Cambodge & Santé : Résilience, sécurité et durabilité des infrastructures numériques
- La Rédaction

- il y a 10 heures
- 4 min de lecture
Fin 2025, le « EuroCham Healthcare Forum and Innovation Exhibition » a exploré les horizons prometteurs de la santé numérique au Cambodge. Parmi les voix marquantes de cet événement, l’intervention de M. Oudam Rony, expert en régulation et innovation digitale (BNC), a particulièrement retenu l’attention par la clarté de son analyse et la profondeur stratégique de ses propos.

M. Rony s'est livré à un parallèle éclairant entre le secteur financier cambodgien, déjà transformé par le numérique, et la santé numérique, un domaine à fort potentiel mais encore à structurer. « Le secteur financier cambodgien offre des bonnes leçons dans la construction de la confiance grâce aux données, des leçons qui pourraient nous résumer dans le futur de la santé numérique », a-t-il déclaré, soulignant l’importance cruciale des infrastructures de confiance dans le développement de services numériques fiables.
Construire la confiance : clé de la transformation numérique
Parmi les succès exemplaires qu’il a évoqués figure le Bureau de Crédit de Cambodge, créé en 2012, une initiative publique-privée soutenue par la Banque Nationale de Cambodge et divers partenaires internationaux. Ce dispositif a su, grâce à une « nouvelle logique régulière, supervisée et itérative », instaurer un climat de confiance fondé sur la transparence et la protection des données. M. Rony explique :
« Lorsque les pays étaient initialement hésitants à partager des données, le Bureau Crédit de Cambodge a établi une garde de sécurité privée et a rendu le consentement du Bureau obligatoire, même avant l’existence de la protection nationale des données. »
Ce modèle a permis à plus de 5 millions de Cambodgiens de disposer de profils de crédit solides, favorisant ainsi l’accès aux crédits et dynamisant l’économie.
Sur cette base, il insiste sur la nécessité de développer une approche analogue pour la santé numérique : « La confiance doit être désignée en premier lieu, pas assumée. Les patients doivent se sentir confiants que leurs dossiers sont privés et sécurisés, tandis que les médecins doivent avoir confiance dans les données partagées qu’ils n’ont pas générées. »
Gouvernance et collaboration publique-privée
L’un des enseignements majeurs de M. Rony porte sur le modèle de gouvernance. Il met en garde contre les risques de fragmentation en cas d’initiatives isolées :
« Si chaque hôpital commence à construire son propre système isolé, nous risquons des fragmentations. Mais si les partenaires développent des plateformes nationales, comme les dossiers médicaux électroniques partagés, le Patient ID et les centres de données de santé, nous pouvons assurer l’interopérabilité et la participation. »
Il plaide pour un modèle hybride inspiré de celui du secteur financier où régulateurs et acteurs privés collaborent étroitement. « Ce n’était pas une plateforme numérique ni une seule entreprise privée, mais une entité partenaire de l’industrie financière et régulée par la Banque Nationale. Ce même principe de gouvernance où le public peut exister avec l’engagement peut être approprié par l’autorité pour améliorer la confiance et l’efficacité dans la gestion des données de santé. »
Résilience et durabilité des infrastructures numériques
M. Rony a également insisté sur la résilience comme condition sine qua non. « Dans le secteur privé, nous sommes là pour la continuité, même lors d’éclosions ou de crises cybernétiques. La plateforme Health Data doit faire la même chose. Cela inclut un stockage distribué, une forte sécurité cybernétique et la préparation pour l’utilisation lors de crises. Sans la résilience, la confiance publique s’éloigne. »
Cette vision s’accompagne d’une réflexion stratégique sur l’impact macroéconomique de la santé numérique : « Un système robuste peut sauver des vies, traiter des épidémies et attirer l’investissement. Les données de santé ne sont pas seulement un outil clinique, mais une infrastructure nationale qui soutient le développement, la résilience et l’innovation. »
Une approche inspirée des réussites régionales
Pour renforcer son propos, M. Rony rappelle des modèles régionaux probants, notamment l’exemple de Singapour qui, dès 2018, a permis l’expérimentation de la télé-médecine dans un cadre réglementaire sécurisé, aboutissant en 2022 à l’un des systèmes les plus fiables au monde.
« Cette démarche expérimentale sous conditions contrôlées montre que la confiance et la capacitation sont au cœur de la réussite. »
Un appel à l’action au Cambodge
L’intervention de M. Oudam Rony a ainsi posé les bases d’une feuille de route pour la santé numérique au Cambodge, articulée autour des piliers que sont la confiance, la gouvernance, la résilience et la durabilité des infrastructures.
Il a appelé à bâtir un écosystème numérique inclusif, ancré dans la collaboration publique-privée et s’assurant de la protection rigoureuse des données personnelles dès le départ.
Dans une période où la transformation digitale s’accélère, ses propos résonnent comme un guide stratégique essentiel pour les décideurs et acteurs du secteur santé au Cambodge :
« Le message est simple, il faut construire de la confiance en protégeant la confidentialité depuis le début et l’adoption de la plateforme numérique. »
Ce diagnostic et ces recommandations offrent une vision solide pour bâtir un système de santé plus sûr, efficace et innovant, en phase avec les ambitions du pays dans l’ère numérique.







Commentaires