Cambodge & Environnement : Quand les forêts prospèrent, les communautés aussi

Au nord du Cambodge, un projet de reforestation a sauvé l’environnement et une communauté.

La région dans laquelle vit Tun Kean a été durement touchée par la déforestation, mais les membres de sa communauté se sont unis pour riposter, restaurer leur environnement et accroître leurs moyens de subsistance. ©FAO/Enric Català Conteras
La région dans laquelle vit Tun Kean a été durement touchée par la déforestation, mais les membres de sa communauté se sont unis pour riposter, restaurer leur environnement et accroître leurs moyens de subsistance. ©FAO/Enric Català Conteras

Comme elle le fait presque tous les matins, Tun Kean, 37 ans, termine sa patrouille dans la forêt locale de la province de Preah Vihear, au nord du Cambodge. Elle surveille la zone, afin de détecter d’éventuels signes d’activité illégale ou de feux de forêt. La santé des forêts est l’une des plus grandes préoccupations de Tun, et ce pour une bonne raison : ces dernières années, l’empiètement sur les forêts, la surexploitation, les coupes illégales de bois et le changement climatique ont modifié de façon spectaculaire le paysage luxuriant et verdoyant qui entourait autrefois sa maison.

La perte de couvert forestier a exposé sa communauté aux effets du changement climatique, c’est-à-dire à des sécheresses plus fréquentes et à une hausse des températures, qui ont des incidences sur les cultures, et donc sur la sécurité alimentaire.

« Les trois années qui ont précédé 2020, nous n’avons pas eu assez de riz pour manger toute l’année, à cause de la sécheresse prolongée et du manque de pluies », explique Tun.

Étant donné que la plupart des membres de la communauté dépendent des forêts, il est devenu de plus en plus difficile pour Tun et les autres familles de conserver leurs moyens de subsistance et de se nourrir.

Toutefois, à présent, lorsque Tun retourne auprès de son mari et de leurs cinq enfants après sa patrouille du matin, elle constate que leur maison à Trapeang Tuntoeum commence à être de nouveau entourée de cette riche forêt verte qui caractérisait cette région du Cambodge. Ses revenus, qui proviennent de la culture du riz et de cultures commerciales, reprennent eux aussi de la vigueur. Le riz, les noix de cajou et les légumes qu’elle cultive dépendent tous de l’ombre naturelle et du sol de l’environnement forestier. Alors comment cette tendance s’est-elle inversée ?

Des membres de la communauté forestière ont été formés à la régénération des forêts, notamment à la culture et à l’entretien des jeunes pousses. ©FAO/Enric Català Conteras
Des membres de la communauté forestière ont été formés à la régénération des forêts, notamment à la culture et à l’entretien des jeunes pousses. ©FAO/Enric Català Conteras

Un projet de la FAO pour riposter

Tun cherchait désespérément à protéger la forêt de sa communauté, mais elle ne savait pas par où commencer. La communauté locale n’avait pas les ressources ni les capacités techniques pour agir. Puis, en 2019, Tun a entendu parler du projet sur le Mécanisme de restauration des forêts et des paysages, qui a été présenté à sa communauté par le Centre de formation en foresterie communautaire pour la région Asie et Pacifique et la FAO.

La FAO et le Centre de formation dotent actuellement les communautés forestières des capacités techniques et des fonds nécessaires pour lutter contre la dégradation des forêts et promouvoir les activités de restauration, en coopération avec l’initiative sur la foresterie communautaire du Gouvernement cambodgien.

Le projet contribue à la gestion durable des ressources naturelles dans cinq sites pilotes, qui représentent plus de 52 hectares dans les régions cambodgiennes de Kampong Thom, Siem Reap et Preah Vihear.

