Cambodge & Arts : L’artiste peintre Ouk Dara Chan promeut la culture khmère en Ukraine depuis 1995

Depuis près de trois décennies, Ouk Dara Chan fait découvrir l’histoire et la culture du Cambodge à travers ses peintures en Ukraine, pays où il est devenu un artiste reconnu.

Ouk Dara Chan, artiste de 60 ans, et sa peinture. Photo Facebook.
Ouk Dara Chan, artiste de 60 ans, et sa peinture. Photo Facebook.

Depuis 1995, Ouk Dara Chan promeut la culture khmère en Ukraine à travers une collection de près de 20 peintures de la civilisation angkorienne.

L’artiste, âgé de 60 ans, affirme que la peinture demeure sa seule et unique méthode pour faire découvrir la culture cambodgienne au monde entier. Ancien élève de l’École des beaux-arts, Dara Chan a passé près de 30 ans à peindre en Europe après avoir obtenu u

ne bourse pour une maîtrise de beaux-arts en Union soviétique en 1985.

Parcours

Après avoir obtenu son diplôme en peinture, il a commencé à exposer la civilisation et la culture cambodgiennes en Ukraine en 1995. Cette exposition s’est tenue au siège du gouvernement et a attiré l’attention du public ukrainien sur son travail. Il a ensuite eu l’opportunité de devenir professeur d’art à l’école ukrainienne des beaux-arts.

Depuis lors, les expositions de Dara Chan combinent des peintures inspirées des cultures khmère et ukrainienne et ont été présentées jusqu’à ce que la pandémie de COVID-19 entraîne la fermeture de galeries d’art dans le monde entier.

Les expositions, explique Dara Chan, sont en grande partie autofinancées, car il déclare ne pas vouloir vendre les peintures qu’il expose, car elles viennent du cœur et représentent trop pour lui.

« Lorsque j’étais pauvre, le ministère ukrainien de la Défense m’a offert une fois 7 000 dollars pour une peinture, mais je ne l’ai pas vendue, car je ne voulais pas la perdre », raconte Dara Chan.

« Plus tard, ces peintures auront encore plus de valeur pour la culture nationale. Je vends mes tableaux, mais uniquement ceux que les gens m’ont demandé de peindre »

« Les tableaux que je peins moi-même viennent de mon cœur. Par conséquent, je ne les vends pas », ajoute-t-il. « Les peintures sont de la même qualité mais les cœurs sont différents ».

Dara Chan veille désormais sur une cinquantaine de tableaux. 70 % d’entre eux sont inspirés du Cambodge et le reste concerne l’Ukraine. La plupart d’entre eux mesurent plus d’un mètre de haut et leur création a pris entre trois et quatre mois.

L'artiste devant une de ses oeuvres
L'artiste devant une de ses oeuvres

Amour et respect pour le Royaume

« On m’a demandé pourquoi je peignais beaucoup le Cambodge mais pas l’Ukraine », raconte-t-il. « J’ai répondu que je peignais le Cambodge ici, en Ukraine, pour que les habitants en apprennent davantage sur mon pays. Quand je suis rentré au Cambodge, je peignais des sujets ukrainiens pour que les Cambodgiens en sachent plus sur ce pays. »

Dara Chan, qui a quitté le Cambodge il y a environ 36 ans, estime que le fait de vivre dans d’autres pays lui a permis d’apprécier plus que jamais sa culture, notant que sa compréhension de la culture et d’une identité nationale se manifeste, justement, par une absence de culture khmère dans sa vie quotidienne.

« Les personnes vivant au Cambodge ne semblent pas percevoir la valeur de leur culture », fait remarquer Dara Chan.

« Mais ceux qui vivent loin du Cambodge se rendent compte que le Cambodge a un haut niveau de culture. Lorsque j’ai rencontré des Khmers en Ukraine, j’étais aux anges »

Ayant longtemps vécu loin de sa famille, Dara Chan affirme que son travail constitue une démonstration d’amour et de respect pour le Royaume, en particulier pour la période angkorienne, et ajoute qu’il est fier d’avoir créé des expositions qui ont suscité une curiosité pour le Cambodge chez ses admirateurs ukrainiens.

Toutefois, il confie qu’il aime peindre en fonction des événements qui se déroulent en rapport avec l’art et la culture nationale. Les controverses sur Angkor Wat, le temple de Preah Vihear ainsi que le Lakhon Khol entre le Cambodge et la Thaïlande, par exemple, l’ont poussé à peindre pour promouvoir l’appartenance de ces patrimoines culturels au Cambodge.

« Je ne peins pas beaucoup de paysages, car tous les pays en proposent », dit-il. « J’aime peindre l’ère angkorienne puisque seul le Cambodge possède Angkor Wat. Le Royaume, en termes de promotion, perd au profit de la Thaïlande, qui en fait davantage que nous. Certaines personnes disent qu’Angkor Wat appartient à la Thaïlande. Quand je leur dis qu’il appartient au Cambodge, ils ne me croient pas. Alors, je leur suggère de se renseigner davantage. Les Ukrainiens en savent beaucoup plus sur le Cambodge grâce à mon travail. »

Ouk Dara Chan
Peinture d'Ouk Dara Chan

Dara Chan, qui est également instructeur de taekwondo, a rejoint l’Union nationale des artistes d’Ukraine en 2010. Il explique que c’est un grand honneur pour lui, car l’examen d’entrée au syndicat est difficile, ajoutant que pour un étranger, réussir est encore plus rare.

« Vous devez passer huit examens pour devenir membre de l’union », explique-t-il. « Certaines personnes ont passé l’examen 10 à 20 fois mais ne le réussissent toujours pas. Tout le monde veut rejoindre le syndicat parce que c’est un honneur et que nos talents seront reconnus. La plupart des membres sont ukrainiens. »

Dara Chan indique que sa retraite de l’enseignement à l’école ukrainienne des beaux-arts est prévue pour la fin de l’année 2021, de sorte qu’il aura plus de temps pour peindre et promouvoir le patrimoine culturel du Cambodge.

Po Sakun et Teng Yalirozy avec l’aimable autorisation de Cambodianess

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