Cambodge & Santé : Éviter discrimination et stigmatisation sociale envers les victimes du COVID-19

Alors que le Cambodge se bat contre la pandémie, de nombreuses victimes du COVID-19 ont dû faire face à une stigmatisation sociale et une discrimination persistante, probablement motivées par une peur excessive de l’infection et un manque de compréhension.

Vendeuse de masques à Phnom Penh (BAD)
Vendeuse de masques à Phnom Penh (BAD)

Les personnes qui ont contracté le coronavirus et se sont rétablies, ainsi que celles qui n’ont pas contracté la maladie, mais ont été en contact avec certains patients positifs, sont toujours confrontées à une certaine discrimination de la part de leur entourage.

Discrimination

Sopheap (pseudonyme) une Cambodgienne de 20 ans, reconnait avoir été victime de discrimination après avoir quitté un centre de quarantaine COVID-19 en avril 2021.

« Après avoir été testée la première fois, le personnel médical m’a dit que je n’étais qu’un cas potentiel », explique-t-elle.

« On m’a demandé de rester attentive au cas où je développerais des symptômes chez moi, mais à l’époque, j’avais peur de rester seule, alors j’ai demandé qu’on m’emmène dans un centre de quarantaine »

Une fois sa quarantaine terminée, Sopheap raconte qu’elle a été autorisée à rentrer chez elle, car elle n’avait pas été infectée. Mais, elle a immédiatement remarqué quelque chose d’étrange parmi son entourage.

Ils semblaient avoir peur d’elle, et certains se sauvaient en la voyant, confie Sopheap. Elle ne peut pas dire si leur comportement constituait une forme de discrimination ou non, mais elle a certainement été offensée.

« Je me souviens d’un jour où je suis allée acheter quelque chose dans une épicerie », dit-elle.

« Deux filles du vendeur, qui ont le même âge que moi, ont couru chez elles quand elles m’ont vue et ont appelé leur mère pour me parler à leur place »

« En fait, je ne suis pas en colère, mais je suis bouleversée », explique Sopheap. « S’ils veulent se protéger, ils peuvent porter un masque facial et garder leurs distances. Mais ils se sont immédiatement enfuis quand ils m’ont vue arriver, alors que je venais d’être en quarantaine et que je n’étais pas porteuse du virus. »

Selon Sopheap, non seulement ses voisins, mais aussi certains de ses amis éprouvaient de la crainte à son égard. Elle raconte à quel point elle était triste de ne plus pouvoir fréquenter certains d’entre eux, ajoutant qu’il était émotionnellement très difficile d'affronter une telle situation.

« Si beaucoup de gens agissent de la sorte, ceux qui se remettent du coronavirus seront certainement encore plus perturbés, voire déprimés », explique Sopheap.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnait que les personnes ayant des antécédents d’infection par le COVID-19 sont victimes de discrimination. Selon l’OMS, cette stigmatisation non seulement affecte la santé physique et mentale de ces personnes, mais provoque aussi une réduction du nombre de ceux qui cherchent à se faire soigner et à se faire dépister, ainsi que de ceux qui adhèrent aux mesures de santé publique.

Expérience différente

Cependant, Udom, qui a été traité et est sorti d’un centre de traitement après presque deux mois, déclare que sa propre expérience a été différente.

Aucune personne n’a fait preuve de discrimination après sa guérison, ce qui l’a poussée à rouvrir son entreprise de massage à domicile il y a quelques jours.

« Je ne suis allé nulle part, je suis seulement restée chez moi », dit-elle.

« Personne n’a peur de moi, et des invités viennent chez moi comme d’habitude »

Pa Chanroeun, directeur exécutif de l’Institut de la démocratie du Cambodge, explique que la situation que Sopheap a vécue soulève deux évidences : la première est la peur des personnes ayant des antécédents de maladie et la seconde une forme de discrimination.

Il ajoute que, dans le cas de Sopheap, les gens ont peut-être eu peur que Sopheap soit malade et se sont donc enfuis.

Mais s’ils continuent à fuir ou à montrer trop de crainte alors qu’ils savent que Sopheap ou d’autres patients ont guéri, il s’agit d’une forme de discrimination, ajoute Chanroeun.

« Lorsqu’ils manifestent trop de peur, et ne fournissent pas de services ou ne vendent pas de biens aux personnes ayant des antécédents de COVID-19, l’attitude devient discriminatoire, faisant preuve alors d’immoralité et d’injustice envers les patients traités », déclare Chanroeun.

« Chacun devrait apprendre et comprendre que les personnes atteintes de cette maladie sont des victimes, nous devrions donc les soutenir et rester en contact avec elles lorsqu’elles se rétablissent », ajoute-t-il.

« Gardez simplement une certaine distance et portez un masque pour vous protéger si vous êtes toujours inquiet. »

Thon Sreypov, qui dirige le programme de conseil de Child Helpline Cambodia, affirme que les malades qui se sont remises du COVID-19 et qui, ayant été victimes de discrimination, ont été gravement bouleversées ou découragées, devraient consulter un psychologue.

« Tout ce que nous pouvons faire, c’est les soutenir émotionnellement et les encourager », dit-elle.

« Si l’on me demande comment, je ne peux pas donner de réponse précise, car c’est certainement par le biais d’une consultation et peut-être d’encouragement ».

« Le soutien émotionnel est en fait donné dans le cadre de la consultation », conclut Mme Sreypov.

Au 27 juin, le Cambodge signalait 47 649 cas de COVID-19 dans le pays, dont 42 157 guérisons et 540 décès.

Po Sakun avec l’aimable autorisation de Cambodianess

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