Am I Lost ? Chea Sereyroth et le jardin secret de la mémoire au Centre Bophana
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Au Centre Bophana de Phnom Penh, bastion de la mémoire cambodgienne, l’exposition « Am I Lost ? - Suis-je perdu ? » (jusqu'au 31 mars 2026) de Chea Sereyroth ouvre une brèche poétique vers un paradis enfoui.

À travers des toiles texturées de terre, sciure et acrylique, l’artiste de Battambang nous guide dans une forêt obscure, métaphore des questionnements intimes et collectifs sur l’identité, le temps et l’environnement. Sélectionnée par Chum Chanveasna pour le 20e anniversaire du centre, cette série d’œuvres invite à une réconciliation onirique avec l’oubli, dans un espace dédié à la préservation audiovisuelle khmère.
Vers la forêt profonde et obscure
L’artiste confie sa démarche : « Lorsque l’on s’avance vers la forêt profonde et obscure, il semble que tous les autres l’aient déjà traversée sans s’en apercevoir – peut-être n’étaient-ils pas destinés à la voir. Au cœur de cette forêt noire se niche un sentiment inattendu. Pour moi, mon cœur se trouve comme sous un ciel enfumé, chargé de questions sans réponse. Je me tiens dans cette obscurité comme entre les courants du temps, mon pouls s’alentissant ou s’accélérant au gré de chaque instant changeant. La forêt est emplie d’histoires mystérieuses, enfouies depuis longtemps dans ses profondeurs.
C’est un chemin étrange qui se déploie magnifiquement devant moi : une belle illusion mêlée de crainte. C’est un véritable paradis caché qui surgit sous mes yeux. Il brille de couleurs et de formes variées – lianes, herbes, mousses, chutes d’eau imposantes comme les Khone Falls, archipels, champs ouverts qui irradient une lumière mélodique. Tous ces éléments composent un « jardin paradisiaque » enterré au plus profond, entouré de forêt noire et de terre rougeâtre, parsemé de fleurs et de plantes inconnues. Est-ce cela que je cherchais ? Est-ce ce tournant étrange ?
Rêves récurrents et lueur d’espoir
J’ai atteint cet endroit encore et encore dans mes rêves, forgeant un désir parfait de m’en souvenir. C’est une réconciliation entre l’esprit et la fuite du cycle de la vie, qui crée une petite lumière unique – une lueur d’espoir pour demain. »
Voyage à travers les toiles
Vous pouvez y voyager à votre tour à travers les tableaux exposés au Centre Bophana, avec leurs éléments divers sur la toile. Ces œuvres ne sont qu’une petite fenêtre sur l’immense jardin paradisiaque où les fleurs s’épanouissent dans le cœur, forgeant des souvenirs significatifs. Devant elles, un sentiment d’émerveillement vous envahit toujours, comme si vous reviviez une scène déjà visitée ; cet émerveillement persistant est peut-être la réponse… tandis que je me demande encore : « Suis-je perdu ? Ou arrive-je enfin à l’endroit que je cherchais ? »

Contexte et organisation
Cette exposition est co-organisée par le Centre de ressources audiovisuelles Bophana et Sna Arts Management, dans le cadre des célébrations du 20e anniversaire du centre – un lieu dédié à l’exploration de l’identité, de la mémoire et du passage du temps, où l’artiste a participé aux ateliers Mémoire en 2008, 2009 et 2012.
Le fil artistique de Sereyroth
Les œuvres de Sereyroth, inaugurées le 6 février 2026 à 18 heures, prolongent ses thèmes récurrents : mémoire collective, vie rurale et négligence écologique, vus à travers des expositions récentes comme « Green Umbrage » (2024) ou « Immersed in Land & Water ».
Portrait de l’artiste
Chea Sereyroth, né en 1990 à Battambang, vit et travaille dans sa province natale. Formé à la peinture à Phare Ponleu Selpak dès 2005, il participe en 2008 à un atelier international sur la mémoire du régime khmer rouge au Bophana Center, dirigé par Sera Ing et Vann Nath. Diplômé en 2012 de l’Institut de technologie de Battambang, il enseigne le design graphique à Phare depuis 2013. Exposé à Battambang, Phnom Penh, Siem Reap, Singapour, Japon et Australie, il excelle dans les paysages texturés.








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