Mékong & Tonlé Sap : La Chine se déclare prête à fournir ses données hydrauliques

La Mekong River Commission ou Commission du Mékong, organisme intergouvernemental dont le siège est à Vientiane au Laos, annonce que le lac Tonlé Sap se maintient en deçà de ses plus bas niveaux.

Une « situation très critique » pour le Mékong et le Tonlé Sap
Une « situation très critique » pour le Mékong et le Tonlé Sap

Niveaux critiques

Dans son dernier rapport hebdomadaire, le Centre de gestion des inondations et de la sécheresse de la Commission à Phnom Penh déclarait que les faibles apports du Mékong et de ses affluents au début de la saison des pluies ont entraîné une « situation très critique » pour le Tonlé Sap, plus grand lac d'Asie du Sud-Est et zone de pêche intérieure la plus productive du monde. Plus de la moitié des apports annuels dans le lac proviennent du courant dominant du Mékong, l’autre moitié venant des pluies de la mousson.

Le centre a rapporté la semaine dernière que le flux inversé annuel du Tonlé Sap n'a véritablement commencé que le 4 août 2020. Rappelons là qu’il s’agit d’un phénomène unique, au début de la mousson, les courants s’inversent et le lac affiche une taille quatre fois supérieure en surface par rapport à la saison sèche. Les profondeurs augmentent de 5 à 10 mètres.

« Les faibles apports du fleuve Mékong sont très probablement affectés par la baisse des précipitations dans les sous-bassins versants supérieurs », indique le centre.

On estime que le bassin supérieur du Mékong en Chine représente environ 16 % de l'eau rejetée par le fleuve dans la mer à travers le delta du Mékong au Vietnam et que la contribution la plus importante provient de deux principaux affluents entre Stung Treng au Cambodge et Vientiane au Laos. Ceux-ci représentent plus de 40 % du débit du fleuve, selon la Commission du Mékong.

Partages de données

Plus tôt ce mois-ci, la Commission du Mékong a appelé à un meilleur partage des données entre les pays et les entreprises qui exploitent des barrages hydroélectriques le long du Mékong, les débits ayant atteint des niveaux records pour la deuxième année consécutive.

Le contrôle des eaux du grand fleuve demeure un sujet politiquement très sensible car les moyens d'existence de millions d'agriculteurs et de pêcheurs dépendent du Mékong. Un rapport publié cette année par des chercheurs américains accuse la Chine de retenir de grandes quantités d'eau pendant les périodes de sécheresse, une affirmation que le gouvernement chinois conteste.

Selon le journal Bangkok Post, la Chine se serait dit prête à partager ces données sur les flux d'eau dans le Mékong, une demande effectuée de longue date par les pays de l'Asie du Sud-Est. La Chine n'a pas signé de traité officiel avec les pays du bas Mékong - Laos, Thaïlande, Myanmar, Cambodge et Vietnam - et ne partage actuellement que des données limitées pendant la saison de la mousson sur les flux à travers le fleuve. Les pays du bas Mékong, eux, partagent déjà leurs données par le biais de la Commission du Mékong.

Nikorndej Balankura, ambassadeur thaïlandais rattaché au ministère des Affaires étrangères a déclaré vendredi aux journalistes :

« La Chine souligne qu'elle est prête à partager des informations avec nous de manière claire, significative et transparente tout au long de l'année »

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu'il ne souhaitait pas anticiper sur le prochain sommet en ligne des dirigeants du groupe de coopération Lancang-Mékong (LMC), qui comprend la Chine et les pays du Mékong. Ce groupe est d’ailleurs critiqué car il aurait tendance à éclipser le rôle de la Commission du Mékong et des pays membres et à passer outre ses recommandations.

Un rapport de la commission attribue le bas niveau d'eau à deux ans de précipitations réduites et à l'exploitation de 13 barrages hydroélectriques du Mékong - deux au Laos et 11 en Chine - ainsi que des barrages sur les affluents du Mékong au Laos.

CG