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Suntheary de Montaigne, une Franco-cambodgienne à la French Tech

il y a 2 heures
7 min de lecture

Franco-cambodgienne, Suntheary de Montaigne a grandi près de Paris et vécu six ans à Shanghai avant de s’installer à Phnom Penh en 2011. Consultante auprès de la FAO, elle prépare le CAFE, le forum agricole du ministère, du 23 au 25 octobre, et s’occupe des partenariats de La French Tech Phnom Penh.

Suntheary de Montaigne
Suntheary de Montaigne

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Suntheary de Montaigne. Franco-cambodgienne, je suis née dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Au début des années 80, ma famille est partie reconstruire sa vie en France. J’ai grandi en région parisienne avant de m’expatrier en Asie. Après plusieurs années en Chine et un tour du monde avec mon mari, nous avons choisi de nous installer à Phnom Penh. Depuis quinze ans, le Cambodge est notre maison, où nous élevons nos deux enfants.

Je connecte les personnes, les idées et les moyens pour faire bouger le monde de l’alimentation. Mon terrain : projets d’investissement, marketing responsable et innovation pour répondre aux défis du climat et construire des systèmes alimentaires plus durables.

Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire

J’ai étudié en France principalement dans le commerce international, le marketing et le management, avec un intérêt particulier pour les relations entre l’Europe et l’Asie. Je suis titulaire d’un Master en Management International et Relations Euro-Chinoises de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC). Cette formation m’a appris à regarder au-delà du produit ou d’une stratégie : comprendre les cultures, les habitudes de consommation et ce qui permet à une entreprise de trouver sa place sur un nouveau marché.

Plus récemment, l’envie de donner davantage de sens à mon travail m’a poussée à reprendre des formations. J’ai approfondi le Design Thinking appliqué au développement durable et aux stratégies RSE, puis suivi des programmes exécutifs de l’Université de Cambridge sur l’alimentation durable en production et transformation, et aussi sur le marketing, la communication et le branding durables. J’ai également étudié les systèmes alimentaires et le financement de leurs projets à l’Université de Wageningen.

Ce que j’aime, c’est confronter ces apprentissages au terrain : partir des besoins d’un producteur, d’une entreprise ou d’un consommateur, et réfléchir à d’autres façons de faire. Je reste curieuse des idées qui circulent d’un pays à l’autre, mais surtout de la manière de les adapter au contexte local.

Parlez-nous de vos débuts professionnels

À vingt ans, j’ai lancé une entreprise avec mon père, tout en poursuivant mes études. Lui avait le savoir-faire en sécurité et un premier client ; moi, les connaissances en gestion et en développement commercial, et l’envie de construire quelque chose ensemble. Nous avons créé une entreprise de sécurité pour les projets de constructions à Paris. L’aventure a duré plus de vingt ans et fait vivre notre famille grâce à l’engagement de chaque membre, dont ma mère, ma sœur et surtout mon frère. Même depuis l’Asie, j’ai continué à la gérer et à la développer. Une vraie école de l’entrepreneuriat, où j’ai appris à piloter une activité dans toutes ses dimensions : encadrer les équipes, fidéliser les clients, gérer la comptabilité, suivre les dossiers juridiques et répondre aux urgences du quotidien.

En 2004, mon premier voyage au Cambodge a marqué un tournant. Je venais pour un stage auprès du service économique de l’Ambassade de France. J’y ai mené des études de marché, notamment dans l’agroalimentaire, et suivi les projets de développement portés par les agences internationales et les ONG. Au fil des rencontres, j’ai découvert mes racines et un pays bien réel, au-delà de l’histoire familiale.

J’ai ensuite vécu six ans à Shanghai, où j’ai notamment travaillé chez Sinodis, une filiale du groupe Savencia, dans l’importation, la distribution et le développement de marques alimentaires. J’ai tout de suite accroché avec cet univers, entre hôtellerie, restauration et pâtisserie : les échanges avec les chefs, les beaux produits, la technicité des ingrédients et l’énergie des événements culinaires. De ce marché chinois qui avançait à toute vitesse, j’ai retenu une leçon : avant de convaincre, il faut comprendre. Un bon produit ouvre la porte ; l’écoute et l’adaptation font le reste.

En formation à l’école du chocolat Valrhona Tokyo – 2008
En formation à l’école du chocolat Valrhona Tokyo – 2008

Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge

Le Cambodge représente mes racines, mais y vivre est aussi un choix personnel. En 2011, nous nous sommes installés à Phnom Penh avec mon mari. Nous y avons construit notre famille et notre maison. Le pays a évolué sous nos yeux : les infrastructures, les services, le numérique, les façons de consommer et les aspirations des jeunes générations. Nous avons grandi avec lui.

Mon parcours entre plusieurs cultures nourrit mon regard sur mon pays, même si j’ai encore beaucoup à apprendre. Si je suis ici, c’est aussi pour développer des projets avec les personnes qui le font vivre et contribuer, à mon échelle, à son développement. Une façon de relier mon histoire à ce que j’ai envie de construire aujourd’hui.

Comment êtes-vous arrivée à rejoindre La French Tech au Cambodge ?

Rejoindre La French Tech Phnom Penh m’a semblé naturel. J’y ai retrouvé ce qui me plaît dans mon parcours : des profils différents, une ouverture internationale et l’envie de faire avancer les choses ensemble.

Mon travail dans l’agroalimentaire nourrit aussi mon intérêt pour les technologies liées à l’agriculture, à l’alimentation, à l’environnement et au financement. Ce qui m’intéresse, c’est leur utilité sur le terrain : mieux produire, réduire les pertes ou faciliter l’accès aux marchés. Mais l’innovation peut aussi venir d’un nouveau modèle économique ou d’une autre manière de travailler ensemble.

