Cambodge & Interview : Bruno Bogvad, l’engagement fort vers la communauté française

Discret sur la scène, efficace en coulisse, Bruno Bogvad est un expatrié heureux au Cambodge. Très actif au sein de l’AEFC, il a décidé de se présenter aux élections consulaires au Cambodge, qui auront lieu, en théorie, le 30 mai prochain. Avec sa verve du Sud-Ouest, le Bordelais revient sur son parcours et explique les raisons de son souhait d’être élu au poste de conseiller consulaire.

Bruno Bogvad
Bruno Bogvad

CM : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis originaire de Pressac, dans la région de Bordeaux, j’y ai toujours vécu et travaillé avant de m’installer au Cambodge. J’ai poursuivi une carrière au sein du groupe Bridgestone en tant que représentant de secteur. En parallèle, je possédais plusieurs entreprises, deux garages automobiles en fait, l’un à Pressac et l’autre à Draguignan.

CM : Une vocation ou la suite logique de vos études ?

Cette activité dans l’industrie automobile n’avait rien à voir avec mes études. À l’origine, je m’étais lancé dans le droit. Mais, j’étais assez passionné de voitures, j’ai même fait un peu de rallyes automobiles, j’ai donc appris le métier sur le tas.

CM : Dans quelles conditions êtes-vous arrivé au Cambodge ?

À l’âge de 58 ans, en 2010, j’ai quitté Bridgestone et revendu ensuite mes garages. C’est donc quelque temps après que je suis arrivé au Cambodge pour un mois de vacances. J’avais une amie cambodgienne en France qui me parlait beaucoup de son pays.

CM : Quelles impressions ?

C’était extraordinaire, car j’ai d’abord découvert le Cambodge rural et ses souries merveilleux, j’étais à Bavet, près de la frontière avec le Vietnam. J’avais eu l’occasion de visiter Angkor et Sihanoukville, mais je n’avais pas encore mis les pieds à Phnom Penh durant ce premier séjour.

CM : Quand et comment vous êtes-vous installé ?

Je suis revenu une deuxième fois pour trois mois afin d’aider mon amie cambodgienne à construire une maison, toujours à Bavet. Lorsque l’ouvrage a été terminé, j’ai décidé de m’installer dans la campagne alentour. Je me suis alors lancé dans l’élevage de vaches et de porcs dans un tout petit village de 250 habitants tout près de la frontière. Cette vie dans la campagne cambodgienne me plaisait beaucoup. J’étais très bien accepté, beaucoup de villageois me rendaient visite, c’était une ambiance très amicale. Ensuite, j’ai cultivé un peu de riz.

CM : Vous avez, quelques années après, migré vers la capitale

C’est durant cette période qui durera trois ans que j’ai appris à connaitre Phnom Penh. Je m’y rendais de temps en temps pour y effectuer des achats, mais aussi parce que la vie à la campagne avait aussi quelques contraintes. Nous n’avions pas Internet, le téléphone était assez aléatoire, donc c’était un peu compliqué et je venais régulièrement quelques jours à Phnom Penh. J’ai finalement décidé de m’installer dans la capitale, dans le quartier du marché russe. C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance de quelques Français de l’entourage de Victor Rémigi. J’ai donc adhéré à l’association UFE (Union des Français de l’Étranger) et j’en suis devenu trésorier. Je suis également rentré au bureau de l’AEFC (Association d’Entraide des Français du Cambodge).

CM : Étiez-vous déjà impliqué dans le social auparavant ?

C’est dans mes veines de m’occuper des gens, de faire du social. En France, j’étais membre du bureau du seul patronage français qui s’appelle « Les coqs rouges » et situé à Bordeaux. L’objectif de ce patronage est d’inculquer certaines valeurs à la jeunesse. Nous avions 28 sections de sport au sein de cette association. À préciser que son nom n’a aucun lien politique, son origine date du début du 20e siècle alors que les sportifs du patronage portaient des maillots rouges… c’est une association très prospère, qui possède du foncier et un lycée de 400 élèves.

