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Siem Reap & Gestion des déchets : Transformer le plastique en essence, de grandes perspectives

Peut-on rêver que le plastique, créé à base de pétrole, soit transformé en pétrole une fois son usage terminé ? M. Tomoaki Ito, créateur de l'entreprise One World, vient d'en faire la brillante démonstration, laissant entrevoir de grandes perspectives environnementales par l'application du procédé de pyrolyse.

Tomoaki Ito, président de l’entreprise One World et créateur du système Urban-Rig
Tomoaki Ito, président de l’entreprise One World et créateur du système Urban-Rig

La démonstration tiendrait presque du tour de magie. L’assistance est venue nombreuse afin d’admirer la curieuse machine de M. Ito, ingénieur japonais, président de l’entreprise One World.

Debout devant sa création faite de tuyaux et de cuves, l’inventeur explique les principes de son URB-10, tandis que ses collaborateurs s’activent en tournant molettes et vannes. Une fois la porte du compartiment principal ouverte, un transpalette vient y déposer sa charge de matières plastiques qui sera, au bout du processus, transformée en carburant, en huile et en charbon. Le tout sans émission de dioxyde de carbone. Tomoaki Ito est fier de sa création, et pour cause : celle-ci pourrait permettre de réduire l’impact écologique des matières plastiques, véritable poison environnemental dont il est si difficile de se débarrasser.

« Bientôt plus de plastique que de poissons dans l’océan »

La démonstration s’est effectuée dans les locaux de l’entreprise GAEA. Gérant la collecte des déchets dans la ville de Siem Reap et ses alentours, l’entreprise aux camions verts avait mis les petits plats dans les grands afin de recevoir des visiteurs de marque, qui tous placent de grands espoirs dans l’usage d’un système déjà éprouvé et déployé avec succès dans des localités pilotes. « Il y a urgence, a déclaré Jacques Pellet, ambassadeur de France au Cambodge. D’ici 2050, si rien n’est fait, il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons. Aujourd’hui, seulement 15 % du plastique est recyclé », a-t-il ajouté, précisant que l’Ambassade de France était prête à soutenir le déploiement d’un tel procédé au Cambodge.

L’ambassadeur Jacques Pellet a assisté à la démonstration aux cotes de Jean-Baptiste de Seze, directeur adjoint de GAEA
L’ambassadeur Jacques Pellet a assisté à la démonstration aux cotes de Jean-Baptiste de Seze, directeur adjoint de GAEA

300 tonnes de déchets collectées chaque jour

L’intérêt manifesté par GAEA envers l’entreprise One World et son procédé remonte à quelques années. Fréquentant les forums et colloques internationaux, Jean-Philippe Lepage et Jean-Baptiste de Seze, respectivement directeur et directeur adjoint de l’entreprise, prennent connaissance de cette innovation et perçoivent immédiatement les avantages qui peuvent en être tirés.

M. Lepage indique que « Actuellement, 300 tonnes de déchets sont collectées chaque jour à Siem Reap. Suite au retour des touristes, nous prévoyons d’ici un an une collecte quotidienne comprise entre 500 et 600 tonnes, incluant environ 30 % de plastique. » L’entreprise GAEA est actuellement en train de lever les fonds nécessaires à l’acquisition d’une machine utilisant ce procédé, machine qui se décline en plusieurs modèles dont la capacité de traitement varie de une à deux cents tonnes par fournée.

Déchets plastiques compressés
Déchets plastiques compressés

L’exemple de Koh Samet, une île sans plastique

C’est donc l’URB-10 qui a été l’objet de toutes les attentions, plus petit modèle de la gamme, facilement transportable par camion ou container. Un système identique a été récemment déployé en Thaïlande, à Koh Samet, visant à débarrasser l’île de ses déchets plastiques.

Très prisée par les touristes, la petite localité de 3 000 habitants envoyait auparavant ses détritus vers le continent, où ils étaient enfouis ou incinérés. Depuis qu’elle est déployée, la machine permet de traiter les plastiques jetés par les établissements touristiques, mais aussi ceux régulièrement drossés sur le rivage. Après traitement, le combustible pétrole produit par les plastiques est distribué aux habitants, créant ainsi un cercle vertueux en encourageant le ramassage et le tri.

L’Ambassade de France est prête à soutenir le déploiement d’une telle machine. Parallèlement à cela, un procédé identique sera utilisé à Paris lors des prochains Jeux olympiques
L’Ambassade de France est prête à soutenir le déploiement d’une telle machine. Parallèlement à cela, un procédé identique sera utilisé à Paris lors des prochains Jeux olympiques

Le principe de la pyrolyse

La pyrolyse s’effectue grâce à l’injection, dans une cuve privée d’oxygène, d’un flux de vapeur atteignant les 600 degrés. Sous de telles conditions, les matières plastiques se transforment en gaz, qui subit plusieurs étapes de filtration permettant de produire, puis de séparer essence, gasoil, huile et charbon. Sur la tonne de déchets que peut traiter le petit URB-10 en une étape, environ 600 litres d’hydrocarbures seront obtenus, sous forme de diesel et d’essence.

Une petite partie de cette production est réinjectée dans la machine, qui assure ainsi son auto-alimentation. En plus de valoriser les déchets plastiques, ce procédé évite l’émission de CO2 et accepte tous types de plastiques, des emballages aux pneus, sans qu’il soit nécessaire de les nettoyer au préalable. Des essais seront prochainement effectués sur les déchets médicaux et industriels.

S.E. Prakot PIN, vice-gouverneur de la province de Siem Reap, a rappelé l’importance et les enjeux du tri
S.E. Prakot PIN, vice-gouverneur de la province de Siem Reap, a rappelé l’importance et les enjeux du tri

Une solution qui permettrait d'éviter l'enfouissement

Jusqu'à présent, les déchets récoltés à Siem Reap sont enfouis sur plusieurs zones, mais la démonstration effectuée par l'entreprise One World laisse entrevoir une nouvelle manière de les traiter. L'acquisition d'un système utilisant la pyrolyse est envisagée, en plus de la mise en place de points de collecte sélective et l'installation d'un centre de tri, précise Jean-Philippe Lepage, qui souhaite aussi valoriser le recyclage du verre.

Présente encore quelques semaines dans les locaux de GAEA à des fins démonstratives, l'URB-10 poursuivra ensuite son chemin vers d'autres villes du Cambodge, et ce grâce à la municipalité de Kitakyushu. Très impliquée dans la préservation de l'environnement, la ville japonaise a financé le transport de la machine et pris en charge les frais de douane inhérents.

Cette démarche s'inscrit dans un partenariat initié en 1999 avec la ville de Phnom Penh pour faciliter l'accès à l'eau potable, et se poursuit actuellement en faveur du traitement des déchets. L'enjeu des plastiques et de leur collecte constitue l'une des préoccupations majeures de ce siècle, qui peine à réduire sa consommation et la pollution qui en résulte.

L’URB-10, petite machine pouvant tenir dans un container
L’URB-10, petite machine pouvant tenir dans un container

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