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Tourisme & Forum : Siem Reap veut exister au-delà d'Angkor

il y a 57 minutes
7 min de lecture

Le 29 septembre, le Cambodia Branding Forum a réuni plus de 130 professionnels du tourisme, artisans et artistes. Question posée : comment retenir les visiteurs plus longtemps avec autre chose que les temples ? Réponses en ateliers : tourisme actif, artisanat, espaces à vivre.

Les intervenants du forum sur scène, devant le fond du Cambodia Branding Forum 2026, à Siem Reap
Les intervenants du forum sur scène, devant le fond du Cambodia Branding Forum 2026, à Siem Reap

Siem Reap au-delà d'Angkor : le pari du tourisme actif

Angkor reste le cœur de l'identité de Siem Reap. Les organisateurs du forum veulent y rattacher le reste de la province : rivières et zones humides, campagne, villages, cuisine, sport, spiritualité, artisanat. Beaucoup de ces atouts existent déjà. Il faut les rendre lisibles et réservables.

Le débat s'est tenu peu après le lancement du Plan de développement du tourisme de Siem Reap 2026-2030. Il a été posé autrement qu'à l'habitude. Non plus « comment vendre Siem Reap ? », mais « comment renforcer ses expériences et créer davantage de valeur sur place ? ».

L'idée tient en cinq verbes que les organisateurs répètent : venir, explorer, rester plus longtemps, revenir, recommander. Le but affiché n'est pas seulement d'attirer plus de visiteurs. Il s'agit de faire de Siem Reap un endroit où l'on a envie de venir, mais aussi d'habiter, d'investir et de monter des événements.

Le Cambodia Branding Forum (CBF) 2026 s'est tenu au Commune at Rose Apple Square. Millennium Destinations, dirigée par Catherine Germier, l'organisait, avec la Siem Reap Tourism Alliance (STA) comme co-hôte. Les organisateurs comptent 131 inscrits : hôteliers, voyagistes, entrepreneurs, artistes, artisans, enseignants, spécialistes de la conservation, professionnels du sport et du bien-être. Le chiffre désigne les inscrits, pas les présents.

Le forum existe depuis 2024. Sa première édition, sur la Francophonie, a eu lieu à Phnom Penh le 11 juillet 2024. Le principe est resté le même : la réputation d'une destination doit s'appuyer sur la qualité du lieu, pas seulement sur une campagne. Catherine Germier l'a résumé : « Une destination est un écosystème vivant, et personne ne peut la faire prospérer seul. »

Quatre-vingt-treize idées avant même l'ouverture

À l'inscription, chacun pouvait soumettre une idée ou un problème. Quatre-vingt-treize contributions sont arrivées et ont fixé les questions de la plénière. On y lit le souhait de garder les visiteurs plus longtemps, de créer des emplois pour les femmes, les jeunes et les petites entreprises, et de rendre la ville plus agréable à pied.

Les inscrits réclamaient aussi une information plus claire pour le visiteur, des offres plus faciles à réserver, une meilleure coopération entre hôtels, voyagistes et communautés, et des espaces publics plus verts. L'un d'eux a écrit : « Je crois que Siem Reap peut dépasser le tourisme de temples et devenir une destination où le tourisme contribue directement à un développement local inclusif. »

Quelques pistes précises ont circulé : un pass aventure commun, un « Kulen Heritage Trail » entre la montagne et le lac, une programmation autour de l'équinoxe d'Angkor, des expériences associant entraînement de Kun Khmer et découverte du patrimoine. Ce sont des propositions, pas des engagements.

Ouverture : le Mékong et les communautés

Suvimol « Dee » Thanasarakij, directrice exécutive du Mekong Tourism Coordinating Office, est intervenue par vidéo. Elle a replacé Siem Reap dans une approche régionale du tourisme durable et inclusif, à l'échelle de la sous-région du Grand Mékong.

Maulita Sari Hani, responsable Asie-Pacifique de Planeterra, a ensuite prononcé le discours d'ouverture sur le thème « Soutenir les communautés par le tourisme ». Planeterra met en relation des entreprises communautaires et des opérateurs de voyage. Elle a lié le tourisme à l'autonomie des femmes, à l'emploi des jeunes, à la conservation culturelle et à la protection de l'environnement, avec la collaboration entre son réseau et G Adventures comme exemple : une visibilité qui devient des clients et des revenus.

Plénière : des acteurs du terrain plutôt que des officiels

Le panel s'intitulait « Réinventer Siem Reap : comment devenir irrésistible dans un monde du tourisme qui change ? ». Huit intervenants locaux y ont répondu chacun à une question. Quatre sont des femmes.

Akim Ly, fondatrice d'Adventures Cambodia, devait dire où elle emmènerait un visiteur disposant d'un jour de plus, sans lui montrer un seul temple. Daniel de Gruiter, de Lolei Travel, a été interrogé sur ce que Siem Reap peut offrir que l'intelligence artificielle ne sait pas fabriquer : le lien humain avec le lieu. Joshua Jones, de Three Corner Coffee, qui travaille avec des producteurs bunong du Mondulkiri, a défendu l'idée qu'une tasse de café cambodgien raconte mieux une destination qu'une campagne d'images. Sokleang Kim, la « Tuk Tuk Lady », a dit ce que chauffeurs, guides et vendeurs du marché, qui croisent les visiteurs chaque jour, voudraient voir changer en premier.

David Vuth, du programme Target 8.9, a parlé des petites entreprises comme co-créatrices de l'expérience, et non comme simples bénéficiaires. Hong Ho, fondatrice de CWE Travel, a abordé ce que la destination relie encore trop mal. Sathya Sor, d'Artisans Angkor et responsable du centre Destination Éco-Talents, a posé la question de savoir qui raconte l'histoire de la destination. Sokchanlida « Vanda » Horn, cofondateur de Solo Landscapes, a plaidé pour que les communautés soient des partenaires, pas un décor « authentique ».

