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La crise française peut-elle perturber le sommet de la Francophonie à Phnom Penh ?

il y a 1 heure
5 min de lecture

Le XXe Sommet de la Francophonie s’ouvre dans vingt-huit jours. En France, la rue a de nouveau flambé samedi et l’hôtel de ville de Limoges a brûlé, le budget n’a pas de majorité et la présidentielle approche. Le sommet aura lieu. La venue d’Emmanuel Macron, elle, dépend d’un calendrier parisien que personne ne maîtrise.

Des CRS face aux manifestants, dans les gaz lacrymogènes, place de la République, à Paris. Photo : Xinhua News
Des CRS face aux manifestants, dans les gaz lacrymogènes, place de la République, à Paris. Photo : Xinhua News

Le 17 octobre

Samedi, la France a connu une nouvelle journée de colère. À Limoges, l’hôtel de ville a pris feu après l’intrusion d’un groupe. À Marseille, un poste de police municipale a été saccagé. À Bordeaux, des manifestants ont lancé des fumigènes sur les gendarmes. À Paris, la police a employé des canons à eau. L’Express ajoute des mairies attaquées à Lille et à Marseille, des places abîmées à Paris et à Bordeaux, des locaux d’Europe 1 et de CNews vandalisés. Dimanche matin, aucun bilan officiel n’était publié.

Vendredi, depuis Bruxelles, Emmanuel Macron avait rappelé que manifester suppose de respecter les personnes et les biens. Marine Le Pen a demandé aux Français de « tenir quelques mois ». Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le calme revient là où les policiers sont absents. Pour Frédéric Dabi, de l’Ifop, la politique est devenue un problème aux yeux des jeunes, et non plus une solution.

Des lycées à la rue

Tout est parti des lycées. Les élèves demandent plus d’enseignants, des bâtiments en état, une réforme de Parcoursup. Le 6 octobre, la troisième grande journée de mobilisation a réuni 266 000 personnes, selon Public Sénat. Puis la question du maintien de l’ordre a pris le dessus. Au 6 octobre, au moins 215 élèves avaient été blessés, d’après LCP. La veille, à Lens, un garçon de 15 ans avait eu la main arrachée par une grenade. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé 6 629 interpellations devant les députés, suspendu les grenades assourdissantes et refusé de démissionner. L’IGPN a ouvert dix-huit enquêtes.

Le 7, Sébastien Lecornu s’est adressé aux Français depuis Matignon. Il a promis une baisse des prix à la pompe, une électricité stable cet hiver, un plan d’urgence pour les agriculteurs touchés par la canicule. Pour les lycéens, rien avant la fin octobre. Le Premier ministre maintient son objectif d’un déficit à 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % cette année. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a prévenu qu’il n’était plus tenable de creuser le déficit pour amortir les prix de l’énergie. Dans un sondage du Figaro, 63 % des Français jugent le mouvement justifié.

Un budget sans majorité

Le projet de loi de finances est débattu à l’Assemblée depuis le 13 octobre. Celui de la Sécurité sociale, déposé le 6, doit être examiné en cinquante jours au plus. Passé le 25 novembre, le gouvernement peut légiférer par ordonnances, rappelle l’Ifrap.

Sébastien Lecornu n’a pas de majorité. Il lui faut l’abstention des socialistes ou du Rassemblement national pour échapper à la censure. Laurent Panifous, chargé des relations avec le Parlement, a admis fin septembre qu’un vote serait « très difficile », sans exclure le 49.3. La France insoumise promet une motion de censure dans ce cas. L’an dernier, le budget n’avait été adopté que le 2 février, par 49.3.

À gauche, la primaire du 11 octobre a donné 66,17 % à Raphaël Glucksmann, très loin devant Olivier Faure. Franceinfo observe que chaque candidat joue désormais sa partition, ce qui ne facilite pas la tâche du gouvernement. Emmanuel Macron a écarté le 24 septembre toute dissolution avant la présidentielle, dont le premier tour aura lieu le 18 avril 2027.

Phnom Penh se prépare

Le sommet se tiendra les 15 et 16 novembre, après l’ouverture de la Conférence ministérielle le 14. Son thème : « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ». Près de 20 000 agents sont mobilisés pour la sécurité. Le contraste est difficile à ignorer : un sommet placé sous le signe de la paix et de la stabilité s’ouvrira alors que la France, qui avait soutenu la candidature cambodgienne, connaît émeutes et instabilité politique.