CM : Parlez-nous de l’AEFC et de votre mission

Au sein du bureau de l’AEFC, nous discutons des missions de l’association, comment les organiser, qui peut être disponible pour mener et accompagner une mission ou une autre. Nous nous adressons principalement à des gens dans le besoin, que ce soit au niveau pratique, administratif ou en matière de santé.

À partir de 2015, j’ai commencé à visiter les Français qui étaient emprisonnés dans le pays. L’association est entièrement à l’origine de cette démarche et, j’estimais aussi qu’il quelqu’un avec un « peu de bouteille » pour ce type d’engagement qui n’est pas toujours facile. Nous sommes souvent face à des situations assez dramatiques. Il fut une époque ou nous avions beaucoup de prisonniers à visiter, plus d’une dizaine repartie entre les différentes prisons du royaume.

Nous ne nous occupons pas du problème judiciaire, cela incombe au consulat de France. Nous assurons la liaison des prisonniers avec leur famille, leur apportons de la nourriture et des produits de première nécessité. Si la famille leur envoie de l’argent, nous nous assurons qu’il arrive à destination. C’est important, car les budgets nourriture individuels dans les prisons sont assez limités. Nous avons la chance d’avoir des donateurs comme Kiwi Mart qui nous aident beaucoup à améliorer l’ordinaire de nos compatriotes emprisonnés. En général nous sommes deux pour les visiter et nous les suivons jusqu’à leur libération. Il y a des condamnés que nous avons aidés pendant plusieurs années. Au total, j’aurais visité une quarantaine de prisonniers.

CM : Quelles difficultés et quel accueil de la part des autorités ?

Bien sûr, il y a des cas assez dramatiques et aussi des jeunes un peu « étourdis » qui se sont retrouvés derrière les barreaux. Il faut être prudent, car les peines infligées ici pour de simples consommations de drogue peuvent être bien plus lourdes qu’en France et, procurer une défense convenable aux inculpés est difficile, il y a la barrière du langage et un système judiciaire un peu plus compliqué.

Les autorités des prisons nous reçoivent très bien, il n’y a aucun problème. Nous avons aussi tissé des liens avec la Croix rouge cambodgienne et des associations qui effectuent le même type de travail avec les prisonniers, elles nous ont fait part de leur souhait de travailler avec nous. Cela reste aujourd’hui encore une de mes grandes missions.

CM : Comment vit et fonctionne l’AEFC ?

Nous avons à présent des bureaux rue 154 et assurons une permanence quotidienne. C’est grâce à la générosité de l’entrepreneur Jean-Marc Lopez qui a mis ses bureaux à dispositions que nous bénéficions aujourd’hui de nos propres locaux. Je tiens à le mentionner, car sa générosité ne s’arrête pas au prêt de bureaux, il a également beaucoup contribué à l’AEFC, mais assez discrètement.

Chaque année, nous bénéficions d’une subvention de 2000 dollars de la part de l’ambassade et le reste de nos financements provient événements tels le bal du 14 juillet ou la soirée beaujolais nouveau et de quelques sponsors et mécènes comme la société Kulen, par exemple, qui nous aide chaque année.

Chaque année, nous devons reconduire ces opérations et effectuer cette demande de subvention, nous ne sommes donc jamais certains de nos budgets d’une année sur l’autre.

CM : Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous présenter aux élections consulaires ?

Je me suis décidé l’année dernière, car je n’étais pas certain que M.Remigi présente une liste à nouveau. Il est conseiller consulaire sortant et hésitait plutôt quant à poser sa candidature pour un deuxième mandat.

Ensuite, l’État français a attribué une subvention destinée à aider les personnes dans le besoin en raison des effets économiques du COVID. Il se trouve que la subvention a été partagée entre l’AEFC, l’UFE et l’association français du monde-adfe. Nous, AEFC, tout comme la communauté française, avons beaucoup apprécié le fait de recevoir cette aide, mais, je pense qu’il revenait logiquement à l’AEFC, qui n’a aucune affiliation politique, de gérer cette subvention et les actions mises en place avec cette dotation.

