top of page
Ancre 1

Cambodge & Conflit frontalier : « Je préfère mourir dans l'honneur que vivre dans le mépris » — Le sacrifice du lieutenant Ngiem Kungkeat

Le 23 décembre 2025, le premier lieutenant Ngiem Kungkeat, 28 ans, est mort au combat dans le village de Chouk Chey, commune d'O'Bei Choan, district d'O'Chrov, province de Banteay Meanchey.

lieutenant Ngiem Kungkeat
Lieutenant Ngiem Kungkeat

Affecté au Bataillon de défense des frontières n°503 relevant de la 5e Région militaire, il a été tué lorsqu'un obus d'artillerie a détruit la tranchée dans laquelle il se trouvait. Il laisse derrière lui une épouse, Deng Sokhlouk, 26 ans, et une petite fille de deux ans, Kungkeat Ana.

Un enfant du village devenu officier

Né à Sophy, dans le district d'O'Chrov, Ngiem Kungkeat était le deuxième d'une fratrie de cinq frères, dont trois ont embrassé la carrière militaire. Après avoir obtenu son baccalauréat en 2017, il intègre le programme de formation d'officiers actifs — promotion 21, cursus de quatre ans — dans la province de Kampong Speu.

Diplômé en 2021, il est affecté sur la frontière thaïlandaise, dans la zone d'O'Bei Choan.

Sa femme, Deng Sokhlouk, l'a connu toute sa vie : ils ont grandi dans le même village, fréquenté les mêmes écoles de la primaire au lycée, et se sont mariés en 2023 après huit ans de relation.

Une escalade venue de loin

Le contexte dans lequel Ngiem Kungkeat a trouvé la mort s'inscrit dans une série d'incidents frontaliers meurtriers. En mai 2025, un soldat cambodgien non armé avait été abattu près d'une tranchée dans le district de Choam Ksant, province de Preah Vihear. Cet événement avait déclenché une première phase de combats du 24 au 28 juillet 2025, durant laquelle le lieutenant avait été déployé à Chouk Chey avant de rentrer sain et sauf.

En décembre 2025, une seconde vague d'affrontements éclate. Deng Sokhlouk et leur fille se réfugient chez un proche à Siem Reap. Affaibli par des fumées toxiques utilisées par les forces adverses, Ngiem Kungkeat rentre brièvement chez lui pour se soigner.

Trois jours d'adieux

Il ne reste que trois jours. Son corps affaibli ne s'est pas encore rétabli, mais les combats s'intensifient dans les secteurs de Boeng Trakuon et de Chouk Chey. Malgré les supplications de son épouse et de ses proches, il décide de repartir au front.

Ces trois jours ressemblent à des adieux. Il refuse de quitter sa femme et sa fille des yeux. Il réunit parents et amis pour un dîner. « En regardant en arrière, c'était comme un dernier repas d'adieu », confie Deng Sokhlouk. « Il savait très bien qu'en repartant cette fois, il ne reviendrait peut-être pas. »

Avant de partir, à deux heures du matin le 23 décembre, il lui dit : « Prépare ton cœur, car à la guerre, rien n'est certain. » Et, comme pour conjurer le sort : « Je reviendrai. Attends-moi. »

À 14h00 ce même jour, Deng Sokhlouk apprend par téléphone la mort de son mari.

« L'honneur d'un homme »

Les dernières paroles que Ngiem Kungkeat avait adressées à son épouse avant de quitter le foyer resteront gravées dans la mémoire de ceux qui l'ont connu :

« En tant qu'homme, l'honneur, c'est de ne jamais déserter le front. Je préfère mourir dans le respect des gens que vivre dans leur mépris. »

Son corps a été transporté à l'hôpital de Mongkul Borei, puis transféré au monastère de Chamkar Khnor, à Serei Saophoan, pour des obsèques traditionnelles le 24 décembre 2025.

Une veuve, une orpheline, une nation en deuil

Deng Sokhlouk élève désormais seule leur fille de deux ans. Dans son témoignage recueilli par le projet 817 MJP du Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), elle exprime sa reconnaissance envers le gouvernement royal et les compatriotes cambodgiens qui ont accompagné le deuil de sa famille et honoré la mémoire de son mari.

« En tant qu'épouse du soldat héroïque Ngiem Kungkeat, tombé le 23 décembre 2025 sur le champ de bataille de Chouk Chey, je prie profondément pour que tous les compatriotes gardent à jamais l'héroïsme de mon mari dans leurs cœurs. »

Source : témoignage de Deng Sokhlouk, collecté par Keo Sophy dans le cadre du projet 817 MJP, Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam).

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Télégramme
  • Youtube
  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • X
  • LinkedIn Social Icône
bottom of page