Siem Reap : Des cours de natation pour les handicapés, les nourrissons et les enfants

Bien qu'elle soit partiellement paralysée par la polio depuis son enfance, Chay Thida adore nager et, aujourd'hui, c'est une nageuse accomplie grâce au Survival Swim Club.

Ek Samedy apprend à un bébé à être à l'aise dans l'eau dans une piscine de Siem Reap. Photo fournie
Ek Samedy apprend à un bébé à être à l'aise dans l'eau dans une piscine de Siem Reap. Photo fournie

« Au début, je pensais que sans l’usage d’un bras et d’une jambe, je ne pourrais jamais le faire, mais j’ai été inspirée par des vidéos d’amputés et de nageurs paraplégiques. Je me suis dit que j’avais un bras et une jambe valides, alors pourquoi ne pourrais-je pas nager aussi ? », raconte Thida, qui a aujourd’hui 33 ans.

« J’ai décidé de m’inscrire à des cours de natation. Le premier cours était vraiment effrayant, car il était différent de ce que j’avais appris par moi-même — apprendre à respirer correctement et à être à l’aise était difficile », dit-elle.

Perfectionner ses techniques de respiration et apprendre à utiliser tous ses muscles pour se propulser dans l’eau a été un sérieux défi pour elle, mais elle a atteint son objectif. Après presque un an de cours, Thida est une bonne nageuse et ne risque pas la noyade.

Selon un rapport obtenu par nos partenaires du Post, au cours des neuf premiers mois de 2022, 18 Cambodgiens se sont noyés, dont deux agents du gouvernement qui ont perdu la vie en sauvant deux enfants.

Outre les risques pour le grand public, l’état de Thida explique en partie pourquoi le Survival Swim Club a été créé en 2018. Le club fonctionne à Siem Reap, Phnom Penh et Battambang. Ek Samedy, 34 ans, le fondateur du club, explique :

« Le principal problème est le manque de sensibilisation à l’apprentissage de la “protection contre la noyade”, en particulier au Cambodge, un pays riche en systèmes aquatiques. »

En plus de gagner sa vie en donnant des cours de natation à tout le monde, des nourrissons aux adultes, il voit des possibilités d’aider la société en formant les enfants handicapés — et les personnes vulnérables — à se sentir à l’aise dans l’eau.

Samedy a suivi une formation auprès de la Fédération khmère de natation à Phnom Penh et une autre en Thaïlande. Il est récemment rentré de Bangkok, où il a appris les techniques de sauvetage.

Redonner à la communauté

« Bien que mon club soit privé, nous faisons beaucoup pour rendre service à la communauté. Nous ne pensons pas seulement au profit, mais à ce qui aura le plus grand impact positif. Par exemple, nous avons lancé un programme de soutien pour protéger les enfants de la noyade dans les zones rurales », confie-t-il.

Samedy connait de nombreux cas d’enfants noyés, et même des cas où des adultes avaient tenté de les secourir, mais s’étaient noyés eux-mêmes. Cela était généralement dû au fait qu’ils ne disposaient pas de technique correcte pour sauver une victime de la noyade, ajoute-t-il.

Le Survival Swim Club se concentre sur deux activités principlaes : donner des cours privés à des élèves âgés de 6 mois à 70 ans et mener des activités caritatives auprès de la communauté. Ils travaillent souvent avec des organisations telles que des orphelinats et des centres de sensibilisation, et travaillent avec les autorités pour former des éducateurs dans le district de Banteay Srei.

« Nous partageons des informations avec plusieurs villages situés près de grandes rivières et de réservoirs — comme le Baray Teuk Thla — car nous voulons apprendre aux Cambodgiens comment protéger leurs enfants », déclare-t-il.

Ils organisent des ateliers sur la sécurité aquatique qui comprennent une formation théorique et pratique aux premiers secours, comme la réanimation cardio-pulmonaire. Les participants s’exercent dans l’eau, d’abord en apprenant à nager, puis à plonger et à remorquer une personne en train de se noyer. Ils apprennent également à prendre des décisions importantes. Chaque situation est différente, et se jeter à l’eau pour tenter de sauver quelqu’un n’est parfois pas la meilleure solution. Parfois, appeler à l’aide est la première chose à faire, explique Samedy.

« J’ai enseigné à une personne dont l’enfant a eu des problèmes en nageant. Une autre personne a essayé d’aider l’enfant, mais ils ont fini par s’accrocher l’un à l’autre et tous deux se sont noyés. Ils auraient pu être sauvés, mais personne ne s’est rendu compte de ce qui se passait jusqu’à ce qu’il soit trop tard. En 90 secondes à peine, tout était fini », raconte-t-il.

