Cambodge & Culture : Un roman graphique en hommage à Ros Serey Sothea, la « voix d’or »

Récemment, Ros Saboeun — sœur de la chanteuse cambodgienne Ros Serey Sothea, surnommée « la voix d’or » dans les années 1960 — a célébré ce qui aurait été le 74e anniversaire de la chanteuse au stupa qui lui est dédié, ainsi qu’à d’autres victimes des Khmers rouges, dans le district de Phnom Srouch, province de Kampong Speu.

The Golden Voice est un roman graphique sur la vie et la musique de Ros Serey Sothea, écrit par Gregory Cahill et illustré par Kat Baumann. Photo fournie
The Golden Voice est un roman graphique sur la vie et la musique de Ros Serey Sothea, écrit par Gregory Cahill et illustré par Kat Baumann. Photo fournie

Par coïncidence, un jour plus tard, il était annoncé qu’un roman graphique sur Ros Serey Sothea était sur le point de paraître.

Saboeun a vu sa sœur pour la dernière fois il y a plusieurs décennies, avant l’évacuation de Phnom Penh. Lorsque la ville a été vidée de ses habitants, Serey Sothea a été envoyée à Kampong Speu par les Khmers rouges et y aurait été exécutée, à en croire les témoins.

Le 6 novembre, Saboeun a finalement eu l’occasion de visiter le stupa de Kampong Speu après en avoir entendu parler sur Facebook et avoir appris comment il avait été construit en 2020 par de hauts fonctionnaires du ministère du Palais royal et d’autres généreux donateurs qui l’ont dédié en partie à sa sœur.

« Dès que j’ai entendu dire qu’il y avait un stupa dédié à ma sœur et à ma famille, j’étais vraiment excitée et j’avais hâte de le voir personnellement. Quand je suis arrivée, j’ai vu qu’il y avait des noms gravés dessus et des photos de ma sœur et de ma famille », raconte Saboeun.

« Je n’en avais aucune idée — je n’ai pas du tout participé à la construction du stupa. En fait, je ne l’ai appris qu’un mois et demi avant de le visiter. J’ai demandé la permission aux hauts fonctionnaires du ministère du Palais royal de commémorer sa mort et de célébrer sa vie, et j’ai choisi ce jour précis parce que c’était son 74e anniversaire », dit-elle.

Le stupa est dédié aux parents de Saboeun, à quatre de ses frères et sœurs et à trois des enfants de Serey Sothea. La célébration de son anniversaire cette année ne pourrait compter qu’une vingtaine de participants au total, car ils doivent encore suivre les protocoles Covid.

Le stupa construit pour la « Voix d’or » de Ros Serey Sothea avec des photos de son arbre généalogique montrant les membres qui ont perdu la vie à cause du régime des Khmers rouges. Photo fournie
Le stupa construit pour la « Voix d’or » de Ros Serey Sothea avec des photos de son arbre généalogique montrant les membres qui ont perdu la vie à cause du régime des Khmers rouges. Photo fournie

Parmi les personnes présentes figuraient les hauts fonctionnaires du ministère du Palais royal qui ont parrainé la construction du stupa, le chef de la commune et le gouverneur du district, ainsi que les membres de la famille de Serey Sothea et de Saboeun encore en vie et d’autres amis.

Selon Saboeun, des artistes, des musiciens et d’autres admirateurs locaux et étrangers ont également effectué des dons pour aider à la célébration de la mémoire de Serey Sothea.

« Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude envers les fonctionnaires du palais royal, le chef du village, le chef de la commune et le chef de la pagode pour avoir contribué au bon déroulement de la cérémonie. Et merci à tous les neveux et nièces qui ont assisté à cet événement ainsi qu’aux parents et amis qui n’ont pas pu y assister, mais qui ont envoyé des dons pour la célébration de l’anniversaire de ma sœur », ajoute Saboeun.

Illustration du roman graphique. Photographie fournie
Illustration du roman graphique. Photo fournie

Serey Sothea a toujours eu de nombreux fans au Cambodge et de plus en plus d’admirateurs à l’étranger, bien que sa carrière ait été interrompue après l’enregistrement d’un seul album solo.

Parmi les fans de Serey Sothea figurent l’auteur Gregory Cahill et l’illustratrice Kat Baumann, qui ont écrit un roman graphique sur sa vie et sa musique, intitulé The Golden Voice. Ils viennent tout juste d’annoncer l’achèvement du projet ce mois-ci, après avoir commencé à y travailler en 2019.

La première visite de Cahill au Cambodge remonte à 2007, lorsqu’il est venu effectuer des recherches sur la vie de Serey Sothea. Il a rencontré Saboeun à Battambang et a beaucoup appris d’elle sur sa célébrissime sœur, notamment des détails importants qui l’ont aidé à faire revivre Serey Sothea sur le papier.