Le public dans l'auditorium du Commune at Rose Apple Square pendant une session de la matinée
Le public dans l'auditorium du Commune at Rose Apple Square pendant une session de la matinée

Trois ateliers : produit, personnes, lieux

Les participants sont ensuite passés à la production d'idées, en trois ateliers parallèles.

Produit. Nikolas Hatz, de la STA, animait, avec Daniel de Gruiter. Jean-Benoît Lasselin, de C4 Adventures, a posé une règle simple : « Un beau paysage n'est pas un produit touristique. » Pour lui, une expérience se définit par son parcours, son public et sa sécurité, et le bruit, les déchets ou la pollution lumineuse la détruisent. Moritz Grotepass, de Wakeparx, a indiqué qu'environ la moitié des clients de Wake Park Cambodia sont des résidents. Sébastien Ung, d'ISF Cambodia, a proposé deux formats à tester avec hôtels et entreprises : un Corporate Team Challenge et un Active Discovery + Football. Les expériences payantes financeraient le coaching local.

Personnes. Clémence Petit, de Destination Eco-Talents (OIF), animait, avec Catherine Germier. Alyssa Loera Kardos, de ReMade in Cambodia, a montré des textiles d'hôtel transformés en accessoires, des stocks dormants en uniformes dessinés par des créateurs khmers et des filets de pêche en bijoux. Son message : « Quelqu'un doit se lancer le premier. »

Sok Visal, fondateur de KlapYaHandz, a présenté Superfans OS, une plateforme encore en développement pour aider les artistes à garder le lien direct avec leur public. Reakshar Chhorn, d'Agir Pour le Cambodge, a décrit les centres de tourisme communautaire de Popel et d'Anlong Thom, sur le Phnom Kulen. Une communauté a besoin de plus qu'un accès au marché, a rappelé la discussion : de la confiance, des compétences, l'envie d'accueillir.

Lieux. Marielisa Padilla conduisait l'atelier, avec Jesse Lee Gray. Douglas Woodring, d'Ocean Recovery Alliance, a présenté ses festivals autour de l'eau. Vichea Tes, de Phare, The Cambodian Circus, a montré comment des artistes cambodgiens peuvent devenir une attraction viable : « La cause attire l'attention. Une entreprise durable garde le lieu en vie. »

Les participants ont cartographié les endroits auxquels ils tiennent, de Street 60 à Srah Srang, de Wat Damnak au village de Wat Bo, des pistes cyclables en forêt aux communautés du Tonlé Sap. Quatre concepts en sont sortis : une rue piétonne, un parcours de fresques, des cours vertes et sportives, une chasse au trésor urbaine.

La rue piétonne a recueilli le plus de soutien. Elle prendrait la forme d'une intervention temporaire rue Achar Sva, le long de la rivière : assises, parkings à vélos, éclairage, barrières. La Fête de l'eau pourrait servir de test, sous réserve d'autorisations. L'idée est de commencer petit, d'observer l'usage, puis d'ajuster.

Le parcours de fresques relierait les peintures existantes et nouvelles du village de Wat Bo, avec des QR codes d'explication, des restaurations et un festival de lancement avec création en direct. Les participants visent au moins dix fresques. Les cours vertes et la chasse au trésor, qui passerait par une application, restent à l'étude. Marielisa Padilla le dit simplement : « Un grand lieu n'est jamais fait par un seul acteur. »

Ce qui est acquis, et ce qui ne l'est pas

En fin de matinée, chaque atelier a restitué trois idées prioritaires, ses partenaires possibles et une prochaine étape concrète. Les organisateurs sont clairs : le forum a produit une base de travail, pas des accords signés. Il en reste deux propositions d'aménagement, des formats de tourisme actif à tester et des pistes de collaboration entre créateurs, hôtels et communautés.

Plusieurs questions restent ouvertes. Comment relier les idées à de vrais clients et à un modèle économique ? Comment la visibilité se traduit-elle en revenus équitables pour les artistes ? Comment associer les communautés selon leur rythme et leurs choix ? Quels partenaires et quels moyens faut-il pour tester les propositions ?

Un calendrier d'actions sera diffusé, puis un événement de suivi organisé. Les bénéfices nets doivent aller à des initiatives locales : éducation, coopératives de femmes, conservation, tourisme communautaire.

Après le forum : Siem Reap 2035 et sorties de terrain

Ken Wood a présenté l'idée d'un Cambodia Ecotourism Network, qui rapprocherait entreprises touristiques, réseaux communautaires, organisations de conservation et institutions publiques. Une réception de réseautage a clos la matinée.

L'après-midi, la STA et Millennium Destinations ont tenu le Siem Reap 2035 – Tourism Future Forum, consacré à l'horizon long. Le 30 septembre, des sorties de terrain proposaient une aventure en Jeep avec CambodiaJeep.com et Lolei Travel, une immersion artisanale à Lotus Silk Farm, avec visite des ateliers et promenade en bateau sur le lac de lotus, ou une journée à vélo avec Ripple Effect Rides. Une soirée de remerciements a eu lieu à Wake Park Cambodia.

Lotus Silk Farm et Three Corner Coffee Roaster étaient partenaires signature. Urban Living Solutions (Commune at Rose Apple Square, Velea Residence) et Wake Park Cambodia étaient partenaires gold. Les organisateurs demandent maintenant aux participants leurs retours, pour choisir les initiatives à poursuivre.

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