La formation est l’un des aspects les plus importants du projet, car elle permet d’apporter aux membres de la communauté les compétences, les outils et les ressources nécessaires pour gérer efficacement les forêts dans le cadre d’activités consistant notamment à sélectionner les sites qui feront l’objet d’une restauration, à replanter des arbres, à choisir des espèces adaptées, à prendre soin et à faire pousser de jeunes plants en pépinière et à protéger la forêt contre le risque de feu.

Tun a rejoint le projet sur le Mécanisme depuis le début et fait maintenant partie du groupe d’entretien. Elle a participé à la plantation d’arbres et à la restauration de dizaines d’hectares de forêt dégradée.

Elle contrôle régulièrement les jeunes plants afin de veiller à leur survie, arrache les mauvaises herbes ou les graminées et participe à des réunions sur les activités de restauration.

Le projet encourage tous les membres de la communauté à participer à la restauration dans le cadre d’initiatives de partage des avantages qui leur permettent de s’approprier et d’utiliser la terre, et donc de produire des aliments pour les familles. ©FAO/Enric Català Conteras
Le projet encourage tous les membres de la communauté à participer à la restauration dans le cadre d’initiatives de partage des avantages qui leur permettent de s’approprier et d’utiliser la terre, et donc de produire des aliments pour les familles. ©FAO/Enric Català Conteras

Armée de ses connaissances et d’un plan de restauration, Tun échange énergiquement avec les autres membres de la communauté sur la manière de protéger au mieux la forêt.

« Je suis heureuse de pouvoir contribuer à la protection et à l’amélioration d’une forêt que j’aime et qui me fournit, ainsi qu’à ma communauté, des aliments et des sources de revenu complémentaires », affirme‑t‑elle.

Partage des avantages

Une des étapes cruciales de l’initiative de restauration consiste à s’assurer que le taux de survie des jeunes plants est élevé. La notion de partage des avantages a donc a été introduite dans le projet, afin d’inciter les membres de la communauté à y participer. Les membres du groupe d’entretien ont tous reçu une portion de terre sur laquelle ils peuvent cultiver notamment des légumes pour nourrir leur famille, à la condition qu’ils entretiennent les arbres qui poussent sur leur parcelle.

Ainsi, ce dispositif améliore non seulement la sécurité alimentaire des personnes qui y participent, mais il contribue également à l’écosystème forestier, car il réduit l’érosion du sol grâce à la plantation de cultures, favorise la régénération naturelle de la forêt et facilite le développement des espèces d’arbre autochtones.

Tun a reçu 1,5 hectare de terre de la part du comité local de la foresterie communautaire et, compte tenu de l’état du sol, a décidé de cultiver du soja.

« Je serai très contente quand j’aurai accès à d’autres terres, car je pourrai produire plus de revenus pour ma famille », affirme Tun.

« Ces revenus supplémentaires me permettront d’investir dans mes activités agricoles. »

Une fois que ces arbres seront complètement régénérés et qu’ils feront trop d’ombre pour pouvoir cultiver en-dessous, Tun et les autres continueront de bénéficier de produits forestiers non ligneux et pourront récolter durablement du bois de chauffe grâce à des techniques de sylviculture.

D’après Tun, ce projet lui a fait retrouver sa capacité d’agir, qu’elle avait perdue en raison de la dégradation rapide du paysage autour d’elle. Il est nécessaire de faire de même dans de nombreuses autres communautés du Cambodge dont les moyens de subsistance dépendent des ressources forestières, et dans le monde entier. Chaque année, le couvert forestier recule de 10 millions d’hectares dans le monde.

En raison de ce type de pertes, les Nations Unies ont lancé la Décennie pour la restauration des écosystèmes, afin de prévenir, enrayer et inverser la dégradation des écosystèmes dans le monde et de contribuer ainsi à l’éradication de la pauvreté et à la lutte contre le changement climatique. Ensemble, la FAO et les communautés locales peuvent contribuer à inverser la tendance et préserver la santé des forêts et des écosystèmes de la planète, pour les générations futures.

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Avec l'aimable autorisation de FAO.org.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et n'engagent ni la FAO ni le magazine.

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