Initiative & Environnement : Air Frais, mais Réchauffement Climatique...

Le monde entier aujourd’hui a pris conscience des enjeux du changement climatique. Et, le Cambodge est également concerné. En partenariat avec Clean Green Cambodia, Cambodge Mag vous propose ici de parler des gaz réfrigérants, de leurs effets au Cambodge, et des entrepreneurs qui tentent de proposer des solutions pour éviter d’aggraver les problèmes de réchauffement climatique.

À propos

De plus en plus d’argent et d’énergie sont investis dans cet enjeu. Pour l’essentiel, l’accent est mis sur des initiatives de base dites durables. Les énergies renouvelables en occupent la plus grande part. Toutefois, les véhicules électriques, l’efficacité énergétique et l’utilisation des sols commencent également à attirer l’attention et les investissements. Ces domaines sont stratégiques, et il est important d’y consacrer une grande part de ces investissements.

Pour lutter contre le changement climatique de façon efficace, il est donc essentiel de s’attaquer aux problèmes pour lesquels il existe un vrai besoin de sensibilisation. Parlons des réfrigérants par exemple !

Si vous libérez dans l’atmosphère les fluides d’un seul climatiseur domestique, cela a le même impact sur le climat que la combustion de 400 litres d’essence !

Explications

Pour fonctionner correctement, réfrigérateurs et climatiseurs doivent contenir certains types de gaz avec des propriétés chimiques très spécifiques. Plusieurs dizaines de différents gaz sont utilisés pour cela. Ils sont appelés « réfrigérants » ou « liquides de refroidissement ».

Réfrigérateurs et climatiseurs peuvent être extrêmement polluants

Impact sur le changement climatique

On en parle peu, mais les gaz réfrigérants sont de puissants gaz à effet de serre. Ils contribuent environ à hauteur d’un milliard de tonnes d’équivalent de CO2 par an. À l’échelle d’un pays, ils seraient le 6e plus grand émetteur du monde ! Lorsque le Project Drawdown a classé les 100 approches susceptibles d’atténuer efficacement le changement climatique, la gestion des réfrigérants est arrivée en tête.

Rappel

La cause principale du changement climatique est l’activité humaine qui produit différents gaz qui emprisonnent la chaleur dans l’atmosphère. Le plus courant est le dioxyde de carbone provenant des combustibles fossiles. Mais d’autres gaz provoquent des effets similaires. Et certains d’entre eux captent beaucoup mieux la chaleur, ce qui est dramatique pour le changement climatique.

Par exemple, les gaz des réfrigérants présentent un potentiel de réchauffement global (PRG) extrêmement élevé. Le PRG est une mesure de la contribution d’un kilo de gaz au changement climatique :

– Le dioxyde de carbone (CO2) a un GWP de 1, nous l’utilisons comme point de référence

– Le méthane a un PRG d’environ 26, ce qui signifie qu’un kilogramme de méthane équivaut à 26 kilogrammes de CO2 ;

– Les fluides frigorigènes d’usage courant au Cambodge ont des PRG entre 1300 et 2000 ! En clair, lorsque vous brûlez un litre d’essence dans votre voiture, vous émettez 2,5 kilos de CO2 dans l’air. Si vous libérez dans l’atmosphère les fluides d’un seul climatiseur domestique (généralement environ 0,5 kilo), cela a le même impact sur le climat que la combustion de 400 litres d’essence !

Une idée serait de rendre illégale l’émission de gaz réfrigérants mais l’expérience montre que cela est extrêmement difficile à appliquer

Méthodes de pollution

Les gaz incriminés sont contenus dans les réfrigérateurs et les climatiseurs. Lorsque l’appareil fonctionne, ces gaz peuvent pénétrer dans l’atmosphère de plusieurs manières :

Fuite : lorsque l’appareil est en marche, le gaz est pompé à travers une série de moteurs et de tubes. Si les connexions ne sont pas étanches, le gaz peut s’échapper.

Réparation : parfois, un technicien libère intentionnellement le gaz pour nettoyer la tubulure, puis remplit le système de nouveau réfrigérant. Ils peuvent également libérer le gaz par inadvertance lors du démontage du système pour effectuer d’autres opérations de maintenance.

Fin de vie : lorsque ces appareils ne sont plus utiles, ils sont généralement démontés et les pièces sont soit réutilisées, soit revendues. Au cours de ce processus, le réfrigérant s’échappe, car l’ensemble du système est démonté.

D’une manière ou d’une autre, le gaz atteint l’atmosphère, et devient un sérieux problème.

Le Cambodge concerné

Il s’avère très difficile de mesurer directement la quantité de réfrigérant émise par un pays en particulier, car le gaz se diffuse trop rapidement dans l’atmosphère. Mais, au vu des statistiques d’importations, il est possible d’effectuer quelques estimations.

En 2019, le Cambodge a importé environ 350 000 appareils de refroidissement domestiques, pour un total de 170 tonnes de réfrigérant. Le royaume a également fait venir près de 600 tonnes de réfrigérants sous forme pure (utilisé pour combler les fuites). Cela entraînera l’équivalent de 1,5 million de tonnes d’émissions de CO2.

À mesure que les pays du Sud connaissent un fort développement économique, tel le Cambodge, on observe une croissance significative de l’utilisation des climatiseurs et des réfrigérateurs. Cela donne au royaume l’opportunité de développer des processus de récupération de réfrigérant avant que des émissions massives se produisent.

