Entreprendre au Cambodge : Joies et peines des entrepreneurs français

La salle de l’Institut Français de Phnom Penh était plutôt bien remplie à l’occasion du lancement officiel du guide Entreprendre au Cambodge, ouvrage publié par la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge.

Entrepreneurs de tous âges, curieux venus s’enquérir des conditions d’entrepreneuriat dans le royaume, membres de la CCI de Siem Reap, chacun aura pu trouver durant ce lancement quelques réponses pertinentes aux questions récurrentes que se posent les Français qui sont installés au Cambodge, mais aussi, et surtout, ceux qui envisagent d’investir aujourd’hui dans le royaume. Avec cette conférence, il s’agissait de mieux connaître les difficultés, les contraintes et aussi les aspects positifs de l’aventure entrepreneuriale dans le royaume.

Préambule

Le président de la CCIFC, Guillaume Massin, ouvrait la conférence en souhaitant la bienvenue au public et en présentant le programme de la soirée ainsi que ses intervenants. Il enchaînait ensuite sur une présentation du guide : « C’est un outil pratique pour les entrepreneurs au Cambodge, il est aussi destiné aux nouveaux arrivants. Il s’agit du seul ouvrage du genre disponible en langue française. Cette publication s’inscrit aussi dans l’une des missions clés de notre chambre de commerce. En effet, elle nous permet d’informer et aussi de communiquer avec les autres chambres françaises de la région, et ainsi de nous tourner vers l’extérieur et de mieux faire comprendre ce qu’est réellement le Cambodge .»

Le président de la CCIFC précisait ensuite que le guide était publié tous les deux ans et qu’il y avait une volonté de mise à jour en raison des nombreuses réformes entreprises récemment dans le secteur économique du royaume. « Nous avons aussi souhaité proposer un aperçu sectoriel sur différentes thématiques, ce sont des éléments essentiels à connaitre pour le démarrage d’une activité au Cambodge », concluait-il.

Le président de la CCIFC, Guillaume Massin


Le mot de l’ambassadrice

Madame l’Ambassadrice de France au Cambodge, Eva Nguyen Binh précisait dans son discours que l’Ambassade se réjouissait de la publication du document. « Un outil très pratique pour les gens intéressés par le Cambodge. Cela permet d’avoir un aperçu précis et synthétique de tout ce qu’il faut savoir en prévision d’une installation dans le royaume », soulignait-elle. Elle rappelait ensuite que le plus important restait tout de même les témoignages d’entrepreneurs, et les réseaux qui peuvent se créer entre eux, notamment entre les jeunes et les plus anciens.

« Sachez que l’ambassade de France reste à l’écoute des entrepreneurs français. J’ai coutume de dire que nous ne pouvons pas tout faire, mais que tout ce que nous pouvons faire, nous le ferons. Notre mission est d’aider les Français qui sont installés et ceux qui souhaitent s’établir mais aussi de renseigner sur ce qui se passe au Cambodge. Nous recevons fréquemment des demandes d’entreprises, principalement des PME, qui s’intéressent à la région et notamment au Cambodge. Nous avons des marques d’intérêt croissantes de la part d’entreprises françaises pour cette région », concluait-elle.

Formalités et obligations

Djamel El Akra, secrétaire général de la CCI France Cambodge et conseiller juridique senior chez HBS LAW, lançait la première présentation concernant les aspects juridiques de la création et de la gestion d’une entreprise dans le royaume. Au travers d’un exposé clair et synthétique, le juriste soulignait les avantages et limites des différentes structures d’entreprises disponibles, et relevait aussi quelques points concernant le droit du travail, le régime fiscal et le droit foncier.

Djamel El Akra, secrétaire général de la CCI France Cambodge et conseiller juridique senior chez HBS LAW


Durant son intervention, Djamel El Akra soulignera quelques challenges, notamment les besoins de s’informer au sujet « d’un droit commercial qui est toujours en construction et évolue en permanence, et une main d’oeuvre qui a besoin de référentiels de compétences et d’un soutien en formation plus harmonisé ».

