Phnom Penh & Exposition : L’éternité vue en noir et blanc par JB & co

Jean-Baptiste Carraro aka JB est un peu le dandy de la conception graphique au Cambodge, celui qui aime la sobriété, la classe et la personnalité du noir et blanc et, pour la première fois dans le royaume, il exposera ses travaux en compagnie de la photographe cambodgienne Tytaart et du peintre franco-thaïlandais DonVirao à la galerie Sra'Art de Phnom Penh à partir du 15 janvier 2021.

Entretien :

Jean-Baptiste Carraro, concepteur graphique au Cambodge

CM : Pouvez-vous nous dire quelques mots pour vous présenter ?

J’approche la trentaine, je viens de Toulouse. Nous sommes quatre dans la famille, mes deux sœurs, ma mère et moi-même. J’ai préparé une licence en conception graphique puis un master dans la même discipline avec l’option direction artistique. J’ai poursuivi mes études supérieures dans ma ville natale, à l’école Axe Sud.

CM : Comment êtes-vous venu au graphisme ?

Cela vient d’une passion que j’ai depuis tout petit. En fait, quand j’étais gamin, je dessinais beaucoup, je me souviens avoir été influencé par mon grand-oncle qui était dessinateur et scénariste, et illustrait de nombreux magazines français assez connus avec pas mal de dessins satiriques. Son pseudonyme était Avoine et avait travaillé avec pas mal de grands noms du dessin. Je me rappelle que ma grand-mère conservait deux de ses livres qu’il avait publiés, et cela m’a tout de suite branché et je me donc suis mis à dessiner. Ensuite, durant mon adolescence, je suis passé au graffiti. Je me suis donc logiquement intéressé à la typographie, au dessin de la lettre, et cela a duré pas mal d’années. C’est donc cet environnement familial et cette passion qui m’ont amené vers la conception graphique.

CM : Quel a été votre premier poste après vos études ?

Mon premier travail a été au Cambodge, j’ai eu une opportunité professionnelle avec la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge (CCIFC) en 2016. Mon contrat a duré huit mois et j’étais en charge de travailler sur tous les évènements liés à la chambre c’est-à-dire toute la communication visuelle. Je suis intervenu sur l’identité visuelle et la charte graphique, c’est ce que je préfère avant de poursuivre sur des évènements. Et, ensuite j’ai travaillé sur les supports de communication qui allaient du poster, des invitations aux bandeaux et encarts dans les réseaux sociaux. Ce fut une expérience assez agréable, on me laissait pas mal de liberté dans la création des supports.

Conception pour Khéma (Thalias)

Ensuite, j’ai rejoint le groupe Thalias. Et cela tombait à point, car je cherchais à accéder à un poste de direction artistique. J’ai commencé comme concepteur graphique et ensuite, au bout de quelques mois, on m’a confié plus de responsabilités et donné plusieurs collaborateurs afin de former une équipe en charge du design pour l’ensemble du groupe. L’équipe intervenait donc sur les supports classiques, menus, posters, annonces web, mais nous avons aussi beaucoup travaillé sur le magazine Cambodge Mag, pour le design des 6 versions papier et celui du site internet.

CM : Quelle expérience en retenez-vous ?

Ce que je retiens de cette expérience dans le groupe Thalias, c’est d’avoir refait le « branding » des marques. Nous avons beaucoup travaillé sur la marque Khéma, le logo, les packagings et toutes les déclinaisons. Je retiens aussi d’avoir contribué au branding de Topaz, qui a été relativement discret, mais néanmoins très élégant. D’un point de vue plus personnel, je retiendrai la possibilité d’avoir pu évoluer en apprenant à prendre des responsabilités et à diriger une équipe.

CM : Ensuite, vous vous mettez à votre propre compte…

Ensuite, fin 2018, j’ai commencé à voler de mes propres ailes en créant BKK Studio. C’est un projet qui me trottait dans la tête depuis un petit moment. Je souhaitais créer un studio pour gagner ma vie bien sûr, mais aussi pour donner corps à un espace avec une grande dimension artistique. Je souhaite conserver mon métier de designer, mais l’idée consiste à créer un studio qui devienne également un lieu de rendez-vous pour les artistes et les designers. J’aimerais y intégrer une bibliothèque orientée sur le design, organiser des évènements de temps en temps, et accueillir ceux qui travaillent dans l’art et l’esthétique, que ce soit du design, de la peinture ou de la photographie.

