Dossier & Covid-19 : La Thaïlande en tête de la course au vaccin, des essais humains prévus en 2020

Des scientifiques thaïlandais ont effectué une série de tests lundi en administrant des doses d’un vaccin expérimental COVID-19 à des singes ce lundi. En cas de réponse positive, des essais cliniques chez l’homme pourraient être effectués dès octobre prochain. Toutefois, la course au vaccin demeure compliquée, peut-être imprudente, et suscite bien des convoitises et controverses.

La Thaïlande en tête de la course au vaccin. Photographie UN Women Asia and the Pacific

Recherches

Le vaccin thaïlandais est l’un des 100 autres en cours de recherche alors que le monde reste sous le choc d’un virus dévastateur qui a infecté plus de 8,7 millions de personnes et en a tué 461 000, les 183 000 cas de dimanche dernier étant le nombre le plus élevé enregistré en une seule journée. Treize singes ont été immunisés lundi et les deux prochaines semaines seront essentielles pour déterminer si les chercheurs peuvent procéder à d’autres tests.

Kiat Ruxrungtham, chercheur principal du programme de développement de vaccins COVID-19 à l’Université Chulalongkorn de Bangkok a déclaré :

« Nous allons analyser à nouveau la réponse immunitaire, si celle-ci se montre très élevée, alors c’est une excellente nouvelle »

Le gouvernement thaïlandais soutient les essais et espère que les laboratoires du pays pourront fabriquer un vaccin efficace pour l’année prochaine.

Essais

Les singes sont divisés en trois groupes, l’un recevant une dose élevée, l’autre une faible dose et le dernier aucun. Ils reçoivent trois injections au total, chacune à un mois d’intervalle. Les premières doses administrées le 23 mai ont provoqué des réponses positives de tous les animaux sauf un dans le groupe à forte dose et de trois dans le groupe à faible dose, un résultat que Kiat a qualifié de « très impressionnant ». S’il y a une réponse similaire après la deuxième dose, avance Kiat, le programme commanderait 10 000 doses pour des essais humains, ajoutant que son groupe avait été envahi d’offres de volontaires.

« Cela pourrait se faire peut-être fin septembre 2020», a-t-il confirmé à propos de ces essais

Vaccin pour tous dans le monde, mais des priorités

Les chercheurs sont pressés de développer un vaccin efficace contre le nouveau coronavirus. Alors que la course s’intensifie, les pays riches passent des commandes pour le traitement avant même qu’il ne soit approuvé. Ils seront parmi les premiers à obtenir ce qui sera probablement un approvisionnement limité en vaccin. Il reste donc à savoir si les pays en développement recevront des vaccins à temps pour sauver des vies.

L’Organisation mondiale de la santé possède une liste de près de 140 programmes développant des traitements et des vaccins destinés à lutter contre le virus. La liste comprend 11 vaccins candidats soumis à des essais sur l’homme en Chine, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, mais n'a pas encore inclus les travaux thaïlandais. Les tests impliquent des produits issus de fabricants leaders de médicaments comme AstraZeneca, Pfizer, Inovio et Moderna.

Européens et Américains servis en premier

Les experts de la santé conseillent au public de ne pas s’attendre à un vaccin efficace avant le début de l’année prochaine. La Grande-Bretagne et les États-Unis ont dépensé des millions de dollars en recherche avec un projet avancé de vaccin développé par AstraZeneca et l’Université d’Oxford. En retour, les deux pays devraient recevoir les vaccins, s’ils sont approuvés, avant les autres.

Le gouvernement britannique a déclaré que si le vaccin de l’Université d’Oxford s’avérait efficace, les 30 premiers millions de doses seraient d'abord destinés aux Britanniques. Par ailleurs, AstraZeneca a signé des accords pour mettre au moins 300 millions de doses à disposition des États-Unis et 400 autres millions pour les pays membres de l’Union européenne.

Et les pays en développement ?

