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Siem Reap & Parcours : Hervé Saquet, à la poursuite de ses rêves

Certains connaissent Hervé, d’autres ont côtoyé Strawberry Rose, tandis que quelques-uns se souviennent de Madame Bourgeoisie. Une seule et même personne aux personnalités différentes avec, comme dénominateurs communs, un optimisme à toute épreuve et une inépuisable envie de prendre la vie du bon côté.

Confortablement installé dans un café branché de la ville, Hervé Saquet s’étonne tout d’abord à l’idée que l’on veuille écrire un article le concernant. Et pourtant ! Cette figure marquante de Siem Reap ne manque certainement pas d’intérêt. Sa personnalité, ses idées, son sens de la fête et de l’amitié, son parcours, tout concourt à faire de ce Normand la figure centrale d’un portrait, sinon d’un roman.

À la conquête de la capitale

Lyons-la-Forêt compte peut-être parmi les « plus beaux villages de France », mais cela peut-il suffire à retenir un jeune homme dont les rêves voguent bien au-delà de l’horizon ? Comme beaucoup, il gagne la capitale, en quête d’une vie qu’il veut riche et animée, loin de la quiétude d’un hameau qui ne compte que quelques centaines d’habitants.

« Je me suis rendu à Paris après le service militaire, afin de vivre pleinement ma vie et ma sexualité. J’ai trouvé une place dans une boutique de décoration et de vêtements pour hommes, rue Saint-Honoré. C’était une période formidable, marquée par l’amitié, les rencontres, une grande satisfaction éprouvée pour mon travail, des sorties… Cette époque était celle de la rue Sainte-Anne, des bars gays, du Palace, du Privilège… J’ai beaucoup fréquenté ces lieux. »

Un voyage décisif

Passionné par l’architecture et le design, Hervé tombe un jour en arrêt devant une photographie de l’opéra de Sydney. Le voilà en quête d’un Eldorado australien, dont le Saint-Graal serait la contemplation, de visu, de cet ovni architectural tant admiré. Prenant comme prétexte l’apprentissage de la langue de Shakespeare, le voilà parti concrétiser son rêve océanien.

« Dès que j’ai atterri en Australie, je me suis précipité pour voir enfin ce bâtiment. J’en ai eu les larmes aux yeux, cet instant restera à jamais gravé dans ma mémoire. Cette fascination pour cet opéra depuis lors n’a jamais cessé, au point que je souhaiterais qu’à ma mort, mes cendres soient dispersées à ses pieds. »

S’il omet de préciser si ce séjour lui a permis d’améliorer son anglais, ses souvenirs n’en demeurent pas moins vivaces à l’évocation de la grande barrière de corail, d’Ayers Rock, ou de la frénésie s’emparant de Sydney lors d’un mémorable Mardi-Gras. « La période n’était pourtant pas la meilleure pour un français… Le souvenir du Rainbow Warrior hantait encore les esprits, de même que les essais nucléaires de Mururoa. Obtenir un visa sur le long terme relevait du tour de force. Heureusement, une magnifique rencontre m’a laissé entrevoir d’autres horizons. Une amitié très forte avec un Australien, dont le frère habitait à Londres, m’a fait réfléchir sur l’opportunité de visiter l’Angleterre. Nous voilà donc débarquant dans une ville où je suis finalement resté 25 ans, et dans laquelle je résiderais toujours si la météo était identique à celle du Cambodge. Une ouverture d’esprit hors du commun, une liberté loin de la mentalité française souvent étriquée, des rencontres et des expériences incroyables m’ont à tout jamais marqué. »

Écouter son cœur

L’une des philosophies d’Hervé, peut-être la plus importante, en tout cas celle qui aura toute sa vie dicté sa conduite se résume à quelques mots : toujours écouter ses désirs, ne jamais se forcer à faire ce que l’on ne veut pas, et rester fidèle à soi-même. De ce point de vue, son parcours, qui peut paraître chaotique au premier abord, prend alors tout son sens. Une fois débarqué à Londres, Hervé trouve un emploi d’agent d’entretien au Westminster Hospital, par le biais bienveillant de bobbies croisés par une nuit chancelante, mais néanmoins chanceuse.

