Sports & initiative : Nicolas, un marathon éducatif, satirique et « décalé » au Cambodge

Nicolas est un sportif authentique, « ingénieur-rugbymnan-marathonien », l'homme court et court la campagne hors compétition, pour le plaisir, pour le défi. Mais cela ne s’arrête pas là, le sportif est aussi un littéraire qui aime partager ses aventures et réflexions au travers de sa mascotte Bibote…Rencontre avec un coureur pas comme les autres…

Nicolas est un sportif authentique, « ingénieur-rugbymnan-marathonien »
Nicolas, sportif authentique, « ingénieur-rugbymnan-marathonien »

CM : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Nicolas Darricau, j’ai 32 ans, je suis originaire des Landes, dans le sud-ouest de la France, et ai vécu longtemps au Pays basque. Alain Darc, mon beau-père, m’a éduqué durant une quinzaine d’années, avant qu’il ne parte au Cambodge.

CM : Dans quelle ville avez-vous grandi ?

C’est difficile de répondre à cette question, car durant cette période, nous avons déménagé une dizaine de fois. Mais toujours en restant dans le Sud-Ouest : Landes, Béarn, Pays basque… J’ai beaucoup bougé !

CM : De quelle profession rêviez-vous lorsque vous étiez enfant ? Envisagiez-vous de rejoindre la restauration ?

Non, même si je travaillais forcément beaucoup au restaurant avec Alain. Les enfants étaient sollicités pour aider. On faisait la plonge, la cuisine, on servait, mais je n’ai jamais vraiment eu l’étincelle. Je voyais cela comme un travail assez contraignant, très dur. J’étais très bon à l’école, mais ne savais pas quoi faire. Comme je jouais au rugby à l’époque, j’ai choisi une filière sport-études, puis passé un diplôme d’ingénieur. Dans ma première vie, j’étais donc joueur de rugby-ingénieur. Cela n’a duré qu’un temps : lorsque j’ai arrêté, je me suis mis à réfléchir à un projet professionnel, tout en découvrant la course à pied. Ce fut un véritable coup de foudre, déclenché par la participation à une course en montagne, un marathon.

CM : Mais auparavant, en parallèle de votre carrière dans le rugby, vous travailliez en tant qu’ingénieur ?

Oui, pendant trois ans, en tant qu’ingénieur du BTP. J’exerçais dans une entreprise spécialisée dans la construction des maisons de luxe. On construisait des maisons gigantesques sur la côte, et je m’occupais de gérer les chantiers de A jusqu’à Z. Mais ce n’était pas mon truc, il me fallait quelque chose qui bouge plus. Au lieu de ça, j’étais devant un écran, je bataillais avec les fournisseurs…

Heureusement que je jouais toujours au rugby, pendant longtemps à Peyrehorade, avant de signer dans un autre club. J’étais rugby, rugby, rugby.

« Puis j’ai découvert la course à pied un peu par hasard, par le biais d’un pari. Un ami qui s’était inscrit à un marathon s’est blessé, et m’a lancé le défi de le remplacer. 42 kilomètres, 3 000 mètres de dénivelé, et je n’avais alors jamais couru »

Bien sûr, c’était catastrophique, mais ça ne m’a pas empêché d’adorer ça, au point d’arrêter le rugby pour pratiquer la course. Je me suis mis à beaucoup courir, vraiment beaucoup, dans l’objectif de gagner. Ce marathon de Bidarray est LE marathon du Pays basque, avec 3 montagnes à franchir. Je me suis donc pris au jeu, réorienté toute ma carrière professionnelle et suis devenu éducateur sportif et sauveteur après une formation de trois ans. J’ai progressé dans la course, finissant deuxième au marathon qui m’avait vu, quatre ans auparavant, arriver dans les derniers. Puis, je me suis blessé au genou.

CM : Quand cela s’est-il passé ?