La French Tech permet de croiser ces idées avec d’autres compétences. Son ouverture sur la France, l’ASEAN et le reste du monde est aussi une occasion d’apprendre d’autres expériences et de donner davantage de visibilité aux initiatives cambodgiennes au-delà des frontières.

Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure, qu’en attendez-vous ?

En charge des partenariats, j’aimerais que La French Tech Phnom Penh soit une communauté où l’on trouve de quoi avancer : un premier client, une expertise, un partenaire pour tester une solution ou un investisseur. Je souhaite faciliter le dialogue entre startups, entreprises établies, universités et acteurs publics. Chacun apporte quelque chose : une idée, un besoin, des compétences ou des moyens. Mon rôle est d’aider à les réunir autour de projets concrets.

J’en attends aussi un espace d’entraide où les jeunes talents, les femmes entrepreneures et les personnes moins familières des réseaux tech se sentent à leur place. Une communauté où l’on partage autant ses questions que ses réussites.

Décrivez-nous vos activités professionnelles

Je suis consultante dans le secteur de l’alimentation durable, avec une expertise en marketing responsable. Je fais le lien entre ceux qui produisent, ceux qui achètent et ceux qui financent pour aider des projets agroalimentaires à se développer. Mon expérience en marketing me permet aussi de valoriser les produits locaux et ce qui les distingue, avec une communication transparente et responsable.

Aujourd’hui, je travaille principalement auprès de la FAO au Cambodge, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Elle accompagne le pays pour améliorer la sécurité alimentaire, soutenir une agriculture plus durable et renforcer la résilience face au changement climatique. Ma mission en agribusiness et investissement consiste à accompagner les filières cambodgiennes à travers des partenariats concrets. Je contribue notamment à l’initiative Hand-in-Hand, centrée sur l’investissement agroalimentaire, et au projet PEARL, qui aide les agriculteurs à s’adapter au changement climatique et à accéder à de nouveaux marchés. Je suis également très impliquée dans l’organisation du CAFE, le Cambodia Agriculture Forum and Exhibition, un événement phare du ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, qui se tiendra du 23 au 25 octobre 2026 au Diamond Island Convention Hall.

Auprès des agriculteurs au CAFE, à Phnom Penh – 2025
Auprès des agriculteurs au CAFE, à Phnom Penh – 2025

Détaillez l’un de vos projets

Un projet qui me tient particulièrement à cœur est le nouveau Forum Jeunesse et Innovation, organisé dans le cadre de CAFE26. Quand je pense à l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture, je pense naturellement à nos enfants : au monde que nous leur laisserons, mais aussi aux moyens que nous leur donnons pour le construire.

Le Forum réunira étudiants, chercheurs, jeunes entrepreneurs et startups avec des agriculteurs, des entreprises et des investisseurs. Nous souhaitons aider les jeunes à passer de l’idée au projet, en les rapprochant des besoins du terrain et des partenaires qui peuvent les accompagner. Les échanges porteront notamment sur la technologie, l’adaptation au changement climatique, la transformation alimentaire et l’accès aux marchés.

C’est aussi une occasion de montrer que l’agriculture offre des perspectives bien au-delà de la production traditionnelle. En pleine transformation, le secteur voit émerger de nouveaux métiers et de nouvelles possibilités d’innover et d’entreprendre. Nous voulons donner aux jeunes l’envie et les moyens d’y trouver leur place, tout en contribuant à le rendre plus durable et attractif.

Quelles sont vos activités en dehors du travail ?

J’adore voyager, cuisiner et découvrir les cultures à travers les marchés, les produits, les recettes et les repas partagés.

Le sport est aussi mon bouton « reset ». Plus jeune, j’ai pratiqué le taekwondo à haut niveau et fait partie de l’équipe de France. Aujourd’hui, je participe à des courses quand le temps et l’envie sont là. J’aime me fixer des défis et aller au bout de ce que j’entreprends. Le Raid Amazones à Siem Reap reste une expérience particulièrement marquante : un défi physique, mais surtout une belle aventure humaine.

Au Raid Amazones, à Siem Reap – 2024
Au Raid Amazones, à Siem Reap – 2024

Et bien sûr, je profite de ma vie de famille à Phnom Penh. Entre les activités des enfants, les repas avec mes proches, et puis les formations en ligne que j’aime bien suivre, j’essaie aussi de garder du temps pour souffler.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?

Ce que j’aime le plus au Cambodge, c’est son énergie, sa résilience et cette capacité à trouver des solutions, à entreprendre « រកស៊ី – rok si », même lorsque tout n’est pas encore en place. J’aime aussi la taille humaine du pays, le sourire des Khmers, la culture, la cuisine, la nature et les endroits encore préservés de la foule. À Phnom Penh, la diversité des parcours et la facilité des rencontres peuvent donner naissance à de beaux projets.

Ce qui me préoccupe davantage, ce sont certains défis structurels, notamment l’accès aux soins et à la formation. Pour les petites entreprises, l’accès au financement peut aussi freiner des initiatives prometteuses. Les idées et la volonté sont là ; l’enjeu est de permettre à davantage de personnes de les concrétiser.

Je reste optimiste, notamment lorsque je rencontre des jeunes qui souhaitent contribuer à l’avenir de leur pays. Il reste beaucoup à construire, beaucoup de talents à accompagner et beaucoup de produits locaux à valoriser ! Sans sous-estimer les difficultés, j’ai envie d’y contribuer, en partageant mon expérience et en apprenant des autres. Le Cambodge, ce sont mes racines, mais aussi une richesse humaine qui continue de me toucher et de nourrir mon engagement.


 

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