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Cambodge & Culture : Changer les vies et les paysages grâce à l'art

Dans un village de la province de Battambang, l’artiste cambodgien Van Chhovorn transforme couleurs et lignes en un espoir pour la jeunesse locale. Donner des cours de dessin aux jeunes n’est pas seulement un travail d’appoint pour lui ; c’est un moyen d’autonomiser la communauté.

Le bonheur des paysans de mon village, qui illustre l'attachement de Chhovorn à ses racines. Photo fournie
Le bonheur des paysans de mon village, qui illustre l'attachement de Chhovorn à ses racines. Photo fournie

Au-delà de la toile et du chevalet, Chhovorn se consacre résolument à l’épanouissement des talents locaux. Le produit de la vente de ses œuvres ne vient pas seulement augmenter ses revenus ; il est directement réinvesti dans ces initiatives éducatives, en aidant les jeunes artistes à acheter les planches à dessin et les fournitures dont ils ont besoin.

« Je vends une de mes œuvres pour aider nos jeunes et nos jeunes enfants à acquérir des compétences artistiques et à apprécier notre culture », explique M. Chhovorn.

Parmi son répertoire, une peinture intitulée The Happiness of the Peasants of My Village (Le bonheur des paysans de mon village) attire l’attention. Réalisée à l’aquarelle, l’œuvre de 57 sur 78 cm illustre le lien profond qui unit Chhovorn au mode de vie agraire de son village.

La peinture n’est pas seulement une ode à la joie que les agriculteurs éprouvent durant dans leur récolte, mais aussi un hommage aux valeurs culturelles du pays telles que le respect, l’honnêteté et le partage communautaire, en particulier lors de festivals tels que Kan Ben et Pchum Ben.

Van Chhovorn. Photo fournie
Van Chhovorn. Photo fournie

« Depuis plus d’un an, comme je n’ai pas pu vendre d’œuvres d’art en raison de la baisse du nombre de touristes, je consacre mon temps à enseigner aux enfants du village. Mon objectif est de détourner leur attention des smartphones et de les empêcher de développer des habitudes néfastes comme le tabagisme. Je m’engage à enrichir leur esprit et à leur donner le goût de l’art », explique Chhovorn.

À propos

Né dans un camp de réfugiés thaïlandais en 1982, Chhovorn n’a pas eu un parcours facile pour devenir un artiste reconnu. Fils de survivants du génocide des Khmers rouges, il a lui-même subi la brutalité du travail forcé sur un bateau de pêche.

Mais l’adversité n’a fait que renforcer sa détermination. Après avoir recouvré la liberté, il a poursuivi ses études à Phare Ponleu Selpak, la fameuse école d’art de Battambang.

Les talents de Chhovorn ne se limitent pas à la peinture. Il est également doué pour la sculpture sur bois et trouve souvent l’inspiration dans ses rêves récurrents, guidés par ceux qu’il appelle ses « professeurs de rêve ».

Il vit actuellement à Battambang avec sa famille et collabore avec le collectif artistique Open Studio Cambodia, situé à Siem Reap. Son parcours artistique est jalonné d’expositions individuelles telles que Painting Hope à la Sra'Art Gallery de Phnom Penh en 2022 et Odyssey I à la 282 Gallery en 2021.

Chhovorn a également prêté son talent créatif à des expositions collectives, telles que le Festival culturel ASEM au Musée national du Cambodge et Hope on the Horizon à Factory Phnom Penh. L’art de Chhovorn a même trouvé sa place dans des galeries internationales. Ses œuvres ont notamment fait partie d’une exposition d’art contemporain cambodgien à la Galerie Lee à Paris. En outre, il a été récompensé par le concours d’art White Canvas en 2021 et par la bourse Arn Chorn-Pond Living Arts Scholarship en 2020.

Symphonie

Mais son projet le plus gratifiant est peut-être celui qui est le plus proche de chez lui. Non content de montrer ses talents, Chhovorn s’est attelé à la noble tâche d’éduquer les enfants défavorisés de son village. Grâce à son art et à son enseignement, il ne peint pas seulement des toiles, mais aussi un avenir meilleur pour sa communauté.

La salle de classe de Van Chhovorn est une symphonie de rires de jeunes et de coups de pinceau. Elle est composée de 12 enfants plus âgés, de 13 à 16 ans, et de 15 plus jeunes, tous désireux d’apprendre. La mise en place de ce havre de créativité n’a pas été facile.

Confronté à des contraintes financières, Chhovorn s’est adressé à une organisation locale du village de Prek Ta Chreng, qui fait partie du district d’Ek Phnom, dans la province de Battambang.

« Si j’attendais encore quelques années avant d’avoir les fonds nécessaires pour ouvrir ma propre classe, je ne rendrais pas service aux enfants. J’ai donc contacté l’école de l’ONG et je me suis porté volontaire pour leur donner des cours », explique Chhovorn.

La vente d’une seule peinture lui rapporte à peine 50 dollars, ce qui lui permet de se procurer l’essentiel : des crayons, du papier et des cartons. Inspirés par son initiative, d’autres artistes locaux ont apporté des fournitures supplémentaires.

