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Chronique & Cambodge : « Vente des îles » », quand la désinformation rencontre la défiance

La polémique autour de Koh Muoy et Koh Ky n’est pas qu’une affaire de démenti officiel : elle raconte aussi la fragilité de la confiance du public à l’ère des réseaux sociaux.​

Koh Muoy
Koh Muoy. Photo Facebook

Une tempête née sur les réseaux

En quelques heures, l’accusation a circulé : le gouvernement aurait vendu deux îles côtières à des entreprises privées, bradant le patrimoine national au profit d’intérêts économiques.​ Dans un pays où la question de l’aménagement du littoral et de la protection des ressources naturelles suscite une sensibilité croissante, le récit était explosif.​

Les noms de Koh Muoy, au large de Preah Sihanouk, et de Koh Ky, devant Kampot, ont rapidement enflammé les conversations, alimentant l’idée d’un littoral progressivement confisqué au public.​Ce climat de suspicion explique pourquoi un simple post non vérifié peut, en quelques heures, devenir une affaire nationale.

Un démenti ferme, mais défensif

Face à la montée de la rumeur, le Conseil pour le Développement du Cambodge (CDC) a choisi une ligne claire : non, aucune île n’a été vendue.​ Dans son communiqué, l’institution rappelle que Koh Muoy et Koh Ky sont des propriétés de l’État, susceptibles d’être louées à des entreprises, mais non cédées définitivement.​

Le message est double : défendre l’image d’un gouvernement « responsable » tout en légitimant le recours au secteur privé pour développer le tourisme.​ En soulignant que « aucune île du territoire maritime cambodgien » n’a été vendue, le CDC cherche à couper court à toute generalisation et à rassurer au‑delà de ce seul dossier.​

La ligne de crête entre développement et crainte de bradage

Au cœur de cette affaire se trouve une tension désormais familière : comment attirer les investissements sans donner l’impression de sacrifier le bien commun.La location à long terme d’îles à des opérateurs touristiques est présentée comme un moteur de croissance et d’emplois, mais pour une partie de l’opinion, elle ressemble à une privatisation de fait des espaces naturels.

Le gouvernement insiste sur le maintien de la propriété publique, mais sur le terrain, les populations locales et les citoyens connectés voient surtout l’accès se restreindre, les projets se multiplier, et les silhouettes d’hôtels et de resorts redessiner le paysage.C’est dans cet écart – entre discours institutionnel et perception sociale – que prospèrent les rumeurs.

Quand la désinformation rencontre la défiance

Le CDC en appelle à la responsabilité : se fier aux « sources officielles » et ne pas relayer d’informations non vérifiées. ​L’injonction est légitime, mais elle se heurte à une réalité : plus la confiance dans la parole publique est fragile, plus les citoyens se tournent vers des canaux alternatifs, au risque d’y trouver le pire comme le meilleur (moins souvent).

Dans ce contexte, chaque projet d’investissement sur le littoral devient un test de transparence. Plans de gestion environnementale, consultations locales, publication des contrats de location : plus ces informations restent floues ou techniques, plus l’espace se creuse pour les scénarios alarmistes.

Une opportunité de clarifier le pacte avec les citoyens

L’affaire Koh Muoy et Koh Ky pourrait être l’occasion de changer de méthode. Au‑delà du démenti, le gouvernement aurait tout intérêt à expliquer de manière plus pédagogique les modalités de ces baux, la durée, les obligations environnementales, les retombées locales et les mécanismes de contrôle.

Dans un pays qui mise sur le tourisme comme pilier de croissance, la gestion des îles et du littoral touche à quelque chose de plus profond : le sentiment d’appartenance à un patrimoine collectif. En montrant que l’investissement privé peut aller de pair avec l’intérêt général, les autorités pourraient transformer une crise de rumeur en exercice de transparence – et, peut‑être, regagner un peu de cette confiance qui ne se décrète pas, mais se construit jour après jour.

1 commentaire

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pheng
il y a une heure

Comment cela peut en être autrement puisque le Cambodge n'est pas un Etat de droit, arbitraire et autoritaire dont le pouvoir est entre les mains d'une oligarchie de milliardaire privée.... Intérêt général et intérêt privé ne sont pas compatibles et les rumeurs sont très souvent fondés. Il n'y a pas de fumée sans feu....Il faut creuser davantage et non se contenter de complaisance. D'ailleurs, il n'existe plus de journaux, presse d'opposition au Cambodge.....

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