Il a également visité le village où Serey Sothea est censée avoir trouvé la mort, dans la province de Kampong Speu, pendant le règne de terreur de Pol Pot, et il affirme que les habitants semblent connaître beaucoup de noms et de détails sur ce qui s’est passé.

« Je suis retourné au Cambodge à de nombreuses reprises depuis lors. J’adore visiter le pays », déclare M. Cahill, producteur de télévision basé à Los Angeles et lauréat d’un Emmy Award, et qui produit actuellement l’émission The Talk sur CBS.

M. Cahill explique qu’il a eu l’idée du roman graphique sur Serey Sothea lorsqu’il a vu le film City of Ghosts, sorti en 2003.

« En 2006, j’ai réalisé un court métrage à petit budget intitulé The Golden Voice, qui portait sur Ros Serey Sothea. Ce court métrage a suscité un grand enthousiasme international et j’ai donc voulu réaliser un film plus important. J’ai donc écrit un scénario pour ce grand film en 2008, mais au cours des dix années suivantes, je n’ai pu convaincre personne de financer le projet.

Serey Sothea
Ros Serey Sothea. Photo fournie

« Je pense que les sociétés de production avaient peur que ce ne soit pas rentable, ce avec quoi je n’étais pas forcément d’accord. Après dix ans, j’en ai eu assez que les gens me disent non. J’ai donc dû trouver une nouvelle voie pour l’histoire. Et donc, au lieu de réaliser un film, j’ai décidé de produire un roman graphique. J’ai engagé l’artiste Kat Baumann pour commencer à travailler sur ce projet en octobre 2019.

« Il nous a donc fallu un peu plus de deux ans pour terminer le livre. Nous avons encore un peu de travail éditorial à faire, mais le projet est quasiment terminé », dit Cahill.

Il confie que ce qu’il aime chez Serey Sothea et qu’il souhaite partager avec le reste du monde, c’est qu’elle était un pur talent sans ego. Elle venait d’un milieu agricole très modeste où elle a été élevée par une mère célibataire et où sa famille vendait simplement du riz, des fruits et des escargots bouillis pour s’en sortir.

Des officiels, des proches et des artistes locaux se sont réunis le 6 novembre devant le stupa construit pour Ros Serey Sothea dans la province de Kampong Speu. Photo fournie
Des officiels, des proches et des artistes locaux se sont réunis le 6 novembre devant le stupa construit pour Ros Serey Sothea dans la province de Kampong Speu. Photo fournie

M. Cahill souligne que Ros Serey Sothea n’avait au départ aucune relation sociale ou politique qui aurait pu favoriser sa carrière, mais qu’elle est quand même devenue la chanteuse numéro un du pays grâce à son seul talent.

Il affirme que certaines personnes ont été choquées lorsqu’elles l’ont entendue chanter en raison des qualités uniques de sa voix et que ses chansons d’amour décrivent de manière vivante de nombreux endroits du Cambodge et ont captivé des publics du monde entier qui souhaitent ensuite visiter le Royaume.

« Kat a livré les dernières pages le lendemain de l’anniversaire de Serey Sothea ! Avec une longueur de 184 pages, les lecteurs peuvent s’attendre à une histoire très puissante avec un mélange de drame, de politique, de guerre, de famille et beaucoup de philosophie sur la nature de la musique et des musiciens.

« Le livre sera accompagné d’une bande sonore qui permettra d’écouter la musique de chaque scène pendant la lecture. Nous avons également eu la chance d’avoir une introduction écrite par Sin Setsochhata, la petite-fille de Sin Sisamouth », explique M. Cahill.

La publication initiale sera en anglais, mais M. Cahill a l’intention de pousser l’éditeur à proposer une traduction en khmer. Il souhaite également que le livre soit traduit dans d’autres langues, mais le khmer sera la priorité pour des raisons évidentes.

Illustration du roman graphique. Photo fournie
Illustration du roman graphique. Photo fournie

« Je sais pertinemment que Ros Serey Sothea compte des fans dans le monde entier. Sur Internet, j’ai rencontré des fans de Colombie, de Suède et de Singapour. Il y en a partout. Mais cela ne me surprend pas, car la scène musicale cambodgienne des années 60 et 70 a été une époque magique dans l’histoire de la musique », dit-il.

Aucune date de sortie définitive pour le roman graphique n’a encore été fixée, mais il espère qu’il sera disponible dans le courant de l’année 2022, de préférence en édition papier et numérique.

Ambiance seventies. Photo fournie
Ambiance seventies. Photo fournie

« Je tiens également à remercier les nombreuses personnes qui m’ont aidé à mener à bien ce projet. Je dois tout particulièrement remercier Ros Saboeun, la sœur de Serey Sothea. Rien de tout cela n’aurait été possible sans ses conseils, ses connaissances et son soutien », déclare M. Cahill.

Pour plus d’informations, consultez leur page Facebook : @thegoldenvoicemovie

Roth Sochieata avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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