Chronique & Photographie : Les enfants du Cambodge, rires, sourires et jeux

À la suite de la réception de mes photos, certains d’entre vous me demandent parfois pourquoi je ne les rassemble pas en un livre, proposition qui, cela va sans dire, flatte mon égo !

Île de koh Trong
Île de koh Trong

Pour diverses raisons explicitées dans les réponses faites à ceux qui me font cette suggestion, j’ai jusqu’à présent décliné cette possibilité. Je reste fidèle à la formule, maintenant décennale, d’envoyer par internet à un cercle d’amis, de parents et d’amoureux de l’Asie du Sud-est des photos sous forme de diaporamas, parfois accompagnés ou explicitant un texte dénommé « feuille de route ». Des textes et des photos qui n’obéissent pas à une thématique unique, même si le thème des « mondes qui disparaissent » réapparaît souvent, directement ou de façon subliminale.

Au Cambodge (ici à Kratié), les enfants ..
Au Cambodge (ici à Kratié), les enfants ..

Par contre, j’essaie, autant que faire se peut, pour chaque envoi, de m’en tenir à un objet. Les années passant, le problème est alors que, sur certains thèmes, j’ai accumulé des milliers et des milliers de photos. Ce qui nécessite d’abord un temps croissant pour les retrouver et en faire une sélection. Ensuite fait que, ce qui, initialement, pouvait être traité en une vingtaine de photos, justifie aujourd’hui plusieurs diaporamas. Le thème des enfants, un sujet auquel peu de photographes restent insensibles, est une parfaite illustration de la problématique exposée ci-dessus.

Enfants de Kep
Enfants de Kep

Leur spontanéité, leurs sourires ou rires, leurs mimiques, leur joie de vivre, leur jouissance de l’instant, leur candeur et, évidemment, le souci d’« immortaliser » ce temps fugace qui peut sembler, à l’adulte, être celui du bonheur et de la beauté, mais aussi de l’avenir d’un pays, font que les photos sur ce thème vont s’accumuler. Mais, peut-être, est-ce ainsi que « la boucle se boucle ». Car, sur ce thème, le nombre de photos, en cas de diffusion par diaporamas, va être identique à celui qui pourrait figurer dans un livre !

Île de koh Trong
Île de koh Trong

C’est ainsi que le thème des « enfants du Cambodge » comporte 266 photos ! Il est aussi vrai qu’un livre, même de photos, peut difficilement se consulter d’une traite, surtout sur un thème unique. Vous risquez fort l’indigestion. C’est pourquoi les différents « chapitres » de ce sujet — au nombre de quatre — vous seront envoyés, non d’une seule traite, mais en quatre temps successifs.

Enfants du Cambodge
Enfants du Cambodge

Pour le visiteur, les enfants cambodgiens semblent ne savoir faire que deux choses : pleurer (si, cela arrive, mais fort rarement) et surtout, et presque tout le temps, quelles que soient les circonstances, rire, rire, rire… À les voir, il semblerait qu’ils aient découvert la clef du bonheur ou le paradis sur terre ! Les photos de cet article essaieront de porter témoignage de cette quasi perpétuelle joie de vivre de ces enfants. Mais l’enfant cambodgien, comme tous les enfants du monde, ne peut échapper au contexte dans lequel il évolue.

Enfants de Kep
Enfants de Kep

En d’autres termes, il doit notamment s’inscrire dans la culture de son pays, culture, au Cambodge, encore très fortement empreinte par ce que l’on a coutume d’appeler le « bouddhisme du Petit Véhicule » — une des variantes du bouddhisme — pratiqué dans l’Asie du Sud-est (Thaïlande, Laos, Birmanie, Cambodge) ainsi qu’au Sri Lanka. Un bouddhisme qui a pris la succession de l’hindouisme qui, arrivé, lui, il y a environ 2 000 ans, avait dû d’abord intégrer des croyances — qualifiées d’animistes — préexistantes à son arrivée. Et cette culture, comme dans tous les pays du monde marque de façon indélébile la conception qu’ont ses habitants de la vie, de la mort, du pouvoir, de la famille, de l’argent et de l’amour. Il y a aussi les « constantes » de toute vie sociale dans lesquelles s’insère la vie quotidienne des enfants : vivre dans son cercle familial, se déplacer, apprendre, etc..., évidemment dans un contexte qui, selon les pays, peut présenter quelques variantes.

Enfants d'Oudong
Enfants d'Oudong

Si les trois premiers volets sont, mutatis mutandis, d’application universelle, par contre, le quatrième, et dernier volet de cette série à venir sur les enfants du Cambodge distinguera les enfants cambodgiens, issus d’un monde rural encore majoritaire, de ceux de nos pays occidentaux, urbanisés et industrialisés depuis un à deux siècles. Traditionnellement, dans le monde rural, au Cambodge, l’enfant ne va guère ou très peu connaître ce temps prolongé de l’enfance que nous appelons adolescence. Très vite, par mimétisme et/ou par obligation, il va être plongé dans le monde des adultes.

Kompong Cham
Kompong Cham

Certes, la généralisation progressive de la scolarité, fait que, aujourd’hui, l’enfant cambodgien tend à participer à deux mondes, le traditionnel et le mondialisé. On peut alors penser que l’urbanisation croissante et le déclin démographique du monde rural feront que les images, au moins celles du quatrième volet, deviendront progressivement le témoignage d’un monde disparu. Même si, l’enfant adulte se retrouve aussi aujourd’hui dans les familles paupérisées du monde urbain, mais, alors, dans un contexte autre.

Enfants de Kep
Enfants de Kep

Quel sera le monde de l’avenir des enfants cambodgiens ? À eux de le bâtir sans oublier leur passé dont ces photos voudraient porter un témoignage.

Texte et photographies par Jean-Michel Gallet

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