Sports : Mona Tep et la passion du cheval

À l’occasion de la précédente course d’obstacles qui s’est déroulée au Cambodian Country Club de Phnom Penh, Mona Tep, l’énergique présidente de la fédération équestre du Cambodge fait part des ses ambitions pour le développement de ce sport dans le royaume. Entretien :

Mona Tep, présidente de la fédération équestre du Cambodge

CM : En dehors du sport, quelle est votre activité principale ?

Je suis consultante pour des bailleurs de fonds, je travaille aujourd’hui essentiellement dans le secteur de la santé et pharmacologie.

CM : Comment vous est venue la passion du cheval ?

La passion de l’équitation est venue par hasard, lors de balades à cheval en France, tout simplement. J’étais déjà une passionnée de sport. Je pratique beaucoup de disciplines sportives. Puis, j’ai eu envie de mieux maîtriser le cheval pour apprécier ces balades. J’ai donc pris des cours de façon assez régulière. J’adore les chevaux, c’est un sport magnifique. C’était dans les années 1990.

CM : Quand est-vous revenue au pays ?

Je suis revenue au Cambodge fin 1992. La pratique de l’équitation était alors quasi inexistante. C’est compréhensible, le pays était en pleine reconstruction. J’ai eu une vie très privilégiée, il me semblait normal en tant que Cambodgienne de revenir au pays. Nous avions quitté le Cambodge en 1972, sans connaitre vraiment la guerre.

CM : Était-il possible de monter à cheval durant cette époque ?

À l’époque, il me semblait difficile qu’on puisse relancer l’équitation. J’avais mis ce sport vraiment de côté. Mon objectif était de participer à la reconstruction du pays. Il y a effectivement des petits chevaux utilisés pour le transport, mais le cheval dans le royaume était alors très peu monté.

CM : À quel moment ce sport a-t-il décollé ?

La pratique de l’équitation a été relancée grâce à M. Van Sou Ieng qui a créé son centre équestre dans les années 2000. La fédération équestre du Cambodge a vu le jour en 2006, elle a été reconnue officiellement par le Comité national olympique du Cambodge. J’ai intégré la fédération en 2011 comme secrétaire générale.

Compétition au CCC

CM : Avez-vous pratiqué à nouveau ?

En 2009, j’ai recommencé à pratiquer ce sport avec mon fils. J’adore ce sport, mais il faut avoir le temps et ici, j’en manquais. En 1997, je suis repartie du Cambodge pour trois ans. Lors de mon séjour au Gabon durant cette période, j’ai pu monter régulièrement et même participer à quelques concours nationaux là-bas. En revenant au Cambodge, j’étais mère de famille, donc j’avais trop peu de temps, entre mon fils et mes activités professionnelles, de m’adonner à mon sport favori.

CM : Vous vous êtes alors consacrée à l’encadrement…

En 2013, j’ai accompagné l’équipe nationale cambodgienne pour les premiers SEA Games. À l’époque, la fédération ne comptait qu’une quarantaine de licenciés. Grâce au Cambodian Country Club, nous avions une coach anglaise qui a pu entraîner l’équipe. Le Cambodge a pu rayonner un peu et nous avons aussi constaté qu’il y avait un potentiel.

CM : Les Cambodgiens sont-ils naturellement de bons cavaliers ?

Les Cambodgiens ont naturellement de bonnes postures et se sont habitués à monter des chevaux qu’ils ne connaissent pas forcément. Donc, une grande faculté d’adaptation.

CM : Comment se sont-ils comportés durant les premiers jeux d’Asie du Sud-est ?

Nous n’avons pas gagné durant ces premiers jeux ni aux seconds qui se sont déroulés à Singapour. Par contre, pour les jeux suivants en Malaisie en 2017, nous avons remporté une médaille de bronze dans la discipline d’endurance. Ce fut une belle satisfaction et cela nous a encouragés à continuer. Sans compter la fierté de nos cavaliers.

CM : Cela s’est-il accompagné d’une augmentation du nombre de licenciés ?

Nous n’avons pas sensiblement augmenté le nombre de pratiquants, mais la qualité des entraînements s’est considérablement améliorée. Nos cavaliers sont devenus plus matures et plus aguerris.

CM : À propos de financement ?

Nous avons relativement peu de financements. Le CCC nous soutient et avait grandement contribué lors de notre participation au SEA Games. La Fédération équestre nous soutient également.

CM : Développez-vous des programmes de formation ?

En 2007, nous avons mis en place au Cambodge le programme Cheval Avenir. Cela nous permet de détecter et encadrer les jeunes talents. Je tiens à préciser que ces derniers ne viennent pas forcément de milieux favorisés. Nous formons également quelques-uns de ces jeunes aux métiers de l’équitation tels palefrenier, groom, responsable d’écurie ou coach.

CM : Combien il y a-t-il de centres équestres au Cambodge ?

Il y a environ six centres équestres, à Phnom Penh, Siem Reap, Sihanoukville et Kirirom, en comptant aussi ceux qui sont plus axés sur le loisir. La gestion d’un centre équestre n’est pas facile et relativement onéreuse. Il faut aussi beaucoup d’espace.

CM : L’équitation n’est-elle pas perçue comme un sport coûteux un peu en décalage par rapport au pays ?

Effectivement, c’est perçu comme un sport coûteux, mais la fédération veut donner la possibilité aux jeunes talents d’accéder à ce sport. Pour cela nous travaillons aussi avec deux ONG. Ainsi certains rêves peuvent devenir des réalités.

CM : Quel est le rythme d’entrainement des jeunes de l’équipe nationale ?

Les jeunes de l’équipe nationale s'entraînent tous les jours. Ils s’occupent aussi de leurs chevaux, participent à la vie de l’écurie.

CM : Vos ambitions proches ?

Nous souhaitons obtenir quelques médailles pour les prochains jeux, nous y travaillons dur.

CM : En dehors de la compétition, quel pourrait-être l’impact de l’équitation dans le pays ?

Il y a aussi un impact touristique. Il est possible de faire de très belles balades à cheval au Cambodge.

CM : Parlons de prix pour une simple balade…

La fourchette de prix varie entre 30 et 40 $ pour deux heures, donc cela reste raisonnable. Et j’appelle les Cambodgiens, les expatriés et touristes à venir essayer ce sport fantastique.

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

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