Siem Reap & Parcours : Antony et Étienne de Cruise Production, le Cambodge dans le viseur

Leurs documentaires ont fait le tour des télévisions et contribué à promouvoir une image du pays bien éloignée des poncifs habituels. Depuis 4 ans, Étienne et Antony tournent sans relâche pour la télévision tout en réalisant reportages photos et travaux multimédia. Rencontre avec deux personnages hauts en couleur animés de passions communes : leur métier et le Cambodge.

Dans l’équipe, Étienne Boisson tient la caméra…
Dans l’équipe, Étienne Boisson tient la caméra…

Regain d’intérêt envers le Cambodge

Leur petite entreprise ne connaît pas la crise, et les deux comparses de Cruise Production débordent d’activités. En plus de s’être forgé, en quatre années d’existence, une solide réputation dans leurs domaines respectifs, Étienne et Antony bénéficient du regain d’intérêt dont font preuve les médias occidentaux envers le Cambodge. « Pendant longtemps, le pays n’a été pour les médias étrangers synonyme que de deux choses : Angkor et les Khmers rouges. Ce sont indéniablement des composantes très importantes de l’histoire du pays, mais cela s’avère réducteur et ne reflète en rien toutes les richesses et problématiques liées au royaume. »

… tandis qu’Antony s’occupe du drone, des photographies et du travail en post-production
… tandis qu’Antony s’occupe du drone, des photographies et du travail en post-production

Des tournages à la chaîne

Pour illustrer ces propos, un rapide coup d’œil aux productions réalisées par la société pour des chaînes telles que TF1, France 5, M6 et Arte révèle toute l’ampleur des thèmes abordés : archéologie, histoire, culture, traditions, actions d’organisations non gouvernementales et nature y occupent une place prépondérante. Autant de sujets qui s’invitent dans la petite lucarne des téléspectateurs francophones, leur faisant ainsi découvrir de nombreuses facettes jusqu’ici restées dans l’ombre. Leurs dernières réalisations en témoignent : une série de 8 reportages pour l’émission d’Arte « Invitation au voyage », un documentaire retraçant la restauration du temple angkorien du Mebon Occidental ainsi qu’une vidéo pour l’ONG « Toutes à l’école » portée par Tina Kieffer.

« On voit parfois des choses assez dures dans notre travail, notamment lorsque nous travaillons pour des organisations venant en aide aux plus démunis »

« Lors d’un tournage pour “Happy Chandara”, nous avons demandé à une petite fille des bidonvilles ce qui lui manquait le plus en ces temps de Covid. Nous ne nous attendions absolument pas à la réponse qu’elle nous a donnée : des livres. Cet enfant manquait de tout, mais ce sont les livres qui lui semblaient le plus important. Cette petite nous a profondément émus », confie Antony. Étienne s’empresse d’ajouter : « Mais l’histoire ne s’arrête pas là : le reportage a été diffusé et la séquence de la petite fille a été conservée, ce qui a entraîné de nombreux dons. En conséquence, un “biblio-tuktuk” a pu être mis en place, qui dessert le quartier et permet à des centaines d’enfants de ne pas rester à l’écart de l’éducation. Lorsque de telles histoires se produisent, en partie grâce à notre travail, cela nous remplit d’une joie indescriptible. »

« Pour qu’un travail soit réussi, il faut y mettre son cœur et ses tripes »

Car pour réaliser leurs reportages, Étienne Boisson et Antony Holvoet s’investissent pleinement : « Il s’agit d’un métier physique, qui nécessite plus d’endurance que ce qu’on ne pense : rester des jours et des jours sous le soleil à effectuer de longues marches en transportant notre matériel n’est pas de tout repos », précise Étienne, qui doit composer avec une caméra pesant près de 10 kilos. « Il faut aussi posséder une certaine vision artistique, mais aussi technique », ajoute Antony, qui gère quant à lui la photographie, le drone et la post-production. « Mais plus que tout, pour qu’un travail soit réussi, il faut y mettre son cœur et ses tripes, sans ça, on n’a rien » s’accordent à dire les deux amis, qui se sont rencontrés à Siem Reap et s’entendent à merveille, chacun apportant sa touche de complémentarité. Tout à la fois réalisateurs, fixeurs, interprètes et conseillers techniques et culturels, les fondateurs de Cruise Production sont devenus les meilleurs représentants d’un Cambodge qu’ils chérissent plus que tout.

Le grand saut

Avant de créer leur entreprise, les deux amis ont emprunté des itinéraires certes différents, mais qui ont en commun de les avoir chacun menés à Siem Reap. Antony Holvoet se souvient de ses années « avant Cambodge » : « Je travaillais pour une agence de publicité de la région lilloise, qui avait comme clients de grosses entreprises telles que Publicis. Je gérais surtout la partie technique, avec comme tâche de “faire de belles images”, dirigeant pour cela les photographes et m’occupant de la retouche. Je me suis aperçu du succès que nous avions lorsque j’ai remarqué, en me promenant dans une galerie marchande, que la plupart des affiches décorant les vitrines venaient de notre agence.

