérieux, utile et bien exécuté.
Détaillez l'un de vos projets
Le projet le plus important aujourd'hui est la construction de SKAI Technology elle-même.
L'idée est de créer une société technologique basée au Cambodge, capable de travailler avec des standards internationaux. Nous voulons connecter les besoins d'entreprises françaises, singapouriennes ou internationales avec des talents basés au Cambodge.
Ce projet repose sur trois piliers : la qualité technique, la gestion de projet et la valorisation des talents. Il ne s'agit pas seulement de vendre du développement informatique. Il s'agit de construire une vraie organisation, avec des méthodes, du suivi, de la formation et des standards de qualité.
Lancer SKAI Technology en 2025 a été un vrai tournant. Après plusieurs années comme CTO, j'avais envie de créer une entreprise plus proche de ma vision : une société sérieuse, humaine, internationale, et capable de montrer que le Cambodge peut produire de la technologie de qualité.
Quelles sont vos activités en dehors du travail ?
En dehors du travail, je passe beaucoup de temps avec ma famille et mes enfants. C'est une partie très importante de ma vie au Cambodge.
J'aime le sport, notamment la course, les trails, les marathons et les activités en pleine nature. Le Cambodge offre de beaux endroits pour sortir de Phnom Penh, faire du camping, aller à Kirirom ou découvrir d'autres paysages.
J'aime aussi les choses simples : aller à la piscine, passer un week-end en famille, boire une bière avec des amis ou dîner en amoureux. Avec un rythme entrepreneurial souvent intense, ces moments m'aident à garder un bon équilibre.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?
Ce qui me plaît le plus au Cambodge, c'est l'énergie du pays. Il y a énormément de choses à construire. On sent que le pays avance vite, que les opportunités existent et que beaucoup de jeunes veulent progresser.
J'aime aussi le fait qu'il soit encore possible d'avoir un impact concret. Dans la technologie, l'éducation, l'entrepreneuriat ou la formation, il y a beaucoup de place pour créer, structurer et faire avancer les choses.
Ce qui me plaît moins, c'est parfois le regard trop rapide ou trop caricatural que certaines personnes portent sur le Cambodge. On résume parfois le pays à ses limites, à ses clichés, à une image trop simple. Mais quand on vit ici, qu'on travaille ici et qu'on construit avec des équipes locales, on voit aussi tout le potentiel, le sérieux et l'énergie qu'il y a derrière.
Bien sûr, tout n'est pas parfait. Il y a encore des défis en matière de formation, de standards professionnels, de structuration ou d'infrastructures. Mais pour un entrepreneur, c'est aussi ce qui rend le Cambodge intéressant. Ce n'est pas seulement un pays où l'on vient travailler. C'est un pays où l'on peut construire quelque chose.







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