C’était en 2019, j’étais alors éducateur sportif dans une commune du Pays basque. Coup du sort : c’est en jouant au rugby avec des enfants que l’accident s’est produit. J’avais arrêté le rugby professionnel quatre ans avant, en m’estimant heureux de ne m’être jamais blessé, et voilà que ça se produit… Genou explosé, un an sans pouvoir courir. Il a fallu d'abord réapprendre à marcher.

La double traversée des Pyrénées en autonomie
La double traversée des Pyrénées en autonomie

CM : Vous aviez quel âge lors de cet accident ?

C’était il y a deux ans, j’avais donc 30 ans. C’était une période très compliquée, le sport étant un peu comparable à une addiction. C’est quelque chose qui nous fait vivre alors, quand tout s’arrête d’un coup, ça devient forcément dur à gérer. Pour exorciser cela, je me suis lancé un défi un peu fou. Après m’être mis en disponibilité de la fonction publique, j’ai décidé de traverser les Pyrénées, aller-retour, de l’Atlantique à la Méditerranée. 2 000 kilomètres, en autonomie, avec un sac à dos, en dormant sous la tente ou dans des cabanes de berger. Le but étant essentiellement de prendre du plaisir et, surtout, d’oublier la blessure.

« Il aura fallu 55 jours pour en venir à bout, soit à peu près 40 kilomètres par jour. Le périple a pris la forme d’un récit mettant en scène un personnage imaginaire nommé Bibote, qui signifie ''moustache '' en basque »

Ce récit était suivi par les élèves de l’école dans laquelle j’avais travaillé. Un projet multidisciplinaire a été monté, avec de la géographie, de l’histoire, des sciences, des maths… Tous les jours, ils avaient droit à un résumé de l’étape. C’était assez sympa, et motivant pour moi.

un personnage imaginaire nommé Bibote
Un personnage imaginaire nommé Bibote

L’aventure, postée sur Instagram, a été suivie par beaucoup de monde, d’autant plus que de nombreux rebondissements ont eu lieu sur le chemin du retour. C’était il y a 1 an, et lorsque le voyage s’est terminé, j’ai décidé de démissionner de la fonction publique. Une semaine après arrive le second confinement : je me retrouve donc enfermé chez moi, sans travail, mais sans avoir perdu le goût de l’aventure.

« Pourquoi pas, dans ces conditions, tenter un nouveau défi ? Il a fallu pour cela sortir totalement de ma zone de confort, en allant chercher quelque chose que je n’apprécie pas du tout : la chaleur ! »

Je n’avais jamais cessé d’être en contact avec Alain, alors, pourquoi ne pas tenter de réaliser le tour du Cambodge en courant ? J’ai commencé à monter cette nouvelle aventure, à sélectionner des sentiers un peu sauvages, tout en me rapprochant d’une ONG. Je voulais mêler ce défi sportif à un projet solidaire, le tout raconté par le personnage de Bibote. 2 500 kilomètres répartis en une cinquantaine d’étapes de 30 à 50 kilomètres chacune. Pour certaines de ces étapes, notamment dans le Nord-Est, j’ai décidé d’avoir recours au vélo lorsque les distances à franchir étaient trop grandes. Recherche d’itinéraire, démarchage de sponsors, ça commençait à bien prendre, l’objectif étant d’arriver au Cambodge en mars, d’effectuer la période de quarantaine, puis de m’entrainer pendant trois semaines et, enfin, de partir juste après le nouvel-an khmer, le 18 avril, deux ans jour pour jour après ma blessure.

« Lors de la quarantaine à Phnom Penh, je ne suis pas resté vautré dans mon lit : je m’étais aménagé, dans la chambre, un petit parcours long de 24 mètres : au bout de 2 000 tours, j’ai donc réalisé, au final, un véritable marathon »

Mais ce tour du Cambodge, qui devait prendre entre deux mois et deux mois et demi, est malheureusement tombé à l’eau suite aux restrictions sanitaires, aux blocages et à la peur du Covid.

