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Nature & Cambodge : Le ballet curieux d’un requin-baleine au cœur des îles de Koh Kong

Un océan bleu sous un ciel éclatant de février, au large de la province de Koh Kong, au sud-ouest du Cambodge. Le 14 février 2026 – ironie du sort, jour de la Saint-Valentin –, une silhouette immense et gracieuse émerge des abysses. Ce n’est pas un monstre mythique, mais un requin-baleine (Rhincodon typus), surnommé localement « tri baanang kingkuk » ou « poisson-baleine géante ».

Le ballet curieux d’un requin-baleine au cœur des îles de Koh Kong

Long de plusieurs mètres, il glisse avec une curiosité enfantine vers un modeste bateau. À bord, l’équipe de Marine Conservation Cambodia (MCC) retient son souffle. Ce géant paisible frôle l’embarcation déployant une structure artificielle de refuge pour les poissons, près de l’île du Roi (Preah Leab), dans la commune de Kiri Sakor. Un moment de pure magie marine, capturé dans les eaux cristallines du golfe de Thaïlande.

Ce n’était pas une première pour ces colosses des mers, mais chaque rencontre reste un événement rare. Les requins-baleines juvéniles, comme celui-ci, sont des explorateurs nés.

Leur immense bouche – jusqu’à 1,5 mètre de large – béante comme un tunnel vivant, aspire le plancton et les petits organismes en filtrant des tonnes d’eau par heure. Cette curiosité les pousse vers les bateaux et les plongeurs, un comportement bien documenté par les chercheurs. « Ils nous observent autant que nous les observons », confie un membre de MCC, ému par cette proximité.

Mais derrière la poésie, un avertissement s’impose : si la tentation de toucher est grande, elle est fatale. Maintenez une distance de sécurité (au moins 50 mètres), ralentissez votre vitesse, et surtout, ne touchez jamais ces peaux sensibles couvertes d’une fine couche protectrice. La capture, l’abattage ou le trafic de cette espèce sont des crimes graves au Cambodge, punis par la loi. L’Arrêté gouvernemental n°123 ANKr du 12 août 2009 protège explicitement le requin-baleine, classé « vulnérable » par l’UICN.

Un géant filtrant, relique des océans préhistoriques

Le requin-baleine n’est pas un prédateur féroce malgré sa taille impressionnante : jusqu’à 6 mètres pour les juvéniles observés ici, et jusqu’à 12 mètres pour les adultes. Avec une espérance de vie dépassant les 100 ans, il incarne la patience des océans. Ce filter-feeder majestueux – le plus grand poisson du monde – navigue à une vitesse modeste de 5 km/h, balayant l’eau avec ses 300 rangées de minuscules dents inutiles pour chasser, préférant aspirer krill, calmars, petits poissons et plancton. Sa peau, marquée de motifs uniques comme des empreintes digitales, est un camouflage parfait dans les récifs coralliens.

Au Cambodge, ces apparitions sont des joyaux éphémères : une dizaine par an seulement, concentrées autour des îles Rong, Tang et du Roi. Ces archipels oubliés, vestiges d’un golfe de Thaïlande encore préservé, abritent une biodiversité exceptionnelle. Koh Kong, avec ses mangroves labyrinthiques et ses forêts primaires plongeant directement dans la mer, forme un hotspot écologique. Ici, le requin-baleine trouve un festin saisonnier : en février, les courants ascendants remontent des nutriments des abysses, attirant essaims de plancton et, par cascade, ces géants.

Menaces et merveilles d’une espèce en péril

Mais ce paradis marin est fragile. Classé « Endangered » (en danger) par l’IUCN depuis 2016 – une dégradation de « Vulnerable » –, le requin-baleine paie le prix de la surpêche, des filets dérivants et du changement climatique. Au Cambodge, où la pêche artisanale nourrit des communautés côtières, les rencontres accidentelles sont courantes.

Pourtant, des initiatives comme celles de MCC changent la donne : ces structures artificielles, sortes de « récifs maison », restaurent les habitats dégradés, favorisant la nourriture du requin-baleine et protégeant la chaîne trophique.

Zoom sur l’animal : observé pour la première fois en 1828, le Rhincodon typus (« nez de chien dentu » en grec) migre sur des milliers de kilomètres, des Philippines aux Galápagos. Sa reproduction reste mystérieuse – femelles pondant 300 œufs tous les deux ans, avec un taux de survie infime. Au Cambodge, ces visites printanières pourraient signaler une nurserie locale, un espoir pour la science.

Le Cambodge, sentinelle des mers d’Asie du Sud-Est

Koh Kong n’est pas qu’un décor exotique. Cette province frontalière, bercée par le Cardamome et le Elephant Mountain, est un poumon bleu pour l’Asie du Sud-Est. Ses eaux abritent dugongs, tortues marines et raies manta, dans un sanctuaire où la pression touristique reste modérée. MCC, en partenariat avec le gouvernement, forme les pêcheurs à l’éco-observation : transformer la curiosité en écotourisme durable. Résultat ? Des revenus alternatifs sans sacrifier la nature.

Rencontrer un requin-baleine, c’est toucher du doigt l’immensité des océans. Mais c’est aussi un rappel : chaque déchet plastique ingéré, chaque récif piétiné menace ces titans. Les scientifiques estiment leur population mondiale à moins de 10 000 individus matures. Au Cambodge, ces 10 sightings annuels sont un phare d’espoir, mais appellent à l’action : signez des pétitions pour les aires marines protégées, choisissez du poisson certifié MSC, et lors de vos voyages, adoptez le code des « Cinq R » (Regardez, Respectez, Réduisez, Rapportez, Rapportez vos observations).

Vers un océan préservé

Ce 14 février, au large de l’île du Roi, le requin-baleine a dansé un ballet amoureux avec l’humanité. Un clin d’œil de la nature, invitant à la réciprocité. Grâce à des acteurs comme MCC, le Cambodge pourrait devenir un modèle de conservation. Protégeons ces ambassadeurs des abysses, pour que leurs successeurs continuent d’émerveiller les plongeurs de demain. L’océan nous le rendra au centuple.

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