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Le Cambodge à la une de Madame Figaro : vingt ans d'école pour les filles de Happy Chandara

il y a 1 heure
3 min de lecture

Le Cambodge est à l'honneur dans Madame Figaro. Le magazine a publié le 17 octobre un long reportage de Sophie Carquain sur l'école Happy Chandara, à 15 kilomètres de Phnom Penh, et sur l'ONG qui la fait vivre, Toutes à l'école. L'association fête cette année ses vingt ans.

Deux écolières en uniforme rose à carreaux, aux côtés de Tina Kieffer
Deux écolières en uniforme rose à carreaux, aux côtés de Tina Kieffer

Le texte s'ouvre sur Sidalis, 23 ans. Elle est entrée à Happy Chandara à 7 ans, en uniforme, avec un cartable neuf. Elle a décroché son bac avec la mention très bien. Elle étudie aujourd'hui à l'école Ferrandi, à Paris, et a fait un stage remarqué dans les cuisines de l'Élysée. Son projet : ouvrir un restaurant au Cambodge et donner des cours aux écolières de son ancienne école. « Je veux rendre à l'école ce qu'elle m'a donné », dit-elle.

Une histoire d'adoption

Tout commence en 2005. Tina Kieffer, journaliste, ancienne directrice de la rédaction de Marie Claire et animatrice de l'émission Frou-Frou, voyage au Cambodge. Elle y rencontre Chandara, une fillette très pauvre, et décide de l'adopter. Elle ne se résout pas à laisser les autres dans la misère. Quelques mois plus tard, elle fonde l'ONG. La première promotion entre à l'école le 7 novembre 2006.

Vingt ans après, les chiffres sont ceux d'une grosse structure : 1 700 élèves, 2 400 repas servis chaque jour, 360 salariés, en majorité cambodgiens. Du jardin d'enfants au lycée, le cursus est complet. Deux foyers hébergent ensuite les étudiantes près des universités. Les filles en danger, victimes de violences familiales ou de malnutrition, dorment à l'internat. Les autres rentrent chez elles le soir. Les cours sont donnés en khmer, en anglais et en français.

Les sciences et la terre

L'école pousse les filles vers les filières scientifiques. Un quart des bachelières choisit cette voie. Certaines quittent le pays pour intégrer les Mines, une école d'ingénieurs ou d'art culinaire. Tina Kieffer encourage surtout l'agronomie, pour que ces jeunes femmes sachent ensuite s'occuper des terres.

L'écologie fait partie de l'identité de Happy Chandara. Dès les premières années, la fondatrice a vu arriver des fillettes aux dents abîmées, couvertes de plaques d'eczéma, des réactions aux pesticides utilisés sans réglementation dans le pays. Elle a ouvert un centre médico-social, puis lancé un programme d'agroécologie. Le campus a été végétalisé, ce qui a fait baisser la température de trois à quatre degrés. L'école produit 30 tonnes de fruits et légumes bio par an pour nourrir ses élèves. Les cours de plantation commencent dès la maternelle. Les écolières fabriquent aussi des savons bio pour la communauté et ramassent les déchets plastiques.

Les enseignants sont pour la plupart khmers. Ils sont épaulés par des étudiants bénévoles venus de Centrale, de Polytechnique ou d'AgroParisTech, qui restent six mois ou plus. Margot Solari, en double cursus à Centrale Paris et AgroParisTech, a donné des cours de code aux enseignants et préparé les lycéennes aux concours. Elle a aussi travaillé sur un projet de domotique qui a rapporté des bourses d'études à l'école.

Le parrainage, socle du budget

Toute l'économie de Happy Chandara repose sur les parrains et marraines, rappelle Tina Kieffer. Le parrainage coûte 39 euros par mois, soit 13 euros après déduction fiscale. Il permet de scolariser 100 petites filles chaque année. Les parrains reçoivent des nouvelles de leur filleule, et certains viennent la rencontrer lors d'un voyage au Cambodge.

Deux visages connus de la télévision française figurent parmi les marraines. Anne-Claire Coudray, présentatrice du 20 heures de TF1, l'est depuis douze ans. Elle avait monté le tout premier sujet télévisé sur l'école, à l'époque où Claire Chazal en était la marraine. Elle cite un taux de réussite de 100 % au bac. Agathe Lecaron, de Télématin sur France 2, parraine depuis un an Srey Ney, née en 2020 et tout juste entrée au CP. Elle rappelle que de nombreuses petites Cambodgiennes subissent des violences sexuelles dans leur famille, et que la scolarisation met une distance entre elles et leurs agresseurs.

Reconstruire l'école après les Khmers rouges

Madame Figaro replace l'histoire dans son contexte. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh. Enseignants et intellectuels sont persécutés, les écoles détruites. Savoir lire ou parler une langue étrangère devient suspect. Le magazine évoque près de deux millions de morts entre 1975 et 1979. Après la chute du régime en janvier 1979, le pays a dû rebâtir son système scolaire, et avec lui la confiance dans le savoir.

Pour les vingt prochaines années, Tina Kieffer veut multiplier les parrains, afin de ne plus avoir à lever de fonds, et ouvrir des écoles dans d'autres pays émergents. Informations et parrainage : toutesalecole.org.

Source : Madame Figaro, 17 octobre 2026, « Au Cambodge, cette école fondée par Tina Kieffer change la vie de milliers de jeunes filles », par Sophie Carquain.

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