Siem Reap & Musique : Diego Dimarques, hymne à la guitare

Comment faire pour supporter une longue période de chômage forcé ? Le chanteur et guitariste de Siem Reap Diego Dimarques a apporté sa propre réponse à cette épineuse question, décidant d’employer ces vacances forcées à la réalisation d’un projet pour lequel il n’avait jusqu’alors jamais eu de temps à consacrer : l’enregistrement de disques.

Diego Dimarques

Si l’on énumère les professions durement touchées par la crise actuelle, celles d’hôtelier, restaurateur et autre tour opérateur viennent spontanément à l’esprit. Pourtant, les musiciens se trouvent eux aussi impactés par l’inexorable recul des activités. Diego Dimarques est bien placé pour en témoigner, puisque le restaurant d’hôtel dans lequel il se produisait régulièrement a fermé ses portes en mars dernier. Pour encore combien de temps ? Nul n’étant à même de le prédire, le musicien s’est alors résolu à concrétiser l’un de ses vieux rêves.

Il lui aura fallu pour cela s’enfermer trois mois durant, confiné plus ou moins volontaire entouré de ses instruments et de son inspiration. Le résultat de cet élan créatif tient en deux galettes de 12 centimètres chacune, deux CD sur la pochette desquels l’artiste pose avec son inséparable guitare. Deux opus, l’un en français, l’autre en espagnol, soient 29 titres au total, la plupart étant des compositions originales. Seules quelques incontournables reprises y figurent, signées Cesária Évora, Stevie Wonder et Gipsy Kings. Autant de morceaux qui comptent beaucoup pour cet artiste, et qui l’auront accompagné durant une grande partie de sa carrière débutée au mitan des années 80.

Diego Dimarques

Références exigées

« La personnalité de mon grand-père maternel, qui était Espagnol et guitariste, a probablement influencé certains de mes goûts et de mes choix. À 12 ans, j’ai décidé d’apprendre la musique, le piano tout d’abord, mais j’ai très vite choisi la guitare comme instrument de prédilection. Ce n’est pas, au contraire de beaucoup d’ados, une admiration folle pour les “guitar heroes” de l’époque qui m’a poussé vers cet instrument. Au contraire, je n’ai jamais éprouvé de véritable fascination envers les gestes purement techniques. Mes idoles ont toujours été des artistes tels que Paco de Lucía, João Gilberto, Santana, Antônio Carlos Jobim ou Gilberto Gil.

Sans oublier les Beatles : comment ne pas avoir envie de prendre sa guitare et de tenter de reproduire les accords de l’une de leurs chansons, Let it Be par exemple ? Tous ces gens m’ont à la fois donné envie d’apprendre la musique et ont orienté ma façon de jouer. Peu à peu, d’autres admirations sont apparues, et mes morceaux sont souvent, d’une manière ou d’une autre, des hommages à Brel, Brassens, Aznavour, Lavilliers, Nougaro, Cabrel, Souchon, Jonasz… Autant d’artistes que l’on ne peut ignorer quand on aime la chanson française ».

Une vie consacrée à la musique

Cette chanson française, Diego l’aime forcément, au même titre que les rythmes latino, ces deux ingrédients faisant partie intégrante d’une sensibilité musicale à cheval entre l’Hexagone et l’Ibérie. Très jeune, Diego est amené à monter sur scène et opte vite pour une carrière musicale. Pouvait-il en être autrement ? « Ne sachant pas trop quoi faire, j’avais d’abord pensé à m’orienter vers la coiffure, mais me suis vite rendu compte que ce n’était pas pour moi. Après le service militaire, ma tante, qui tenait un restaurant, m’a encouragé, pour ne pas dire obligé, à assurer le spectacle dans son établissement. J’y ai vite pris goût ! ». Fort de cette assurance nouvellement acquise, Diego Dimarques se fait connaître dans les quartiers République et Bastille, où il trouve un vivier de bars et de restaurants prêts à l’engager, seul ou en groupe.

« C’était la grande époque du Top 50, le public nous demandait de reprendre les titres à la mode, Yaka Dansé, Les Yeux revolver, À toutes les filles…»

Le répertoire se renouvelait très vite ! En parallèle, nous reprenions beaucoup de titres des Gipsy Kings, qui connaissaient un grand succès à ce moment-là. Ce sont d’excellents morceaux, qui mettent beaucoup d’ambiance et qui sont extrêmement plaisants à jouer. Quand on a la vingtaine, qu’on aime la musique et le contact avec le public, et qu’en plus on touche un “Pascal” par prestation, on ne pense qu’à continuer ! C’était encore un peu la vie de bohème, et la véritable carrière professionnelle n’a commencé que vers l’âge de 30 ans, lorsque j’ai été engagé de manière régulière dans les piano-bars de la Côte d’Azur. En plus d’offrir un boulot fixe et bien rémunéré, cette opportunité m’a permis d’élargir mes connaissances musicales afin de m’adapter aux exigences des consommateurs. Il faut toujours être en mesure, lorsque l’on pratique ce métier, de pouvoir répondre instantanément au public, qui peut être très divers. Lors de ma période cannoise, j’enchaînais parfois les concerts au Carlton et au camping du coin. Les attentes étaient forcément différentes, mais je peux vous assurer que la joie de monter sur scène était pour moi exactement la même ».

Le pari du Cambodge

Cette carrière, Diego Dimarques l’a poursuivie jusqu’en 2011, année au cours de laquelle il découvre l’Asie. La Thaïlande tout d’abord, puis le Cambodge. Avec, comme dénominateurs communs à ces voyages, l’amitié, qui le pousse par hasard dans ces deux contrées.

Diego Dimarqués lors de la semaine française de Siem Reap

Nous sommes alors en juillet et, sans trop chercher, il décroche un engagement pour la soirée du 31 décembre suivant. Pourquoi pas tenter sa chance ici, d’autant plus que ses contrats parisiens sont en passe d’expirer ? Le cachet pourra déjà contribuer à régler une partie des frais du voyage… C’est ainsi que Diego a débarqué au Cambodge, un jour de décembre 2011, se donnant un an pour réussir son pari. Neuf années plus tard, sa voix ainsi que ses accords de guitare rythment toujours les nuits cambodgiennes. Que ce soit en concert ou, maintenant, sur les platines de ses auditeurs.

Le Temps qui passe

Extrait :

Les disques de Diego Dimarques sont disponibles à Siem Reap auprès de quelques points de vente, tels que le Barrio ou l’Alliance Française. L’artiste peut aussi être contacté directement via sa page Facebook https://web.facebook.com/rescourio

Par Rémi Abad

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