Bien que la salle de classe ait beaucoup évolué, elle manque encore de fournitures artistiques de base, telles que des chevalets, des pinceaux et des bacs à couleurs.

Ne se laissant jamais décourager, Chhovorn prévoit une nouvelle vente d’œuvres d’art pour s’assurer que chaque élève a la possibilité de s’adonner pleinement à ses activités artistiques.

Oeuvre de Van Chhovorn
Oeuvre de Van Chhovorn

Dans un coin tranquille de Battambang, une autre peinture de Chhovorn est exposée à la lumière du soleil. Intitulée What is Wrong with Me? (Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?), cette œuvre, réalisée à l’acrylique sur tissu et vendue au prix de 1 900 dollars, raconte une histoire de lutte, de résilience et d’espoir.

Elle ramène les spectateurs en 2000, lorsqu’un jeune Chhovorn et son beau-père ont entrepris un voyage périlleux en Thaïlande, un chapitre rempli de tromperies et d’épreuves. À son retour, Chhovorn a dû faire face à la dure réalité de l’absence de son beau-père et à la pauvreté qui s’ensuivait pour sa famille. Malgré tout, il a assumé le rôle de pourvoyeur et a poursuivi des études supérieures.

Son histoire est un mélange de triomphe et de difficultés. S’il a réussi à changer de vie, tous ses frères et sœurs n’ont pas eu cette chance. L’un d’entre eux lutte contre la toxicomanie et a connu des ennuis judiciaires, ce qui met en lumière les problèmes sociétaux plus larges auxquels sont confrontés de nombreux Cambodgiens.

« Mon tableau est un rappel poignant que même dans les ténèbres de la pauvreté, il existe une étincelle d’espoir, une lueur de résilience qui peut vaincre les pires obstacles », dit-il.

Plus qu’une simple toile, l’œuvre d’art sert de récit puissant sur les responsabilités parentales et leur impact durable sur la vie des enfants. Chhovorn espère que la vente de l’œuvre What is Wrong with Me ? permettra d’enrichir la vie des enfants de la région.

Il imagine que le produit de la vente de cette peinture permettra d’acheter des fournitures artistiques indispensables, afin d’éloigner ces jeunes âmes des pièges potentiels et de les orienter vers un avenir plus radieux et plus créatif.

L’art aux enfants

Le zèle de Chhovorn pour l’enseignement de l’art aux enfants remonte à 2010, alors qu’il était étudiant à Phare Ponleu Selpak. L’idée a germé à l’époque, mais il a fallu plus d’une décennie pour que le rêve s’épanouisse pleinement. Ce retard s’explique en partie par les difficultés rencontrées par Chhovorn dans sa propre vie, notamment le fait d’avoir vécu son enfance sans la présence de ses parents.

Oeuvre de Van Chhovorn
Oeuvre de Van Chhovorn

Aujourd’hui, plus de dix ans plus tard, la vision de Chhovorn s’est concrétisée. En collaboration avec une organisation locale, il a enfin réalisé son rêve de longue date, à savoir encourager les jeunes talents.

Grâce à l’alchimie des couleurs et des lignes, il ne se contente pas de transmettre des compétences artistiques, il dessine également un avenir plus radieux pour sa communauté. Avant que sa salle de classe communautaire ne voie le jour, les propres enfants de Chhovorn ont été ses premiers élèves. Enseigner à sa fille et à son fils était plus qu’un simple devoir paternel ; c’était le prélude à un rêve plus vaste. M. Chhovorn espérait nourrir leurs talents naissants afin qu’ils puissent eux-mêmes participer à la deuxième édition du concours d’art White Canvas.

« La connaissance est un trésor, mais la pratique en est la clé », dit souvent Chhovorn.

Il se dit fermement convaincu que le fait d’accumuler des connaissances en diminue la valeur réelle. Pour lui, l’essence de la vie s’enrichit lorsque les individus partagent ce qu’ils savent, propageant ainsi des ondes de lumière dans la société. Cette boussole morale guide son approche de l’enseignement, faisant de lui non seulement un instructeur, mais aussi un ardent défenseur du partage ouvert des compétences et des idées.

Van Chhovorn. Photo Open Studio
Van Chhovorn. Photo Open Studio

L’œil avisé de Chhovorn repère souvent les perles cachées parmi ses étudiants. Il sait que chaque communauté a ses prodiges, des enfants dotés de talents exceptionnels qui, s’ils sont cultivés, peuvent un jour déboucher sur des contributions extraordinaires. En cultivant les jeunes talents, il envisage un avenir où l’art ne se contente pas d’embellir, mais renforce également le tissu social. Selon lui, chaque coup de pinceau peut être un pas vers une société meilleure. Ses enfants, ses élèves et leur créativité en devenir sont les témoins vivants de cette conviction.

Par l’acte simple, mais profond d’enseigner l’art, Chhovorn peint un paysage où la culture s’épanouit, où le savoir circule et où la communauté trouve son expression la plus vibrante.

Hong Raksmey avec notre partenaire The Post

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