Il rappelait également que la constitution d’une entreprise au Cambodge n’impose pas de partenaire local, ce qui est un avantage non négligeable. Il détaillait également les deux grandes formes juridiques les plus couramment utilisées pour une installation, à savoir l’entreprise individuelle et la société à responsabilité limitée.

« Les investissement étrangers sont autorisés dans quasiment tous les secteurs, avec une liste restrictive assez sommaire. Il existe aussi un bon niveau d’anglais de la population et une francophonie plutôt dynamique », ajoutait-il.

Parmi les avantages, le juriste soulignait également la large circulation du dollar américain qui, selon lui, facilite la mobilité des capitaux. Il mettait également en avant les avantages de l’enregistrement des entreprises tant pour les transactions commerciales que pour l’obtention des permis de travail et l’octroi de visas longue durée au bénéfice des employés étrangers.

Les différents aspects juridiques de la création et du fonctionnement d’une entreprise, individuelle ou en société, présentés par M. El Akra sont détaillés dans le document « Entreprendre au Cambodge », à partir de la page 75. Les réglementations, lois et régimes fiscaux propres aux Cambodge sont aussi abordés dans ce guide, dans la même section.

Soreasmey Kebin, vice-président de la CCIFC


Table ronde

Ce sera le point fort de la conférence, une table ronde animée par Soreasmey Kebin et ayant permis d’écouter les témoignages de quelques entrepreneur(e)s français(es) établi(e)s au Cambodge, récemment ou depuis de longues années.

En compagnie du conseiller économique de l’ambassade de France, M. Philippe Baudry, cinq entrepreneurs, deux hommes et trois jeunes femmes ont pu partager leurs parcours, faire part des difficultés rencontrées et des joies que leur a procuré l’aventure entrepreneuriale dans le royaume.

Le besoin de communication

Les deux associées de Sweet Lab, Hélène Grégoire et Alicia Toumi ont raconté leur chemin vers la création en 2018 de leur boulangerie pâtisserie située à proximité du marché russe. Après un séjour touristique dans un pays qu’elles qualifient de chaleureux et d’accueillant, elles ont décidé de s’installer, d’abord comme salariées puis ensuite à leur compte. Pour cette aventure, les deux jeunes femmes ont eu recours à un troisième associé.

« Parmi les difficultés, je soulignerais l’importance de la communication », déclarait Alicia Toumi. « Nous ne parlons pas khmer et ne sommes pas totalement bilingues, cela fut parfois difficile d’être sur la même longueur d’ondes avec les employés et aussi les fournisseurs. Nous sommes dans une activité, la boulangerie française, qui utilise des méthodes de travail et des produits bien spécifiques. Et, sur ce dernier point, il y a eu un petit choc des cultures. Nous avons du insister sur la formation mais cela a très bien fonctionné. Nous employons à présent une équipe de sept employés et la boutique tourne bien ».

Sur l’aspect positif de l’aventure de Sweet Lab, elle faisait part de nombreux challenges « extrêmement formateurs » et décrivait aussi une installation commerciale bien plus « facile et bien moins fastidieuse qu’en France ».

Relations clientèle de qualité

Le vétéran Amaury de Saint Blanquat (Saint Blanquat & Associates Co., Ltd., EFI École Française Internationale de Phnom Penh) mentionnait ses débuts dans la création de son entreprise de recrutement et conseil en ressources humaines en 2012.

