Chronique : Mes chers parents, les symboles oubliés du mariage cambodgien (1)

Le mariage cambodgien est au résident étranger ce que le temple d’Angkor est au touriste : un moment incontournable et, par certains aspects, totalement fascinant.

Mes chers parents, les symboles oubliés du mariage cambodgien


Tout étranger qui reçoit l’odorante enveloppe rose imprimée de superbes arabesques dorées ne sait pas forcément à quel monde ce sésame donne accès. Un mariage local ne s’apprécie pleinement que s’il est vécu de l’intérieur ; si l’invité participe à la totalité de la cérémonie et non pas aux seules agapes qui la clôturent.

Une cérémonie de 7 jours

Si une noce dure aujourd’hui entre deux et trois jours, il faut savoir qu’elle était jadis célébrée sept jours durant. La tradition veut que ce soient les parents du garçon qui supportent les dépenses engagées pour l’organisation de cette cérémonie se déroulant obligatoirement au domicile de la jeune fille. Car c’est ici, régime matriarcal oblige, que s’installeront les nouveaux mariés. La cérémonie est en effet le moment où les religieux qui la célèbrent mettent en place les protections spirituelles assurant géographiquement la pérennité du mariage.

Au tout début de la cérémonie, ce ne sont pas les véritables parents qui se présentent aux futurs époux, mais des couples amis de la famille connus pour leurs vertus et leurs qualités morales. Ils symbolisent ainsi l’union parfaite et sont présentés comme modèles à suivre aux fiancés engagés sur les voies nuptiales.

Les faux parents

Le couple prénommé « Chao Moha » représente les parents du garçon, tandis que ceux de la fille s’appellent les « Lok Meba ». Durant la cérémonie, dans la cour de la maison ou dans la pièce principale, deux comiques amusent l’assistance de leurs pitreries. Ils symbolisent un couple d’esprits célestes. L’homme chante en dansant tandis que « l’ange » féminin porte un plateau doré sur lequel se trouvent un peigne en or et des ciseaux en argent (ou du moins censés l’être).

Au cours de cette danse, les « anges » comiques se dirigent vers les jeunes mariés, alors assis côte à côte. Ils se tiennent debout derrière eux et miment le travail d’un coiffeur, mais sans réellement couper la chevelure. Après eux, c’est au tour des parents proches et éloignés puis des amis de procéder à cette coupe symbolique armés du peigne et du ciseau.

Les coups de ciseaux

Ce rite a plusieurs significations. D’une part, il permet de « nettoyer » l’âme des jeunes mariés de toutes les impuretés qu’ils auraient pu accumuler durant leur célibat. Il est dit également que la coupe des cheveux conjure les malheurs à venir. Les cheveux – surtout l’action de les sectionner – ont de nombreuses significations dans la culture khmère. Lors des cérémonies funéraires, on rase ceux des parents les plus proches, du moins ceux du fils ou de la fille aînée.

Autrefois, le peuple entier devait se faire tondre entre la mort et la crémation d’un roi ; coutume qui a ensuite été restreinte à certaines femmes du palais. En cas de maladie, il est fréquent de faire vœu d’offrir ses cheveux à un génie, un Neak Ta ou à une image du Bouddha, le jour de la guérison. Enfin, au moment de l’ordination des jeunes bonzes, le rasage du crâne rappelle que le futur Bouddha, lorsqu’il abandonna la vie princière, trancha sa chevelure d’un coup d’épée.

Les ancêtres toujours présents

Dans la pièce où se déroule le mariage, les bougies et baguettes d’encens sont allumées. Sur une table se trouvent de la nourriture et des boissons en abondance. Elles servent avant tout d’offrandes aux ancêtres afin de les convier à la fête tout en sollicitant la bienveillance de l’au-delà envers le futur couple. L’âchar (le maître de cérémonies) qui connaît son rituel placera sept couples autour des mariés, toujours assis l’un à côté de l’autre (sur un tapis cette fois-ci).

Il récitera alors une prière en faisant circuler sept fois, passant de main gauche en main gauche, un Popil sur lequel se tient une bougie allumée. Le popil est un petit objet métallique d’une vingtaine de centimètres de haut représentant une feuille.

Protéger contre les mauvais esprits

Selon une légende cambodgienne, Preah Eysey (un ermite de la forêt) offrit à l’un de ses élèves en cadeau de mariage une feuille de banian en or et une bougie faite de poudre de diamant. Le popil commémore ce moment précis. La circulation de cet objet symbolise également la création, autour du couple, d’une zone de protection contre les mauvais esprits, les empêchant ainsi de venir s’installer dans la demeure du ménage.

En même temps, ce rituel empêche également les mariés de quitter cette zone, en se séparant ou en divorçant. Le nombre important de séparations actuelles chez les jeunes mariés au Cambodge, serait dû, selon certains gardiens de la tradition, au fait que ce rituel tombe en désuétude.

(À suivre) Frédéric Amat

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