Côté cambodgien, la commission nationale de la Francophonie, présidée par le vice-Premier ministre Prak Sokhonn, s’est réunie pour la septième fois le 21 septembre. Il restait alors moins de deux mois, a-t-il noté, et les sous-commissions avançaient à un rythme régulier. Quatre jours plus tard, à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, il a rencontré Louise Mushikiwabo, qui a salué les progrès accomplis, selon l’agence AKP. La France apporte un appui technique.

Deux événements accompagnent les travaux officiels. Le Village de la Francophonie occupera le parc de Wat Botum du 13 au 17 novembre. FrancoTech se tiendra du 14 au 16 à Koh Pich : plus de 5 000 participants et 110 stands sont attendus, et le forum économique doit réunir plus de 3 000 chefs d’entreprise. Côté sécurité, les autorités annoncent des caméras dotées d’IA et des systèmes antidrones.

Quatre-vingt-dix États et gouvernements sont invités. La CCI France-Cambodge espère 40 à 45 chefs d’État et de gouvernement. Emmanuel Macron en fait partie, et doit enchaîner avec une visite d’État. Il a confirmé sa venue à Hun Manet le 8 avril, à Lyon. FrancoTech doit s’ouvrir le 14 en sa présence. La dernière visite d’un président français au Cambodge remonte à 1993, rappelle l’ambassadeur Olivier Richard ; avant elle, il faut remonter à de Gaulle, en 1966. Phnom Penh en attend un partenariat stratégique.

C’est aussi un sommet électif. Le 16 novembre, à huis clos, les chefs d’État et de gouvernement des 53 membres de plein droit désigneront le secrétaire général. Quatre candidats : Louise Mushikiwabo, qui vise un troisième mandat, Coumba Bâ, Dacian Cioloș et Juliana Amato Lumumba. Ils ont été auditionnés à Paris fin juin, une première pour l’OIF.

Ce qui peut vraiment bouger

Le sommet ne dépend pas de la France. Le Cambodge et l’OIF l’organisent, et aucun gouvernement français ne peut le reporter. Rien n’indique un report. L’agence cambodgienne AKP présente d’ailleurs l’événement comme une démonstration de la capacité du royaume à accueillir un rassemblement de cette taille. Celui de Djerba, repoussé d’un an, avait exigé une pandémie : il s’est tenu en novembre 2022. Les risques propres au sommet sont ailleurs, à la frontière thaïlandaise, où des combats meurtriers ont eu lieu en juillet et en décembre 2025. Des familles déplacées n’ont toujours pas pu regagner leurs villages. Louise Mushikiwabo leur a rendu visite lors d’une mission préparatoire. Dans la communauté française du Cambodge, l’optimisme reste pourtant de mise : un Village de la Francophonie se tient aussi à Siem Reap au début de novembre.

Reste Emmanuel Macron. Une censure fait tomber un gouvernement, pas un président, et rien ne l’empêche de voyager. Mais Phnom Penh se trouve à près de 10 000 kilomètres de Paris, avec six heures de décalage. Le chef de l’État pourrait y être pendant que l’exécutif choisit entre le 49.3 et les ordonnances, et pendant que la rue repart. Le plus probable, à ce stade, est que le voyage se déroule comme prévu : sa préparation mobilise pleinement l’ambassade, dit l’ambassadeur, et l’agenda bilatéral est fixé. Une visite écourtée, ou une délégation conduite par un autre responsable, serait mal reçue par un pays qui prépare l’événement depuis des mois. À notre connaissance, l’Élysée n’avait annoncé aucun changement au 18 octobre.

Dernier point, plus diffus. L’élection du secrétaire général se jouera sans consensus préalable. La France héberge l’OIF et pèse dans les couloirs. Un président absorbé par la crise, ou absent, y pèserait moins. C’est une hypothèse de notre part : aucune source consultée ne la formule.

Les dates

Fin octobre : premières décisions du gouvernement pour les lycéens. 26 octobre : fin des vingt jours de l’Assemblée sur le budget de la Sécurité sociale. Début novembre : Village de la Francophonie à Siem Reap. 13 novembre : ouverture du Village de la Francophonie. 14 novembre : ouverture de FrancoTech et de la Conférence ministérielle. 15 et 16 novembre : sommet. 17 novembre : fin du Village. 25 novembre : début de la fenêtre des ordonnances sur le budget social.

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