Méthodes envisagées

Globalement, il y existe deux alternatives : la transition vers de nouveaux fluides frigorigènes et la récupération responsable des réfrigérants plus anciens.

Transition vers de nouveaux fluides frigorigènes

Premièrement, il faut trouver différents réfrigérants qui ne contribuent pas au changement climatique. Il est aussi indispensable de s’assurer que tous les nouveaux climatiseurs et réfrigérateurs utilisent ces nouveaux gaz. L’amendement de l’ONU à Kigali au Protocole de Montréal a appelé à une réduction des réfrigérants à PRG élevé à 10 % de la valeur initiale d’ici à 2050. L’amendement propose également un financement et une assistance aux pays souhaitant effectuer cette transition.

Cependant, il faut voir la réalité en face. Même si toutes les nations signent l’accord et s’y conforment parfaitement (ce qui est peu probable), sa mise en force risque d’être lente, en particulier dans les pays en développement à climat tropical. Et dans ces pays, l’utilisation « de référence » du réfrigérant est prévue dans plusieurs années. Pour le Cambodge, l’année de référence est 2024 et pour l’Inde 2028 !

Récupération des réfrigérants

Alors que le monde évolue lentement vers des réfrigérants à faible PRG, il subsiste toujours un stock important d’appareils utilisant des gaz de la vieille génération. Les 30 prochaines années constituent une chance unique de prévenir ces émissions. Il est impératif de s’assurer que ces réfrigérants soient récupérés, détruits ou réutilisés.

Pour les grands systèmes de refroidissement, la plupart des émissions proviennent de fuites. Mais pour les systèmes résidentiels, la fin de vie est une préoccupation beaucoup plus importante. Il est essentiel de se concentrer actuellement sur les petits appareils, car ils sont encore plus négligés que les installations industrielles et commerciales.

Comment s’assurer que le réfrigérant de ces appareils est récupéré en fin de vie ?

Une idée pourrait être de « sensibiliser les consommateurs et les inciter à agir ». C’est généralement la première approche, mais il est peu probable que cela fonctionne. Les consommateurs font rarement face à ce problème, et ils n’ont pas de moyen efficace aujourd’hui de s’assurer que l’appareil est éliminé ou recyclé de manière responsable.

Une autre idée serait de « rendre illégale l’émission de gaz réfrigérants ». Mais, l’expérience montre que cela est extrêmement difficile à appliquer. Il n’y a aucun moyen d’identifier les foyers qui émettent du réfrigérant en provenance d’un équipement domestique, et il est facile pour n’importe quel récupérateur ou technicien de prétendre que l’appareil était vide de réfrigérant lorsqu’il l’a reçu.

Des incitations financières positives seraient probablement le meilleur moyen de prévenir ces émissions.

Chaque kilogramme de gaz recyclé permet d’éviter un kilo d’émissions, l’équivalent d’environ 800 litres d’essence !

Méthode

Au Cambodge, lorsqu’un ménage décide d’en finir avec un réfrigérateur, il ne se rend pas directement dans une décharge. Au lieu de cela, il va généralement dans un magasin d’occasion où un technicien tentera de le réparer et de le revendre. S’ils ne sont pas en mesure de le faire, ils le démonteront pour récupérer les pièces les plus intéressantes. Le compresseur, le condenseur et l’évacuateur peuvent souvent être réutilisés pour d’autres appareils. Le tube métallique qui fait circuler le liquide de refroidissement a une certaine valeur auprès des ferrailleurs. Ces techniciens vont donc le démonter, réutiliser ce qu’ils peuvent et vendre le reste à ces ferrailleurs.

L’entreprise Recoolit s’est associée à ces magasins d’occasion. Lorsqu’un de ces « fournisseurs » décide de démonter un appareil, il le met de côté et contacte Recoolit, qui envoie un technicien pour intervenir avec un kit de récupération. Le fournisseur est dédommagé pour chaque appareil traité et le gaz est pompé dans une cartouche. Ensuite, le technicien continue sa route pour récupérer le gaz chez d’autres fournisseurs.

À la fin de la journée de travail, les techniciens de Recoolit ramènent ces lots de gaz récupérés vers leur unité de traitement. Ils les nettoient ensuite à l’aide d’une « machine de purification » qui éliminera l’humidité et les contaminants. À ce stade, il est possible de tester le gaz pour s’assurer qu’il est de composition identique à du gaz neuf, et prêt à être réutilisé ou revendu.

Il suffit de nettoyer le gaz réfrigérant à travers une machine de purification pour le récupérer

Chaque kilogramme de gaz recyclé permet d’éviter un kilo d’émissions, l’équivalent d’environ 800 litres d’essence !

Et après ?

Recoolit cherche toujours à travailler avec des personnes intéressées et recrute. Pour en savoir plus, consultez leur site Web ou envoyer directement un e-mail à louis@recoolit.com

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À propos du créateur

Louis Potok est PDG et fondateur de Recoolit, une startup basée au Cambodge qui se consacre à la lutte contre le changement climatique en récupérant le réfrigérant des dispositifs de refroidissement des appareils en fin de vie.

Sources :

Global Carbon Budget 2019, Carbon Portal of ICOS, the Integrated Carbon Observation System. Émissions de CO2 de l’aviation commerciale, du Conseil international des transports propres (ICCT). Résumé technique par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Clean Green Cambodia a hâte d’ajouter Recoolit sur sa plateforme en tant que nouvel expert durable au Cambodge ! Découvrez leurs experts en développement durable au Cambodge ici.

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