L’anecdote vaut d’être contée tant elle semble improbable. « Figurez-vous un jeune homme un peu déprimé, qui peine à trouver un travail, et qui promène son désespoir dans la City à deux heures du matin. Des policiers m’interpellent, me demandant pourquoi je ne porte qu’un t-shirt et un short. Question saugrenue, à laquelle je réagis un peu violemment. Je leur explique ensuite mon désarroi professionnel, mes doutes, et nous nous sommes mis à discuter entre gentlemen. L’un d’entre eux a griffonné une adresse et un numéro de téléphone : c’était le précieux sésame qui m’avait manqué jusqu’alors. Quelques jours plus tard, et grâce à lui, j’étais embauché dans cet hôpital du centre de Londres. »

Kilts sur Carnaby Street

La période londonienne d’Hervé se révélera riche en activités. « Il m’est arrivé des milliards de choses, toutes plus incroyables les unes que les autres. Des rencontres fabuleuses, une vie nocturne trépidante, des fêtes, mais aussi des métiers aussi divers que variés. Professionnellement parlant, deux choses émergent de ces années. Une carrière d’enseignant, qui s’est décidée après une formation multimédia. On m’a appris à utiliser des outils de création tels que Photoshop, Maya, Illustrator… Suivant l’adage “Si vous êtes capable de l’utiliser, vous êtes capable de l’enseigner”, je me suis retrouvé à expliquer l’usage de ces logiciels à des étudiants indiens et pakistanais. Ce fut une étape importante dans ma vie. Être au contact de ces jeunes créatifs et motivés m’a donné la force de me montrer à mon tour créatif et motivé. Je vous ai dit que le design m’avait toujours intéressé, mais le fait d’être complètement nul en dessin m’a longtemps empêché de concrétiser mes projets. Lorsque j’ai découvert les possibilités quasi infinies offertes par les outils numériques, toutes sortes d’idées ont pu se matérialiser. J’ai imaginé une série de kilts originaux, et nous avons, avec un partenaire, lancé une marque et une boutique sur Carnaby Street. Je suis fier de Guilty Kilts, des créations que nous avons présentées, des défilés complètement fous que nous avons organisés, notamment celui du Heaven, le plus vieux club londonien. Et un autre, lui aussi mémorable, à Ibiza. Que de merveilleux souvenirs ! » En parallèle, il fréquente le monde de la nuit, où il peut à sa guise se transformer en « Madame Bourgeoisie », son surnom de drag queen. « J’ai toujours eu envie de me travestir, et le faisais déjà en France, mais de manière discrète. En Angleterre, tout était tellement plus facile ! Madame Bourgeoisie est née là-bas, dans l’ambiance enfiévrée des clubs londoniens. »

Une villa, de la scène et des chapeaux

Toujours à suivre ses rêves, Hervé, quelque peu rincé par les frimas londoniens, songe à découvrir de nouveaux climats. Il rêve d’Amérique, le voilà au Cambodge, où il tombe sous le charme d’un pays qui le séduit immédiatement. Il y trouve un emploi de créateur artistique à Artisans d’Angkor, avant de suivre son compagnon Stéphane dans l’idée folle d’une maison d’hôtes uniquement réservée aux hommes. « 3 Monkeys Villa a été une belle aventure, mise à mal par l’arrivée du Covid. Depuis, l’hôtel a été transformé en un Airbnb plus classique et tout public. Mes activités présentes se répartissent entre la gestion hôtelière et les spectacles que je donne sous le nom de Strawberry Rose.

Fini Madame Bourgeoise, nouveau pays, nouveau nom ! Je me suis produit au Barcode, avec chaque mois des soirées à thème. Faire rire les clients, partager des moments de joie et de complicité avec eux, les faire monter sur scène… J’adore ça ! Revêtir le costume de Strawberry Rose me permet aussi de faire tomber une certaine réserve, de faire des choses que je ne ferais pas en tant qu’Hervé. Je déborde de projets, et souhaite organiser encore plus d’événements festifs et caritatifs. Je reste aussi créatif, avec la confection de chapeaux délirants, qui correspondent au thème de la soirée dans laquelle se produit Strawberry Rose. C’est un bon moyen de faire travailler l’imagination, de faire rire et de surprendre les gens. Autant de choses que j’ai toujours aimé faire. »


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