La méfiance était visible : lors de mes footings, les gens s’écartaient de mon passage, parfois en courant, ou m’interdisant carrément l’accès à certaines rues. Je me suis rendu compte que ça allait être compliqué. Allait-il falloir subir des tests PCR quasiment à chaque passage de province ? Allais-je faire peur à la population, le « blanc » étant parfois associé au Covid ? Devrais-je faire ma course dans mon coin, en côtoyant le moins de personnes possible ? Bref, j’ai finalement préféré renoncer et rentrer en France, car je n’ai aucun travail ici. De nouveaux défis sont en préparation : une nouvelle traversée des Pyrénées, en vélo cette fois, et un tour de Corse.

Je me suis énormément entraîné pour l’aventure cambodgienne, il ne faut donc pas que cet entraînement se perde. Mais cela ne signifie pas que je ne reviendrai pas ici, bien au contraire :

«je prévois de retenter le coup en septembre, en espérant que la folie Covid soit retombée d’ici là. Ce contretemps ne m’a pas empêché de continuer à rédiger l’histoire de Bibote, qui rencontre Moustique »

Un dialogue s’établit entre eux, et le récit est agrémenté de nombreuses photos. Dommage d’avoir à reporter, car la mayonnaise était en train de bien prendre, les promesses de dons pour l’ONG commençaient à arriver, les sponsors aussi, et le projet était prévu d’être suivi par trois collèges, une école primaire, 3 structures communales-jeunesse… Tout cela a été balayé par le COVID. Mais ce n’est que partie remise. J’ai tout de même pu me faire pas mal de contacts, comme Pierre-Yves Clais, qui s’occupe des éléphants dans le Mondolkiri. Ces contacts se grefferont, peut-être, au projet.

CM : quel est votre tracé ?

Descendre vers Kep et Kampot, remonter par les Cardamomes, longer, au Nord-Ouest, la frontière Thaïlandaise jusqu’à Preah Vihear, redescendre vers Stung Treng et Banlung, traverser le Ratanakiri et le Mondolkiri, repartir vers Kratie pour, enfin, arriver à Phnom Penh. Le parcours est divisé en blocs, chaque bloc contenant un certain nombre d’étapes.

Le but est de partir en semi-autonomie, emportant tout mon matériel, mais profitant de quelques jours de repos pour recevoir un peu d’aide extérieure pour le réapprovisionnement et le transfert du vélo. Le logement est prévu en guesthouse, mais aussi chez l’habitant, une personne travaillant au Topaz m’ayant

aidé à trouver des Cambodgiens prêts à m’héberger.

Une petite caravane, sponsorisée par Décathlon, pourrait aussi me suivre, distribuant du matériel sportif dans les villages où je m’arrête. Voilà où en est le projet, qui peut encore évoluer jusqu’en septembre. Mais cet aspect logistique n’est pas l’aspect le plus compliqué, c’est surtout l’entraînement physique qui s’avère le plus dur. Même s’il ne faut pas négliger certains aspects, surtout en ce qui concerne la sécurité. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi et de partir n’importe comment : les dangers sont bien réels, surtout lorsque l’on traverse des zones reculées. Maladies, bêtes sauvages, serpents, trafiquants, risque de se perdre…

C’est pourquoi je garderai constamment un téléphone portable sur moi, et que le trajet est connu par cœur par Alain. Je posterai aussi régulièrement sur les réseaux sociaux, même si mes histoires, paradoxalement, se montrent assez critiques vis-à-vis de ces médias. Je n’aime pas trop ce que cela devient, cette mise en valeur à outrance du narcissisme et du culte du moi.

Mes deux personnages sont en prise avec les réseaux sociaux, ils essaient d’en sortir, mais n’y arrivent pas. C’est cela que je scénarise, avec, en plus, une histoire qui parle beaucoup du Cambodge, du sport… Il faut lire pour comprendre, car c’est un peu loufoque et décalé. Ces histoires sont visibles sur mon site internet, qui relate ce qui m’est arrivé depuis mon arrivée au Cambodge.

Texte et photographies : Christophe Gargiulo & Rémi Abad

Site internet : https://www.nicolasdarricau.com/