Mais après 7 ans, une certaine lassitude s’est installée, que je tentais d’atténuer en pratiquant mes deux passions : le parachutisme et le voyage. J’avais à l’époque découvert le Cambodge, m’étais pris une énorme claque et y retournais le plus fréquemment possible. C’est alors qu’une idée a germé, pour devenir de plus en plus obsessionnelle : venir m’installer ici et proposer des vols en ULM. J’ai vendu ma maison, passé mon brevet de pilote, acquis un appareil et suis venu m’installer à Siem Reap. Des difficultés pour trouver un terrain m’ont contraint à abandonner, du moins provisoirement, les vols en ULM, mais la pratique de la photo m’a amené à rencontrer Étienne et à élaborer de nouveaux projets professionnels. »

Du documentaire, mais pas n’importe lequel

Ce sont les mêmes raisons qui ont poussé Étienne Boisson à migrer au Cambodge, à savoir une incroyable attraction envers ce pays et l’envie de changer son quotidien. « Je suis passé par une école de cinéma à Paris et me suis très vite intéressé au documentaire, qui est une forme rapide à mettre en œuvre, nécessitant une équipe réduite et qui permet de générer du contact avec les personnes que l’on filme. J’étais aussi batteur dans un groupe et en profitais logiquement pour filmer les concerts et leurs coulisses. Après avoir effectué des reportages aux Francofolies et à Solidays, je n’ai plus voulu faire autre chose !

À 20 ans, quand j’ai eu assez d’argent de côté, j’ai préféré m’acheter une bonne caméra plutôt qu’une bagnole, ce qui m’a permis de me professionnaliser encore plus. » Les premiers engagements le mènent vers le milieu de la mode, « Une période très formatrice, mais qui ne m’intéressait pas vraiment. Je voulais à l’époque réaliser du documentaire animalier. Et surtout, je ne cessais de penser au Cambodge, un pays qui m’avait profondément marqué lorsque j’y avais effectué un stage pour l’École du Bayon. À force d’y réfléchir, je me suis décidé à venir travailler à Siem Reap. Les contrats se sont enchaînés et c’est en croisant la route d’Antony que ma carrière a pris une nouvelle tournure. »

70 documentaires tournés en quatre ans

Depuis la création de l’entreprise en 2017, Cruise Video a réalisé pas moins de 70 documentaires, tandis que la création de logos, de sites web, le graphisme et la photographie reviennent à l’entité Cruise Media. « Nous tâchons de diversifier nos activités et de proposer des choses parfois assez pointues, comme par exemple la photogrammétrie. »

Le lendemain de l’entretien, Antony prendra la route de Phnom Penh afin d’accomplir une mission de deux semaines au sein du Musée national, mettant son savoir-faire au service de l’art angkorien. « La photogrammétrie consiste à prendre une multitude de clichés d’un objet, en l’occurrence des statues. Une fois cet objet photographié sous tous ses angles, les images en haute résolution sont assemblées dans un logiciel afin d’en créer une représentation en 3 dimensions. Le travail ainsi effectué servira de base à une grande exposition qui débutera en février aux États-Unis et fera le tour du monde pendant 5 ans. »

Duo de choc

Des salles de musée climatisées à la jungle profonde, l’aventure ne fait pas peur au duo, qui avoue avoir eu à affronter des situations parfois cocasses dont l’évocation les rend hilares. Nuit passée à essayer de dormir sur le sol d’un hôpital de campagne pendant qu’une femme accouchait dans la pièce d’à côté, drone périlleusement récupéré au sommet d’un arbre par l’intrépide Étienne, charge d’éléphants dans le Mondolkiri ou coup de chance exceptionnel lorsque des gibbons viennent rendre visite à l’équipe lors du dernier jour d’un tournage.

« D’autres souvenirs se montrent plus douloureux, certains engagements s’avérant particulièrement bouleversants »

« Il y a des tournages qui ne nous laissent pas indemnes, avouent Étienne et Antony »

On en ressort changés et profondément marqués. Mais on sait que notre métier a son utilité, que nos images vont être vues, qu’elles vont servir à lever des fonds ou à donner envie de visiter le pays, bref, qu’elles auront des conséquences positives. »

La prochaine étape consistera à élargir l’équipe et à former du personnel, tout en continuant d’enchaîner leurs prestations habituelles. Sans jamais se lasser : « C’est un métier-passion. Si on veut faire de belles images, il faut être amoureux du pays, c’est une chose pour laquelle on ne peut pas mentir. »

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