« L’AEFC a montré et continue de montrer depuis de nombreuses années qu’elle assume très correctement son rôle social vers la communauté »

Et, je ne comprends pas pourquoi nous avons dû partager notre rôle alors que l’aide sociale est l’essence même de notre association. Pour moi, il y aurait dû y avoir une concertation pour proposer une action commune. Cela ne s’est pas produit et chacun s’est retrouvé à faire la même chose de son côté. Ce manque de concertation et le souhait d’améliorer cet aspect de l’engagement vers la communauté figurent donc parmi les raisons qui me poussent à me présenter aux élections consulaires.

Également, je souhaite insister sur le besoin de proximité vers les communautés françaises qu’elles résident à Phnom Penh, sur la région côtière ou dans les Nord et Nord-est. Je ne suis pas satisfait de la configuration actuelle en matière d’aide aux ressortissants français en difficulté, certaines régions sont trop représentées et d’autres quasi ignorées. Un conseiller consulaire doit aller régulièrement à la rencontre des gens qu’il représente, quel que soit l’endroit où ils demeurent. Un ressortissant français demeurant à Battambang, par exemple, devra aller à Siem Reap ou Phnom Penh s’il a un souci sérieux. Ce n’est pas ma vision. Sans passer son temps à voyager, un conseiller consulaire doit se montrer disponible et faire l’effort d’aller à la rencontre de ses concitoyens, qui sont aussi ses électeurs, de façon régulière, au moins tous les deux mois.

« Si je suis élu, je discuterai avec les deux autres conseillers pour un « partage territorial » afin que les Français n’habitant pas les grandes capitales ne soient pas oubliés »

Je me présente donc pour apporter un plus dans l’exercice de la fonction. Le conseiller consulaire ne doit pas seulement assister aux diverses commissions et réunions à l’ambassade de France. Je souhaite aussi que la politique soit mise de côté surtout en ces temps difficiles. Chacun peut avoir ses opinions politiques, mais cela ne doit pas influencer l’action du conseiller. C’est pour cela que j’ai choisi des colistiers qui sont connus pour leur engagement social et apolitique, qui connaissent très bien le pays et la communauté française et enfin, sont dévoués.

CM : En dehors des sujets évoqués plus haut, que proposerez-vous ?

D’abord je veux rappeler qu’un conseiller consulaire n’a pas de pouvoir. C’est une position qui a valeur de conseiller municipal. C’est un pont, un rouage entre les Français et le consulat de France. Il doit s’efforcer de résoudre les problèmes qui peuvent se poser dans ce domaine. Je remplirai donc ces obligations tout en restant à l’écoute des Français dans le besoin, avec mes collègues, l’AEFC et le consulat.

CM : Vos impressions sur la campagne et l’engagement qui se profile

Concernant la campagne, j’avoue ne pas trop comprendre ce que je vois sur les réseaux sociaux de la part des autres candidats, car la campagne démarre officiellement le 17 mai 2021 pour se terminer le 28, je crois. Concernant l’engagement et la mobilisation des électeurs au Cambodge, chacun sait que la première élection de 2014 avait connu une adhésion assez décevante. Je crois que la fonction n’était pas très connue, il y avait eu peu de campagne à l’époque et seules deux listes étaient en concurrence.

Concernant cette élection-là, je ne sais pas trop quoi penser, car, malgré une actualité abondante de la part des autres candidats, je crains que les Français du Cambodge aient d’autres choses à penser en ce moment avec les difficultés liées au COVID. Mais, il faut souhaiter que les gens puissent voter, car, sans être une élection hautement stratégique, il s’agit de choisir des représentants qui doivent agir au mieux dans l’intérêt des ressortissants français installés dans le royaume.

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

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