Parmi les bonnes surprises le chasseur de têtes citait les relations de grande qualité avec les clients : « J’ai découvert que c’était très agréable de travailler avec les Cambodgiens. Au début, j’étais angoissé par les paiements, mais je n’ai jamais eu d’impayés ni de retards de la part de mes clients et, avec le temps, les relations sont aussi devenues assez amicales. »

Abordant un aspect moins agréable de la vie de son entreprise, l’entrepreneur racontait avoir subi un audit fiscal : « A partir du moment où une petite structure, qui fonctionne bien depuis longtemps, est enregistrée, il y a un risque d’audit et de redressement de la part des services fiscaux. Cela peut être assez difficile, j’en suis à mon quatrième audit et je pense que c’est un vrai sujet…»

Concernant le statut de ses employés, Amaury de Saint Blanquat confiait employer une cinquantaine de personnes dont 2/3 d’expatriés. « Il y a toutefois un avantage, si on dépasse les quotas d’employés étrangers imposés par la Loi sur le travail, il est possible d’acheter de ” l’over quota ”. C’est assez simple et tout-à-fait légal », précisait-il à propos de cette facilité.

Bien s’entourer

Ensuite, Estelle Maton (Native Studio), racontait comment, après avoir travaillé localement pour plusieurs agences locales, elle avait décidé de créer sa propre structure spécialisée dans le design et la communication en 2014. « J’avais besoin d’être indépendante, de faire mes propres choix et de développer d’autres activités », expliquait-elle.

« Concernant les difficultés que j’ai rencontrées, je citerais les besoins de formation. En effet, notre secteur devient de plus en plus exigeant en termes de qualité et il faut être bien entouré. Le deuxième point que je souhaite évoquer est d’appréhender globalement le fonctionnement de l’entreprise et son cadre légal », déclarait-elle en soulignant ensuite les avantages procurés par l’enregistrement de l’entreprise, notamment une certaine protection et un climat de confiance dans les relations commerciales.

Des progrès constants

Enfin, Maxime Rosburger, créateur de Meal Temple Cambodia, la startup dont tout le monde parle, a fait part de son parcours qui a commencé il y a huit ans alors qu’il débutait comme stagiaire dans l’industrie textile. Aujourd’hui, l’entreprise Meal Temple est présente au Cambodge, au Laos au Myanmar et envisage une installation au Bhoutan.

De gauche à droite : Maxime Rosburger, Estelle Maton, Hélène Grégoire et Alicia Toumi


« En comparaison avec les autres pays dans lesquels nous travaillons, je trouve que le Cambodge présente beaucoup d’avantages. A l’inverse du Laos, par exemple, aucun partenariat local n’est exigé, et je pense aussi que la main d’oeuvre locale s’améliore d’année en année. Bien formée et avec des objectifs clairs, c’est une main d’oeuvre dévouée, fidèle et avec qui il est agréable de travailler » », expliquait-il.

Concernant les quelques challenges, le jeune chef d’entreprise partageait les désagréments causés par les pannes d’électricité, les problèmes avec internet mais soulignait que « ce sont des ennuis ponctuels qui se résolvent assez rapidement ». Il citait ensuite la Loi sur le commerce qui « se construit encore mais est très révélatrice de la volonté du Cambodge de proposer un environnement d’investissement étranger attractif et rassurant, mais aussi de diversifier ses secteurs d’activité ».

A l’écoute

Pour conclure, M. Philippe Baudry indiquait que le Cambodge n’avait pratiquement pas d’entreprises publiques et que cela ouvrait grand la porte aux initiatives privées, dans de nombreux secteurs sans risque d’interférence avec l’état.

De gauche à droite : Soreasmey Kebin, Philippe Baudry et Amaury de Saint Blanquat


Il ajoutait que le gouvernement « devenait de plus en plus à l’écoute et suivait les recommandations du secteur privé », citant en exemple les décrets concernant les indemnités d’ancienneté pour les employés, dont certaines clauses d’application ont été reportées sur les conseils du secteur privé.

Positif

A la dernière question « si c’était à refaire », chacun des participants aura montré une impression plutôt très positive sur l’entrepreneuriat au Cambodge, malgré les quelques bémols évoqués lors de cette table ronde. Aucun d’entre eux ne fera part de regrets ou d’amertume vis-à-vis de leur terre d’accueil et d’investissement. Tout un symbole.

CG

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