Sports & Documentaire : Laurie Phaï, la course en tête

Ce soir-là, l'amphithéâtre de l’école Paul Dubrule a longtemps résonné des applaudissements d’un auditoire venu nombreux. Plus de 200 personnes ont pris place sur les gradins pour assister à la première projection cambodgienne du documentaire « Au-delà du temps », diffusé en présence de l’athlète.

Au cours de ces 56 minutes qui défilent aussi vite qu’un sprint, le réalisateur Andy Collet conte l’incroyable destin de Laurie, ancienne pongiste professionnelle reconvertie dans le trail et le marathon.

« Courir pour les mauvaises raisons »

La carrière de la sportive franco-cambodgienne pourrait se résumer, de prime abord, à une belle success story : une famille aimante, un coach passionné et dévoué, et une pratique de haut niveau qui l’a vue côtoyer les sommets dans les domaines du ping-pong, puis de la course à pied.

Pourtant l’on comprend, dès les premières minutes du film, qu’une fêlure indicible hante la jeune femme. La perte de son deuxième enfant, à la naissance, la pousse à s’investir dans l’une des disciplines sportives les plus exigeantes, celle du marathon.

Transpirer pour ne plus penser, s’infliger des souffrances physiques pour tenter non pas d’oublier, mais d’atténuer l’intolérable souffrance psychique. Son coach, rencontré à l’époque, a tout de suite repéré le potentiel, mais aussi la détresse de celle qui, comme il le déclare, « courait pour les mauvaises raisons. »

Au-delà des maux

« Au-delà du temps » est aussi une histoire de métamorphose. Filmant Laurie Phaï avec une grande sensibilité, Andy Collet nous fait entrer dans l’intimité d’une femme écorchée, mais qui n’a jamais cessé de se battre. Pour son fils Antoine, tout d’abord, qui est l’un de ses plus fervents supporters et qui était présent à ses côtés lors de la projection. Pour son père, aussi, Cambodgien ayant fui les Khmers rouges après trois années passées en captivité, parvenant à s’évader à la veille d’un massacre. « La fierté que je vois dans son regard, notamment depuis que je coure pour le Cambodge, est la plus belle des motivations », déclare-t-elle au cours du documentaire.

Sous les couleurs du Cambodge

Après la période de deuil viennent ensuite les belles surprises, comme ce premier voyage au Cambodge en 2017. Laurie s’inscrit alors au très renommé Ultra Trail d’Angkor. Malgré la chaleur, malgré l’humidité pesante, elle décroche la première place et se voit félicitée par Vat Chamroeun, responsable du Comité olympique cambodgien. La prenant en aparté, ce dernier fait une proposition qui ne manque pas de désarçonner l’athlète : représenter le Cambodge aux JO de Tokyo 2020. Le documentaire prend alors la forme d’un compte à rebours, narrant les épreuves affrontées par Laurie qui, bien sûr, a accepté de relever le défi. En s’impliquant sans compter, la coureuse se nourrit d’une énergie particulière, d’une pression, d’une atmosphère qui la motivent.

Rendez-vous aux SEA Games

Très émue, Laurie Phaï est ensuite montée sur scène, en présence de son fils, pour répondre aux nombreuses questions du public. Son exemple a visiblement motivé la jeune génération, qui lui a demandé moult conseils afin de pratiquer la course de fond. Le film « Au-delà du temps » sera de nouveau diffusé au Cambodge en juin, à Phnom Penh, et Laurie a devant elle une année chargée en événements sportifs.

Il y a quelques jours à peine, l’athlète s’est brillamment qualifiée pour les prochains SEA Games, qui se dérouleront en mai au Vietnam, battant au passage le record national. Laurie Phaï, avec son dossard du Cambodge, participera aux épreuves des 5 000 et 10 000 mètres. Elle retrouvera Siem Reap en février 2023 pour l’Ultra Trail d’Angkor. Au fil du temps, Laurie court, finalement, « pour les bonnes raisons. »


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