Cambodge & Cinéma : Voir et revoir Beyond Borders, un « mauvais bon film » avec A. Jolie

Beyond Borders (2003) est un long métrage de Martin Campbell qui retrace l’histoire d’amour de deux personnalités, totalement opposées au départ, sur une période de dix ans. Le film commence avec une soirée caritative, où Sarah (Angelina Jolie) danse avec son mari, jusqu’à ce que Nick (Clive Owen) fasse une irruption remarquée et accuse les organismes d’aide humanitaire de lui avoir coupé les vivres.

Émotion

Après ce coup d'éclat de Nick, Sarah se demande alors s’il n’est pas illusoire de soutenir les efforts d’aide humanitaire par de belles soirées de gala et décide d’octroyer personnellement un financement supplémentaire pour le projet de Nick en Éthiopie. Alors qu’elle lui rend visite dans le camp de réfugiés, Nick la traite d’abord avec un mépris amusé puis, se laisse finalement émouvoir par son dévouement envers un enfant famélique qu’il croyait condamné.

Quatre ans plus tard, Sarah, qui travaille à plein temps pour l’ONU, rencontre à nouveau Nick dans un camp de réfugiés cambodgiens. Elle le retrouvera une dernière fois pour une fin tragique en Tchétchénie.

Bien qu’étant servi par un casting honnête et un budget de 35 millions de dollars, le film fut un échec public en salles et fut très rapidement distribué en DVD. Il figurera d’ailleurs durant de longues années dans les « étagères Cambodge » des vendeurs de copies du Marché russe et autres spécialistes de la copie à 1,5 $.

Fin tragique du début

L’œuvre est magnifiquement filmée, l’éclairage et les couleurs expriment avec un joli rendu l’atmosphère des scènes, comblant ainsi un scénario un peu téléphoné. En effet, le spectateur devine assez rapidement que l’histoire d’amour entre les deux personnages finira mal, elle est mariée, a un fils et n’évolue pas vraiment dans son milieu lorsqu’elle tente de suivre son « héros ». Angelina Jolie colle plutôt bien au personnage de « mondaine ONG » sous les tropiques, bien que les critiques ne l’aient trouvée ni convaincante ni à la hauteur du rôle.

Amour éternel

Aussi, lorsqu’ils se retrouvent au Cambodge, les deux protagonistes deviennent soudainement très loquaces sur leur amour éternel, alors qu’il n’existait aucune allusion à cela auparavant si ce n’est les regards langoureux et quasi fleur bleue de l’actrice principale à chaque apparition de Nick. Ce manque dans l’écriture contribue à donner une impression de tiédeur dans leur relation qui se terminera d’ailleurs après la première nuit au cours d’une scène d’explication plutôt cliché.

Clive Owen, lui, campe un humanitaire pur et dur assez convaincant qui justement explique qu’il ne peut s’engager après cette première et dernière nuit. Là aussi, la critique l’a descendu, écrivant :

« Owen n’est pas non plus à sa place. Rien à redire à sa performance, mais, comme pour le personnage de Jolie, une autre star aurait pu accomplir un boulot plus efficace et plus plaisant »

Intentions

Le film présente un certain intérêt dans la mesure où il aborde, peut-être avec trop peu de profondeur les difficultés et l’hypocrisie entourant l’engagement humanitaire. Le discours d’Angelina Jolie lors d’une soirée ONU résumera assez bien les dérives qui méritent d’être dénoncées. C’est justement là que l’on s’y perd un peu, le film oscille entre l’histoire d’amour, l’aventure et l’engagement politique et on se demande finalement quel type d’œuvre le réalisateur a voulu livrer.

À regarder tout de même

Ceci dit, il n’y avait pas à l’époque autant de films produits par des étrangers se déroulant dans le royaume et les scènes cambodgiennes d’ailleurs sont assez réussies. Malgré les défauts de Beyond Borders, on passe tout de même un moment agréable, mais sans trop de surprise, en fait un « mauvais bon film ».

Disponible en version française ici...