Cambodge & Découverte : Le paradis mystérieux d’Anloung Chen

Sur une carte, Anloung Chen peut être perçue comme une petite île ordinaire isolée sur la rivière Bassac, un affluent du Tonlé Sap et du Mékong. On n’y trouve ni montagnes, ni ruines antiques ou grandes forêts et cascades susceptibles d’attirer les touristes traditionnels.

Anloung Chen, petite ile de 11 km de long sur la rivière Bassac

Paradis agricole inconnu

Pourtant, pour les amoureux de la nature et les amateurs de plein air, l’île située dans la province de Kandal, à environ 20 kilomètres de la capitale Phnom Penh, a tout à offrir à condition d’aimer la simplicité. Bien qu’Anloung Chen soit relativement peu connue des guides touristiques, quelques locaux et expatriés s’y rendent régulièrement pour de la randonnée ou du vélo ou tout simplement pour profiter de l’air frais de la rivière et de la verdure qui couvre la majeure partie de l’île.

En fait, Anloung Chen est surtout réputée pour ses produits agricoles et non pour être une destination touristique classique. De son sol fertile lié à la présence de la rivière et son abondant limon, poussent de succulents fruits et légumes. Les agriculteurs qui y résident, principalement de petits fermiers, se rendent une à deux fois par an sur les berges de l’île pour ponctionner du sable et le répandre ensuite sur leurs terres pour les rendre plus fertiles sans avoir recours aux engrais chimiques.

Longanes

Et l’île est particulièrement connue des Cambodgiens pour ses succulents longanes, un fruit originaire du sud-est de la Chine et dont la saveur est proche du litchi et du ramboutan. À Anloung Chen, le longane, aussi surnommé « Œil du dragon » ou « Mein » au Cambodge, se trouve partout, dans les plantations, le long de la route et devant les maisons.

Anloung Chen est réputée pour la qualité de ses longanes

En pleine saison, beaucoup d’agriculteurs dresseront quelques étals devant leurs maisons pour vendre leurs longanes entre 10 000 et 20 000 riels le kilo en raison de sa saveur très particulière tandis que celui importé de Thaïlande coûte environ 1 dollar le kilo. La majorité des fermiers de l’île alimente les marchés de Kandal et Phnom Penh pendant la saison de juin à septembre. Les prix baissent ensuite de façon significative après la saison.

De la ferme à la table

Mais l’île n’est pas seulement le paradis des longanes, on y cultive également l’épinard, la papaye, la banane, le fruit du jacquier et des herbes aromatiques telle la ciboulette. Des produits frais qui font le bonheur des chefs de Phnom Penh qui s’approvisionnent sur l’île. Parmi eux, le célèbre chef cambodgien Luu Meng, qui connait bien cette île et ses habitants et qui met un point d’honneur à ce que le restaurant Malis achète directement chez le producteur, pour éviter les intermédiaires et avoir des garanties de fraîcheur.

Chef Luu Meng : seuls les ingrédients les plus frais sont utilisés chez Malis
« Le but est d’obtenir les ingrédients les plus frais et qui sont cultivés sans pesticides ni produits chimiques. Nous faisons de notre mieux pour nous assurer que seuls les produits les plus frais sont utilisés chez Malis », confie-t-il.

« En travaillant ainsi, nous évitons le grossiste dans la chaîne d’approvisionnement et les ingrédients nous sont livrés plus rapidement. », conclut-il.

Également fameuses, les papayes d’Anloung Chen

Origine maudite

Selon un fermier, ce seraient des Chinois qui auraient été les premiers à s’installer sur cette terre et à introduire la culture du longane. La légende dit que peu sont restés en raison des nombreuses disparitions qui frappaient la communauté de Chinois. En fait, l’explication la plus probable proviendrait de la présence de sables mouvants très profonds sur une partie de l’île et qui ne permettait pas de retrouver les corps de ceux qui s’y aventuraient et ne revenaient pas.

Berges du Tonle Bassac

Quiétude et sourire

Comme c’est souvent le cas pour les destinations peu concernées par le tourisme, l’île d’Anloung Chen est un endroit calme et paisible ou les habitants accueillent les quelques visiteurs avec bienveillance et avec ce fameux sourire khmer. La population locale profite de sa vie insulaire tranquille, sans pollution ni vacarme de circulation. Il n’y a pas de marché en dehors de quelques stalles devant les maisons individuelles. De temps en temps, on rencontre un vendeur à vélo ou à moto qui propose des vêtements, des jouets ou des ustensiles de cuisine, rien d’autre. De nombreuses familles vivent en quasi-autarcie pour l’alimentation, préparant leurs repas avec le poisson qu’ils pêchent dans la rivière et les légumes du terroir.

Quiétude et sourire

Loisirs

Randonnée à pied, en bicyclette ou simple balade et pique-nique sont possibles. Compter trois bonnes heures pour effectuer le tout complet de l’île à un pas rapide, et surtout ne pas oublier de se munir d’un chapeau et de provisions d’eau, la chaleur peut être assez surprenante. Mais l’île permet aussi de s’adonner à la pêche, car les eaux sont assez poissonneuses, particulièrement durant la mousson. Lors d’une bonne journée, il sera possible d’attraper des poissons-chats, des perches ou même des anguilles. Un petit réchaud sera donc pratique pour préparer un repas en pleine nature, avec un peu de riz et des légumes locaux.

Sourires d’Anloung Chen

Vers la partie sud de l’île se trouve la seule école primaire d’Anloung Chen. Un énorme arbre Bodhi, planté il y a une vingtaine d’années, fournit de l’ombre à toute l’enceinte de l’établissement et permet aux visiteurs d’effectuer une pause pendant leur découverte de l’île. Cette dernière compte deux grandes pagodes, Wat Kbal Koh et Wat Chong Koh où il est possible de se promener au milieu des petits bosquets fleuris et d’observer les moines travailler.

Anloung Chen

Pour aller à Anloung Chen

Depuis Phnom Penh, il suffit de se diriger vers le sud sur la route nationale 2 pendant environ 40 minutes puis d’emprunter la route 21A dans la province de Kandal. Une fois arrivé à la commune de Svay Rolum, il faut rouler encore 20 minutes avant de trouver l’embarcadère des ferry sur la gauche, qui permet d’emprunter l’un des six bateaux à destination d’Anloung Chen.

5 minutes de ferry pour se rendre sur l’île

Contrairement aux ferry qui sillonnent le Tonlé Sap, ceux desservant Anloung Chen sont plus petits, avec une largeur suffisante pour une voiture et quelques motos. Le paysage, la vue sur le fleuve et les bateaux de pêche peuvent se révéler une belle source d’inspiration pour les photographes.

Développement rapide

Le temps d’une journée, cette petite île-bourgade rurale permet d’échapper aux contraintes de la vie urbaine toute proche et de prendre un authentique bol d’air frais. Toutefois, l’île sera rattachée au continent dans un an. Un projet routier d’envergure financé par la Chine dans le cadre du programme « La ceinture et la Route » est en cours avec l’objectif de relier les routes nationales 1 et 6. On peut alors se demander si la petite île du Tonle Bassac gardera son âme et son charme champêtre tout en profitant des opportunités offertes par cette nouvelle voie de communication. Seul l’avenir le dira…

Sourires d’Anloung Chen

Texte et photographies par Christophe Gargiulo

Plus de photographies ici...

Cambodge_Mag_807x123_FR.jpg

S'abonner à Cambodgemag

  • Facebook Social Icône
  • Gazouillement
  • LinkedIn Social Icône