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La Thaïlande « allumée » par Human Rights Watch, alerte sur un recul alarmant des droits de l'homme

La Thaïlande traverse une période critique en 2025, marquée par une instabilité politique profonde et un net recul dans la protection des droits humains, selon le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch (HRW).

Photo : Human Rights Watch
Photo : Human Rights Watch

Malgré son élection au Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour 2025-2027, le pays dirigé par le Premier ministre Anutin Charnvirakul peine à traduire ses engagements internationaux en actions concrètes, laissant perdurer des abus systémiques. À la veille des élections anticipées , ce rapport de 529 pages dresse un bilan accablant, appelant à une inversion urgente de tendance.

Instabilité Politique et Interférences Judiciaires

L’année 2025 a été émaillée de bouleversements politiques majeurs. La Cour constitutionnelle a destitué la Première ministre Paetongtarn Shinawatra après moins d’un an au pouvoir, invoquant des motifs jugés douteux par les observateurs. Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul, issu de cette crise, n’a guère avancé sur les réformes démocratiques promises après des années de junte militaire. HRW note une intervention judiciaire croissante dans la politique, sapant les institutions démocratiques naissantes.

Près de 2 000 personnes font face à des poursuites pénales pour exercice de leurs droits à la liberté d’expression et de manifestation pacifique.

Les partis politiques majeurs, à l’approche du scrutin du 8 février, ne priorisent pas les droits humains dans leurs programmes. La loi draconienne sur le lèse-majesté (article 112), qui criminalise les insultes à la monarchie, reste un outil de répression intact : 287 personnes croupissent en prison pour ce motif, sans aucune réforme en vue. « La liberté d’expression n’existe pas vraiment », déplore Sunai Phasuk, chercheur senior de HRW pour la Thaïlande. Elaine Pearson, directrice pour l’Asie chez HRW, exhorte le Premier ministre à prendre des mesures concrètes pour stopper ce « backsliding » des droits.

Répression des Libertés Fondamentales

Les autorités thaïlandaises recourent systématiquement aux lois sur la sédition, le cybercrime et le lèse-majesté pour museler critiques et manifestants. Des activistes, journalistes et opposants subissent harcèlement, intimidation et poursuites. Les défenseurs des droits humains, y compris les femmes, font face à des violences physiques, sexuelles et en ligne, sans protection adéquate de l’État. HRW dénonce l’absence de poursuites contre les auteurs de ces actes, perpétuant un climat d’impunité.

Conflit Persistant dans le Sud Profond

Depuis 2004, le conflit dans les provinces musulmanes du sud (Pattani, Yala, Narathiwat, Songkhla) a fait plus de 7 000 morts. Les insurgés du Barisan Revolusi Nasional (BRN) ciblent civils et sites touristiques, mais les forces de sécurité thaïlandaises commettent tortures, exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées sans jamais être inquiétées.

La Thaïlande n’a pas ratifié la Déclaration sur les écoles sûres, et le recrutement d’enfants-soldats persiste. Les pourparlers de paix stagnent, aggravant les souffrances des populations locales.​

Affrontements Frontaliers avec le Cambodge

Des heurts violents avec le Cambodge en juillet et décembre 2025 ont causé la mort et des blessures chez des civils, dont des enfants, détruisant habitations, temples et infrastructures médicales.

La Thaïlande est accusée d’avoir employé des munitions à sous-munitions, prohibées par le droit international, tandis que des frappes indiscriminées ont été rapportées. Ces incidents exacerbent les tensions régionales, sans mécanismes efficaces de résolution.

Crise des Réfugiés et Migrants : un Bilan Mitigé

Non signataire de la Convention de 1951 sur les réfugiés, la Thaïlande expose demandeurs d’asile et migrants à arrestations arbitraires et refoulements forcés vers des pays où ils risquent torture ou persécution. En février 2025, 40 Ouïghours ont été extradés vers la Chine, et un activiste montagnard vers le Vietnam, malgré les alertes de l’ONU. Plus de 100 000 réfugiés birmans ont perdu aide alimentaire et soins après des coupes budgétaires américaines.

Des Rohingyas languissent en détention indéfinie.

Un point positif : depuis octobre 2025, les réfugiés birmans des camps frontaliers peuvent travailler légalement, améliorant leur accès aux services de base. Cependant, des centaines de milliers de travailleurs cambodgiens ont fui après les clashes, victimes de campagnes xénophobes ultranationalistes. La Thaïlande est devenue un « hotbed » de répression transnationale, où exilés critiques de régimes voisins sont pourchassés.

Disparitions Forcées, Torture et Impunité

Malgré ses engagements onusiens, la Thaïlande n’a pas avancé dans la ratification effective de conventions contre la torture et les disparitions forcées. La loi de 2022 sur ces crimes reste inadaptée aux normes internationales.

Le meurtre d’un opposant cambodgien à Bangkok en janvier 2025 renforce les craintes des dissidents en exil. Les défenseurs des droits subissent des représailles d’agences étatiques et d’entreprises privées, sans recours judiciaire.

Vers un Avenir Incertain

À l’approche des élections du 8 février 2026, HRW presse le gouvernement Anutin d’utiliser le siège thaïlandais au Conseil des droits de l’homme pour renforcer les libertés domestiques. Sans réformes – amnistie pour les prisonniers politiques, abrogation des lois répressives, protection des réfugiés – la crédibilité internationale de la Thaïlande s’effrite. Ce rapport alerte : le recul actuel menace les fondements mêmes de la démocratie thaïlandaise.

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