Nager malgré le handicap

Bien que Thida soit forte et qu’elle adore nager, cela n’aurait pas été possible sans un entraînement adéquat :

« La natation réduit mon stress et m’aide à mieux dormir, je veux encourager d’autres personnes handicapées à avoir confiance en elles et à essayer. Elles ne doivent pas abandonner », dit-elle.

Chay Thida, qui souffre de paralysie d'un bras et d'une jambe, fait des longueurs en piscine. Photo fournie
Chay Thida, qui souffre de paralysie d'un bras et d'une jambe, fait des longueurs en piscine. Photo fournie

Le Survival Swim Club offre actuellement des cours gratuits à trois enfants handicapés.

Samedy explique que le plus grand défi de ces jeunes consiste à surmonter leurs appréhensions. Au fur et à mesure qu’ils suivent la formation, leur confiance en eux s’affirme. Outre l’apprentissage, les trois enfants reçoivent également des maillots de bain et un accès gratuit à la piscine.

Les cours gratuits sont entièrement financés par les bénéfices de l’entreprise, sans aucune aide extérieure. Pour enseigner aux étudiants handicapés, le club doit généralement commencer par bien appréhender les capacités de l’élève. La première étape consiste à évaluer dans quelle mesure il est à l’aise dans l’eau. Cela se fait généralement par des exercices simples — mettre la tête sous l’eau, souffler des bulles et ouvrir les yeux sous l’eau. Vient ensuite l’importance de techniques de respiration correctes.

Si l’enfant est paralysé d’une jambe, par exemple, il doit apprendre à utiliser l’autre. Une fois que Samedy a compris les forces et les faiblesses de l’élève, il décide de la nage qui lui convient le mieux : brasse, nage libre ou nage avec palmes.

« J’avais l’habitude de me mettre dans l’embarras dans la piscine en m’étouffant et en attrapant les cheveux de l’instructeur ! Maintenant que j’ai appris à nager, je reçois des éloges de la part de ceux qui me voient faire des longueurs en piscine », explique Thida.

« Il est important que nous recevions tous des encouragements — cela nous motive à faire plus d’efforts et nous donne confiance. C’est particulièrement vrai lorsque ce sont les entraîneurs qui nous encouragent », ajoute-t-elle.

Les parents cambodgiens sont moins enclins à inscrire leurs enfants à des cours de natation, alors que la majorité des parents étrangers y accordent une grande importance, note Samedy.

Parmi les petits nageurs du Royaume, le nourrisson Hong Norakream — âgé de sept mois seulement — a passé trois mois à apprendre les bases. Sa mère, Heng Monika, l’a inscrit à ces cours pour qu’il s’habitue le plus tôt possible aux activités sportives.

« Je veux qu’il fasse de l’exercice dès son plus jeune âge pour qu’il devienne fort, agile et courageux. Il s’est mis debout très tôt. Juste avant sa naissance, j’ai vu des professeurs enseigner à des élèves d’un an et j’ai pensé que ce serait bien pour mon fils. J’étais sûre qu’il était heureux dans l’eau, car je l’ai emmené dans la piscine avec moi dès son plus jeune âge », dit-elle.

Samedy décrit les avantages en termes de développement que les enfants reçoivent des cours de natation : « Tout d’abord, il y a la relation. Même s’ils ne peuvent pas encore parler, ils nous regardent et nous écoutent. Il s’agit d’un lien social important, qui démontre que l’enfant n’est pas autiste ».

« Deuxièmement, il y a l’aspect physique de la leçon. Entre 6 et 12 mois, c’est une période critique pour leur croissance. C’est le moment où ils doivent développer leurs muscles et leur motricité globale, notamment saisir, se tenir debout et ramper. Nous les encourageons à bouger leurs pieds, à flotter et à plonger dans l’eau étape par étape », ajoute-t-il.

L'instructeur reconnait malheureusement que de nombreux parents cambodgiens pensent qu’il n’est pas nécessaire que leurs enfants en bas âge apprennent à nager, estimant que cela pourrait mettre la pression sur les bébés pour qu’ils progressent.

Les cours pour bébés sont proposés aux élèves âgés de 6 à 12 mois. Ils apprennent à plonger, à nager et à flotter sans aide, en fonction de leurs capacités. La formation pour les enfants âgés de 6 mois à 4 ans comprend huit cours de 30 minutes et coûte 126 dollars, ce tarif incluant l’utilisation d’une piscine à Siem Reap. Pour les enfants souffrant de handicaps tels que l’infirmité motrice cérébrale ou l’autisme, une leçon d’une heure coûte 10 dollars.

Hong Raksmey avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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