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CIFF 360 & Kep : Sarita Reth, « Kep a tout pour devenir un petit Cannes du Cambodge »

Actrice, productrice, militante — rencontre avec une voix incontournable du cinéma cambodgien : Sarita Reth. Visage familier des écrans khmers, elle incarne aujourd'hui une nouvelle génération de professionnels qui ne se contentent plus de jouer le jeu, mais entendent en réécrire les règles. Devant la caméra comme derrière, sur scène comme dans les forums de l'industrie, Sarita porte une exigence rare : celle d'un cinéma cambodgien enfin structuré, juste, et reconnu à sa juste valeur sur la scène mondiale.

Sarita Reth
Sarita Reth @CG

Portrait

Il y a des présences qui s'imposent naturellement dans un espace. Sarita Reth est de celles-là. Visage familier des écrans cambodgiens, elle a construit sa notoriété à force de rôles habités et d'une présence scénique rare. Mais Sarita ne se laisse pas enfermer dans une seule case.

Après des années passées devant la caméra, elle a franchi le pas de la production — avec, dès son coup d'essai, une reconnaissance internationale.

Ses deux premiers courts-métrages en tant que productrice ont été sélectionnés officiellement au Cambodia International Film Festival, mais aussi dans deux festivals accrédités par l'Académie des Oscars : Short Shorts au Japon et Huesca 54 en Espagne. Une entrée en matière remarquée, qui dit beaucoup sur la rigueur et l'ambition de cette femme de cinéma.

C'est dans le cadre idyllique du Knai Bang Chatt à Kep, en marge du workshop professionnel organisé par le CIFF 360, que nous l'avons rencontrée. Plus de trente professionnels de l'industrie — réalisateurs, producteurs, scénaristes, représentants du ministère — étaient réunis ce jour-là pour dresser un état des lieux sans complaisance du cinéma cambodgien et imaginer, ensemble, les structures de demain. Sarita y participait à la fois comme actrice, comme productrice et comme voix portée par l'expérience du terrain.

Sarita Reth, « Kep a tout pour devenir un petit Cannes du Cambodge »

Entretien

Sarita, vous venez de signer vos premiers pas en tant que productrice, et le résultat dépasse les frontières cambodgiennes. Comment vivez-vous ce succès ?

C'est une grande fierté, bien sûr. Mais surtout un immense apprentissage. Passer derrière la caméra, c'est tout un monde différent. De la recherche de financement à la post-production, rien n'est simple — oh mon Dieu, vraiment ! Je ne sais d'ailleurs pas encore si j'aime ça (rires). Mais c'est une expérience extraordinaire. Et quand on voit que le travail est reconnu à l'international, on se dit que l'équipe a su créer quelque chose de vrai.

Pouvez-vous nous parler des deux courts-métrages que vous avez produits ?

Le premier, Chant of the Desert Flower, a été réalisé par Kim Sophea — que vous avez d'ailleurs interviewée. C'est un film de quinze minutes, dense et beau. Il a été sélectionné au CIFF et dans les deux festivals académiques dont je vous parlais. Le second s'intitule Rest in Pieces.

Pour ces deux films, je suis à la fois à la production et devant la caméra. C'est une double casquette exigeante, mais je ne pouvais pas imaginer faire les choses autrement — pas encore.

Ce workshop du CIFF 360 réunissait ce matin des professionnels de tous horizons. Qu'est-ce qui s'y est dit, selon vous, d'essentiel ?

Nous étions là pour parler franchement — réalisateurs, producteurs, acteurs, gens du ministère, tous les secteurs liés les uns aux autres.

L'objectif, c'était de dresser un état des lieux honnête : quels sont nos problèmes aujourd'hui, et comment les résoudre sans répéter les mêmes erreurs ? Il s'agit de construire une industrie cinématographique vraiment soutenable, pas seulement sur le plan créatif, mais aussi économiquement.

Sarita Reth, « Kep a tout pour devenir un petit Cannes du Cambodge »

Vous avez évoqué un problème en particulier qui vous touche directement…

Les heures de travail. C'est un sujet qui me tient vraiment à cœur — et c'est même un trauma pour moi. Certaines productions sont irréprochables, mais elles sont malheureusement peu nombreuses.

Dans d'autres pays, on tourne dix heures et c'est tout. Si on dépasse, il y a une compensation financière encadrée par la loi. Ici, il n'existe aucune protection légale pour les artistes sur ce point.

On ne peut pas fonctionner 24 heures sur 24 — personne ne le peut. C'est l'une des questions que nous avons portées aujourd'hui.

Y a-t-il un espoir de changement concret ?

J'espère vraiment. Et le fait que des représentants du gouvernement étaient présents ce matin pour nous écouter, c'est déjà un signal. J'espère qu'ils prendront ces problèmes à bras le corps et les feront remonter aux instances supérieures. Le cinéma, c'est du soft power — il peut avoir un impact profond sur l'image d'un pays. Il faut que ça soit enfin reconnu comme tel.

Une dernière question : que pensez-vous de l'idée de faire de Kep un lieu de festival international ?

Kep est un endroit magnifique. On a la mer, on a la montagne, on a cette douceur particulière. Si Cannes peut se produire, pourquoi pas Kep ? C'est un lieu où tous les individus créatifs pourraient venir et donner le meilleur d'eux-mêmes.

Je pense que son potentiel est largement sous-estimé. Kep a tous les atouts pour devenir une destination de cinéma incroyable, nationale et internationale. Cette initiative, je la soutiens des deux mains.

CG. Photos additionnelles par CIFF 360

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