CM : Quels sont vos projets en cours ?

Actuellement je travaille sur de la communication pour des boutiques de vêtements, pour des applications et du packaging/branding sur entreprises en création. Ma clientèle est en grande partie française, je travaille avec des Cambodgiens, mais plus pour du consulting et de la formation.

CM : Comment est le marché de la conception graphique au Cambodge ?

C’est un marché émergeant assez vivace : il y a de plus en plus de demande pour des concepteurs graphiques et il y a de plus en plus de jeunes Cambodgiens très compétents. Beaucoup d’entre eux fonctionnent en « 360 », c’est-à-dire qu’ils sont bien plus polyvalents et capables d’intervenir dans le design, dans la photographie et autre discipline liée à la communication. C’est une bonne chose pour le client et je pense que certains designers peuvent être très compétents dans des domaines comme la photographie ou autres, mais en ce qui me concerne, pour de gros projets, je préfère sous-traiter avec des spécialistes. C’est compréhensible que le secteur évolue, il y a une grosse concurrence avec de nombreux services similaires et les entreprises locales réagissent en proposant plusieurs services. Pour ma part, j’aime la relation avec le client, cela permet une approche plus humaine et permet de discuter du projet de façon plus approfondie et aussi bien plus sympathique.

JB Carraro

CM : Question indiscrète, vous vivez avec une artiste, n’il y a-t-il pas de problèmes d’égo ?

C’est comme la vie en couple de deux comptables ensemble… (rires). Non, j’ai mis mon ego de côté depuis un bon moment. J’avais énormément d’ego quand j’étais étudiant. De voir mes créations dans des lieux publics était une motivation et me remplissait de fierté, mais ce qui me porte aujourd’hui, c’est travailler un peu en « mode laboratoire », c’est-à-dire tester de nouvelles techniques par exemple. C’est comme cela que tu évolues, en apprenant encore et encore.

CM : Comment vous sentez-vous au Cambodge ?

C’est une question assez compliquée. Ma priorité ici était les opportunités professionnelles, mais j’apprécie énormément la qualité de vie dans le pays. Ce fut une terre d’accueil parsemée d’émotions, avec des jours sombres parfois et de beaux jours très souvent. Globalement, mon expérience ici reste positive. Je suis incapable de mettre une date de fin pour ma vie au Cambodge, car je n’en ai aucune idée. Par contre, si demain j’ai un projet de grande ampleur à réaliser ailleurs, ne crois pas que je refuserais. J’aime ma vie ici, mais je reste ouvert à d’autres opportunités.

Le Théâtre Preah Suramarit vu par JB

CM : vendredi 15 janvier, vous exposez vos travaux avec deux autres artistes, Tytaart et DonVirao…

C’est une réunion de trois amis qui ont une passion commune pour l’esthétisme. Nous nous connaissons depuis quelques années et nous souhaitions nous motiver sur un projet commun. Je dis commun et non collectif, car nous sommes très indépendants, avec une vision du monde totalement différente les uns des autres, avec des caractères assez opposés, mais cela nous tenait à cœur de proposer nos œuvres ensemble.

Nous nous sommes imposé une seule contrainte commune : l’utilisation du noir et blanc. Et cela me convient tout-à-fait, car je travaille depuis un an sur le noir et blanc. Enfin, la ligne directrice que nous nous sommes fixés est de focaliser sur le mot « Eternal » — Éternel. Ce qui est intéressant est que nous avons choisi de ne pas nous concerter à propos de notre vision du mot « Eternal ».

Nous avons également choisi de privilégier l’exclusivité, aucun design, aucune photo ou peinture n’a encore été dévoilée, cela se fera à l’occasion de l’exposition. Pour ma part, je proposerai des posters de collage en format A0 et bien évidemment en noir et blanc. Les collages sont travaillés en digital donc j’ai dû composer avec beaucoup de photos d’archives, quelques centaines, je crois. Sept de mes créations, des pièces uniques, seront visibles à cette exposition. J’invite donc le public à venir découvrir l’exposition Eternal pour découvrir le travail de trois amis passionnés et talentueux !

Propos recueillis par Christophe Gargiulo

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