Loisirs & Phnom Penh : Cloud, nuage créatif à succès de la capitale

Un bastion de la culture et du divertissement a tranquillement pris racine au cours des six dernières années dans une ancienne villa discrète située sur la rue 9, juste derrière les lumières vives et la vie nocturne animée de Bassac Lane.

Le groupe d'expatriés The Goldilocks Zone en concert au Cloud en septembre 2020. Photo Steve PORTE
Le groupe d'expatriés The Goldilocks Zone en concert au Cloud en septembre 2020. Photo Steve PORTE

L’endroit en question s’appelle Cloud et offre de nombreux services aux habitants de la capitale qui ont un penchant pour les arts : Cloud est un bar, une galerie d’art, un centre communautaire et une salle de concert où les groupes peuvent, entre autres, répéter et organiser des spectacles.

Contrairement à de nombreux bars, le but de Cloud n’est pas de faire payer un cocktail le plus cher possible, et l’établissement ne se drape pas dans un faux vernis de luxe et ne cherche pas non plus à attirer les clients avec des étalages de fausse sophistication urbaine.

Du confort décontracté de la salle de bar principale à l’arrière-cour couverte de graffitis en passant par l’espace événementiel à l’étage, il y a de la place pour tout le monde, ce qui est appréciable, car Cloud a réussi à se constituer un public fidèle d’expatriés au fil des années tout en s’adressant à une clientèle khmère plus jeune, ce qui donne à l’endroit un mix de clients intéressant et sympathique.

Vanntin Hoeurn jouant au Cloud en janvier 2020. Photo Steve PORTE
Vanntin Hoeurn jouant au Cloud en janvier 2020. Photo Steve PORTE

Le responsable de ce projet est Pierre Devroute, un Français arrivé au Cambodge en 2008 alors qu’il voyageait avec un ami en Asie du Sud-Est. Venant d’une province très froide du nord de la France, Pierre dit avoir apprécié le climat tropical et l’accueil chaleureux des Cambodgiens.

« Je suis littéralement tombé amoureux du Cambodge lors de ce premier voyage et je me suis promis de revenir. Puis, environ deux ans plus tard, en octobre 2010, je suis retourné une fois de plus à Phnom Penh pour travailler en tant que responsable de la communication de France Volontaires. »

« Auparavant, j’ai travaillé en France comme journaliste dans un quotidien local puis comme responsable de la communication de plusieurs entreprises de divertissement — un éditeur de mangas, une agence événementielle, un studio de jeux vidéo et même un promoteur de catch professionnel », raconte Pierre au Post.

Après avoir travaillé pour France Volontaires pendant quatre ans, Pierre a décidé qu’il était temps d’essayer quelque chose de nouveau et en janvier 2016, Cloud a ouvert ses portes au public de la capitale.

Pierre réside au Cambodge depuis 11 ans. Photo Steve PORTE
Pierre réside au Cambodge depuis 11 ans. Photo Steve PORTE

« J’étais vraiment juste en train de penser au genre d’endroit où j’aimerais moi-même traîner. Pour être honnête, au début, c’était très difficile et plus d’une fois j’ai envisagé d’abandonner complètement, mais finalement, étape par étape, lentement mais sûrement, Cloud a réussi à se faire une place dans le paysage de Phnom Penh », dit-il.

Le flux régulier de clients de Cloud a permis à Pierre de prendre du recul et de retrouver un emploi régulier, cette fois dans le département marketing et admissions d’une école internationale française.

Il a pu déléguer la direction du Cloud à Alan Ou :

« En plus d’être un artiste et un musicien doué, Alan est très travailleur, fiable et sérieux. Je compte sur lui pour gérer les opérations au jour le jour », explique Pierre.

Alan est peut-être plus connu en ville pour ses talents de musicien — c’est un batteur et un guitariste hors pair — et pour les nombreux groupes de métal khmer dans lesquels il a joué au cours de la dernière décennie, notamment Sliten6ix, Reign in Slumber et son groupe actuel As the Heart Betrays.

De jeunes clients khmers traînent au Cloud. Photo PORTE
De jeunes clients khmers traînent au Cloud. Photo PORTE

Son affinité pour la scène se comprend si l’on tient compte du fait que son père est le célèbre comédien cambodgien Neay Krem, présent régulièrement à la télévision khmère depuis de nombreuses années.

Depuis qu’Alan a commencé à gérer le bar il y a trois ans, une foule dynamique de jeunes Khmers intéressés par les arts ou la création s’est rassemblée autour du Cloud.

« Grâce à Alan et à ses amis, le Cloud est devenu un lieu incontournable pour les jeunes Cambodgiens. Nous avons notamment pas mal d’artistes comme des musiciens ou des artistes de rue qui y traînent. Un jour, nous avons même reçu le rappeur VannDa en personne. »

« J’ai aussi remarqué que les habitudes ont beaucoup changé parmi la nouvelle génération. Il est désormais courant qu’ils viennent boire quelques verres ou qu’ils restent jusqu’à tard. Il est aussi fréquent de voir des Cambodgiennes venir seules ou avec des amis. On a l’impression qu’il y a plus de liberté dans la société maintenant et que les jeunes ne sont pas menottés par la tradition », dit Pierre.

Cloud a accueilli de nombreux concerts de métal avec des groupes locaux et expatriés jouant ensemble au fil des années et, le 23 avril le bar accueillera un concert du groupe de métal expatrié Nightmare A.D. et des musiciens prodiges du Khmercore Doch Chkae.

La musicienne cambodgienne Sam Rocker posant pour des photos avec son groupe et ses fans en novembre 2019. Photo Steve PORTE
La musicienne cambodgienne Sam Rocker posant pour des photos avec son groupe et ses fans en novembre 2019. Photo Steve PORTE

« Nous avions l’habitude de proposer des soirées hip-hop appelées Cloud Block Party & Hip-Hop Takeover chaque mois de 2016 à 2019 avec le rappeur français 12ME. Je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup d’événements réguliers comme ça à Phnom Penh qui ont duré aussi longtemps. Ce n’était pas toujours très fréquenté, mais il y avait des moments magiques - comme lorsque Peace Chhong a fait monter ses amis Khmeng Khmer sur scène pour se produire », se souvient Pierre.

Cette année, Cloud a organisé des jeux traditionnels pour le Nouvel An khmer qui ont remporté un franc succès. Le bar est toujours prêt à organiser des événements originaux et novateurs.

« J’aimerais organiser davantage d’événements et d’activités culturelles et artistiques. Donc, si parmi les lecteurs, il y a des artistes qui souhaitent exposer leurs œuvres ou proposer des ateliers, nous serions très heureux d’en discuter avec eux », déclare Pierre, ajoutant qu’il cherche également à embaucher plus de personnel en ce moment et que toute personne intéressée doit postuler en personne.

Sam Rocker se produisant devant une foule déchaînée en novembre 2019. Photo PORTE
Sam Rocker se produisant devant une foule déchaînée en novembre 2019. Photo PORTE

« Je suis vraiment heureux que Cloud puisse donner plus d’opportunités à la scène underground d’exister à Phnom Penh. Et nous avons eu certaines de nos plus grandes foules lors de spectacles de métal », dit Pierre. « Par exemple, la veille de Noël l’année dernière, nous avons eu plus de 100 personnes qui “headbanguaient” à l’étage. C’était vraiment fou ! »

Cloud est situé dans la rue Ke Nou — rue 9 dans le quartier Chamkarmon à Phnom Penh. Découvrez Cloud sur Facebook : @cloudcambodia

Edward Kelly avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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