Diaspora & Entretien : Lou, retour aux racines et quête d’identité au cœur du Cambodge
- Christophe Gargiulo

- 20 nov. 2025
- 3 min de lecture
Lors du Village de la Francophonie 2025, événement festif et culturel rassemblant francophones et francophiles à Siem Reap, la Franco-Cambodgienne Lou Cuttoli a tenu le rôle d’animatrice avec dynamisme et assurance durant les spectacles.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je m’appelle Lou Cuttoli, j’ai 23 ans. Je suis franco-cambodgienne, plutôt française d’origine cambodgienne. J’ai grandi en Nouvelle-Calédonie et un peu en France, mais cela fait maintenant 7 ans que je vis au Cambodge, où je suis revenue pour retrouver mes racines et mieux comprendre d’où je viens. J’aime dire que je suis un mélange de plusieurs cultures : un peu du Sud, un peu de la métropole, et beaucoup du Cambodge, ce pays qui m’a vue naître.
Comment votre famille s’est-elle retrouvée en Nouvelle-Calédonie ?
Mon père travaillait dans le nickel, c’est une très grosse industrie là-bas, qui attire beaucoup de familles venues de France ou d’ailleurs. C’est donc pour des raisons professionnelles qu’on s’est installés en Nouvelle-Calédonie. Cette île a été pour nous un endroit d’opportunités, mais aussi un véritable foyer, où j’ai passé une grande partie de mon enfance entourée de nature et de chaleur humaine.
Quels souvenirs gardez-vous de la Nouvelle-Calédonie ?
Ce sont des souvenirs merveilleux. Pour moi, c’est vraiment le paradis sur terre : une nature préservée, une mer d’un bleu incroyable, et une population très accueillante. On y trouve le plus grand lagon du monde, un joyau naturel que les Calédoniens protègent avec beaucoup de respect. J’en garde surtout un souvenir de liberté : les longues balades sur la plage, les couchers de soleil sans fin, et cette insouciance propre à l’enfance. C’est un endroit qui m’a beaucoup apporté sur le plan humain.
Qu’est-ce qui vous a poussée à revenir au Cambodge ?
Après seize ans passés loin de mes origines, j’ai ressenti le besoin de revenir au Cambodge pour mieux comprendre mes racines. C’était le moment pour moi de sortir de ma zone de confort, de me confronter à ma double identité. J’ai terminé ma terminale ici au lycée français, et finalement, je ne suis plus repartie. J’ai bien tenté de reprendre mes études en France, mais la pandémie a bouleversé mes plans. Ce contretemps s’est transformé en opportunité : je suis restée ici, et j’ai commencé à construire une nouvelle vie au Cambodge.

Toute votre famille est-elle revenue avec vous ?
Oui, mes parents sont revenus eux aussi. Ils sont français, car j’ai été adoptée, mais ils ont toujours eu un lien fort avec le Cambodge à travers moi. Nous avons décidé ensemble de nous installer ici, de redécouvrir le pays sous un nouveau jour. C’est une belle aventure familiale, parfois pleine de défis, mais aussi de moments de grande complicité.
Comment s’est passée votre découverte du Cambodge ?
Honnêtement, ça n’a pas été facile au début. C’était un vrai choc culturel. En France, je n’étais pas perçue comme tout à fait française, et ici, au Cambodge, j’étais souvent vue comme trop occidentale.
C’est un entre-deux parfois inconfortable. Il m’a fallu du temps pour accepter ce mélange et en faire une force. Aujourd’hui, je me sens à ma place : j’ai appris à construire mon identité entre ces deux mondes.
Quels sont vos projets professionnels aujourd’hui ?
J’ai toujours eu deux grandes passions : la restauration et l’éducation. J’aime la convivialité et l’énergie du monde de la restauration — le contact humain, le rythme, le travail en équipe. En parallèle, j’ai enseigné le français langue étrangère à des étudiants, notamment dans le domaine de l’hôtellerie. C’est très gratifiant de transmettre sa langue et sa culture. Mon objectif serait de trouver un équilibre entre ces deux univers : pourquoi pas un projet de formation en hôtellerie-restauration, qui allierait pédagogie et pratique ?
Comment avez-vous commencé à travailler dans le village de la francophonie ?
Tout a commencé un peu par hasard. Un ami m’a proposé de co-présenter le village de la francophonie avec lui, et j’ai accepté spontanément. C’était une expérience inoubliable. C’est la première fois que je voyais autant d’unité entre les communautés khmère et francophone. Les échanges, l’ambiance, les visages curieux et souriants… tout cela m’a profondément marquée. J’y ai trouvé une belle illustration de ce que j’aimerais vivre au quotidien : le dialogue des cultures.
Qu’attendez-vous maintenant ?
Je suis en pleine transition. Je cherche un emploi qui me permette de grandir, d’apprendre, et de m’épanouir. Idéalement dans la restauration ou l’enseignement, car ces deux domaines me passionnent et me permettent d’être proche des gens. Mais, au-delà du travail, j’attends surtout de continuer à construire ma place au Cambodge, à tisser des liens, à contribuer, à ma manière, au pays de mes origines.







Commentaires