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa fait pression pour que la recherche scientifique soit partagée entre les pays. Il déclare :

« Personne ne devrait être écarté de la file d’attente de vaccins à cause de son lieu de résidence ou de ces revenus »

Ramaphosa est l’actuel président de l’Union africaine. Le mois dernier, il a rejoint plus de 140 dirigeants mondiaux et experts de la santé pour appeler tous les pays à s’unir derrière un « vaccin populaire » contre COVID-19. Ces derniers avancent que le vaccin devrait être mis gratuitement à la disposition de n’importe qui dans le monde. Plus tôt ce mois-ci, les Nations Unies et d’autres groupes ont déclaré que c’était un « impératif moral » que tout le monde ait accès à un « vaccin populaire ». Ces groupes comprenaient la Croix-Rouge internationale et le Croissant-Rouge.

Mais de telles déclarations semblent malheureusement difficilement applicables.

Yuan Qiong Hu travaille en tant que conseiller juridique et politique au groupe d’aide Médecins sans frontières. Elle note que :

« Nous avons cette belle image de tout le monde qui reçoit le vaccin, mais il n’y a pas de feuille de route sur la méthode à employer »

Les bonnes intentions de la Chine

Lors d’une réunion avec les dirigeants africains cette semaine, le président chinois Xi Jinping a annoncé que les pays africains seraient parmi les premiers à recevoir une aide grâce à un vaccin développé par la Chine. Mais il n’a proposé aucun programme pour appuyer sa déclaration.

Chez Yisheng Biopharma à Shenyang

Les chercheurs travaillent dans un laboratoire de la société chez Yisheng Biopharma à Shenyang, dans la province chinoise de Liaoning. La société est l’une des nombreuses entreprises en Chine à tenter de développer un vaccin contre le COVID-19.

Pour un vaccin accessible

L’un des efforts visant à garantir que les pays en développement reçoivent les vaccins COVID-19 provient de l’organisation « Gavi the Vaccine Alliance ». Seth Berkley, le directeur de Gavi, a déclaré :

« Un détail évident est que cette maladie ne respecte pas les frontières, c’est pourquoi ce problème mondial nécessite une solution mondiale »

« Gavi the Vaccine Alliance » et ses partenaires ont signé un accord avec AstraZeneca pour 400 millions de doses d’ici la fin de 2020. La société affirme qu’elle mettra le vaccin à disposition sans profit pendant la pandémie. Et il a également autorisé le Serum Institute indien à produire 1 milliard de doses supplémentaires.

Suspendre les droits de propriété intellectuelle

L’OMS a demandé aux fabricants de médicaments de suspendre les droits de propriété intellectuelle et de partager des informations sur les vaccins COVID-19. Mais l’industrie pharmaceutique est totalement opposée à cette idée. Arzoo Ahmed fait partie du « Nuffield Council on Bioethics » au Royaume-Uni. Elle prévient que : « Nous ne pouvons pas simplement compter sur la bonne volonté pour garantir l’accès au vaccin ». Elle ajoute que :

« Il a fallu 10 ans pour que le médicament contre le VIH/SIDA devienne accessible aux populations des pays à faible revenu, le même schéma ne peut pas se reproduire pour la pandémie actuelle »

La chef de l’ONUSIDA, Winnie Byanyima, a déclaré que les pays africains étaient déjà en queue de file pour les fournitures médicales au milieu de la pandémie. Pour elle : « Ce sera pire si un vaccin est trouvé… Nous ne pouvons pas nous permettre d’être à l’arrière de la file d’attente. »

L'enthousiasme pour un vaccin COVID-19 d'ici la fin de 2020 est compréhensible. Chacun espère que la pandémie prendra rapidement fin et qu'un vaccin efficace sera une solution infaillible. Mais il existe des risques sérieux avec un « vaccin accéléré » livré à la fin de cette année.

Enthousiasme imprudent

Pour William Haseltine un ancien professeur de la Harvard Medical School et fondateur des départements de recherche sur le cancer et le VIH/SIDA de l'université et président du groupe de réflexion sur la santé mondiale, la course effrénée au vaccin pourrait s’avérer contre-productive, voire dangereuse.

Les délais et les approbations des tests peuvent exposer les populations à des dangers inutiles liés au vaccin. Bien que les essais pré-cliniques visant à évaluer l'innocuité et l'efficacité potentielles des candidats-vaccins incluront probablement des dizaines de milliers de patients, on ne sait toujours pas si ce nombre sera suffisamment important et si un essai durera assez longtemps pour évaluer l'innocuité d'un tel médicament distribué en masse. Les États-Unis prévoient à eux seuls de vacciner des centaines de millions de personnes avec le premier laboratoire retenu.

« Mis à part les questions de sécurité qui accompagnent tout vaccin, il y a de bonnes raisons d'être particulièrement prudent avec COVID-19. Certains vaccins aggravent les conséquences de l'infection plutôt que de protéger, un phénomène appelé amélioration dépendante des anticorps (ADA) »

Cette réaction a été observée lors de précédentes tentatives de développement de vaccins contre le coronavirus. Pour ajouter à l'inquiétude, des anticorps typiques de l'ADA sont présents dans le sang de certains patients infectés. Ces préoccupations sont réelles. Rappelons qu’en 2016, le Dengavxia, destiné à protéger les enfants du virus de la dengue, a augmenté les hospitalisations des enfants qui ont reçu le vaccin.

« Des questions se posent donc quant à l'efficacité d'un vaccin potentiel mis sur le marché à la hâte. Le peu de connaissances concernant la génération actuelle de vaccins COVID-19 soulève de sérieuses questions quant à leur capacité à protéger les personnes contre l'infection »

Sur une note plus réjouissante, au moins certains des vaccins candidats ont déclenché des réponses immunitaires significatives. Toutefois, un vaccin COVID-19 efficace fait également face à plusieurs obstacles hors de contrôle. Plus nous vieillissons, plus notre capacité de réponse aux vaccins est faible. La résistance à la vaccination commence tôt à l'âge de 30 ans et devient progressivement plus profonde avec le temps. Cela est troublant, car les personnes de plus de 60 ans sont la population la plus à risque. La vaccination des personnes âgées peut parfois réussir en administrant des doses répétées et en augmentant la puissance du vaccin avec des adjuvants puissants. Mais ces adjuvants peuvent devenir particulièrement risqués pour les personnes très âgées.

« Il semble donc insensé de se précipiter vers un vaccin en 2020 s'il risque de n'avoir que des avantages limités pour la population qui en a le plus besoin et de mettre en danger des personnes en bonne santé »

Le risque va bien au-delà des dangers qu'un vaccin COVID seul peut contenir. Le soutien public aux vaccins en général est déjà un problème. La confiance dans les autres vaccins vitaux sera encore plus érodée si un vaccin COVID tourne mal et beaucoup plus de personnes — les enfants en particulier — seront à risque si les taux de vaccination baissent.

Le monde entier aspire à la fin de l'épidémie. Mais un vaccin sûr, efficace pour tous ceux qui sont à risque, vaut la peine d'attendre, surtout lorsqu’il existe peut-être d'autres solutions. L'expérience des pays d'Asie a montré déjà que l'épidémie peut être stoppée dans son élan avec des mesures de santé publique de base : tests généralisés, distanciation sociale et mise en quarantaine.

«Ces efforts à eux seuls pourraient ramener les nouvelles infections à presque zéro en quelques semaines seulement »

De plus, William Haseltine pense qu'il sera possible avant la fin de cette année de protéger les personnes les plus à risque d'une exposition avec des combinaisons d'anticorps monoclonaux ou avec des médicaments antiviraux vraiment efficaces. Ces médicaments pouvaient traiter ceux qui étaient malades et prévenir de nouvelles infections. Selon le chercheur, en plus de poursuivre un vaccin dans un délai réaliste, nous devrions également mettre notre poids derrière ces autres types de solutions médicales qui, historiquement, ont été beaucoup plus rapides à mettre sur le marché en toute sécurité.

Christophe Gargiulo

Sources : Associated Press, OMS, Gavi, William A. Haseltine

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