Musée Norodom Sihanouk : un trésor bien caché

Situé à seulement quelques kilomètres d’Angkor Vat, le musée Preah Norodom Sihanouk abrite une vaste collection d’objets permettant de parcourir l’histoire du Cambodge, de la période préhistorique à la céramique moderne. Mais le joyau de ses collections demeure l’incroyable statuaire bouddhique, autour de laquelle continue de planer une part de mystère.

Malgré son emplacement, à proximité de l’incontournable billetterie donnant accès au parc archéologique d’Angkor, le musée Preah Norodom Sihanouk demeure encore en grande partie méconnu. Si l’on y croise quelques rares groupes de touristes, force est de constater que la plus grande quiétude règne à l’intérieur de ses salles, laissant tout loisir à une observation attentive des objets qu’elles recèlent. La visite en vaut assurément la peine, le musée abritant le fruit d’une découverte archéologique majeure, l’une des plus importantes de ces dernières décennies.

Le temple de Banteay Kdei, érigé sous le règne de Jayavarman VII, a été le théâtre de la découverte
Le temple de Banteay Kdei, érigé sous le règne de Jayavarman VII, a été le théâtre de la découverte

La chance des étudiants

L’affaire, qui se déroula en 2001 et 2002, avait alors fait grand bruit, plaçant le temple de Banteay Kdei sous le feu des projecteurs. Se pressant au bord d’une fosse profonde de deux mètres, ouvriers et archéologues procédèrent à l’excavation de 274 statues de Bouddha qui, bien qu’ayant été pour certaines l’objet de mutilations volontaires, se trouvaient pour la plupart dans un état de conservation remarquable après huit siècles passés sous terre.

Cette découverte, en plus de son ampleur, avait surpris les archéologues, qui ne s’attendaient certainement pas à une telle trouvaille. Sous l’égide de chercheurs japonais en charge du site, ce sont en effet des étudiants se familiarisant avec les méthodes de fouilles qui avaient fortuitement mis au jour les premières statues au cours d’un banal exercice de formation. Ce sont ces formidables artefacts qui sont exposés au musée Preah Norodom Sihanouk, érigé quelques années plus tard tout exprès pour les héberger.

Phouy Savoeut, le curateur du musée, assure aussi les visites guidées
Phouy Savoeut, le curateur du musée, assure aussi les visites guidées

Statuaire typique du Mahayana

Issues pour la plupart du style dit du Bayon, la majorité des statues représentent Bouddha méditant protégé par le naga Mucilinda. Quelques abhaya-mudra, ou Bouddha en position debout, ainsi que des têtes de Lokesvara et de Prajnaparamita complètent l’inventaire, agrémenté d’une exceptionnelle stèle votive.

Haut de 1,2 mètre et large de 45 centimètres, ce chaitya est illustré sur ses quatre faces par 1008 images du Bouddha. Trois bronzes et quelques éléments d’architecture se trouvaient aussi dans la fosse. Une aussi belle découverte ne pouvait manquer de susciter de nombreuses questions, à commencer par la principale : pourquoi, et par qui, ces objets ont-ils été inhumés ?

Le pilier aux 1008 Bouddhas
Le pilier aux 1008 Bouddhas

Mahayana, shivaïsme et Theravada

Se livrant à une minutieuse enquête, les archéologues ont tout d’abord constaté qu’un certain nombre de statues avaient été décapitées. Il semblerait fort probable que toutes les sculptures proviennent du lieu même de leur enfouissement, à savoir le temple de Banteay Kdei, érigé à la fin du XIIe siècle sous le règne de Jayavarman VII. D’abord dédié au culte bouddhiste, le monument a ensuite été consacré au shivaïsme durant la période de restauration hindouiste qui a suivi, lors du règne de Jayavarman VIII.

Pendant cette contre-réforme, les représentations du Bouddha ont été détruites ou effacées au profit d’une iconographie d’inspiration hindouiste. Les témoignages de cette réaction religieuse sont encore visibles dans les temples, où un grand nombre de bas-reliefs ont été consciencieusement effacés. Cette période troublée a ensuite fait place à un retour du bouddhisme, mais sous une autre forme, le Theravada succédant au Mahayana.

Réalisés grâce à l’impression 3D, des moulages permettent d’examiner tous les détails de certaines sculptures
Réalisés grâce à l’impression 3D, des moulages permettent d’examiner tous les détails de certaines sculptures

Vers de nouvelles perspectives

Deux hypothèses ont été émises concernant la fosse de Banteay Kdei. L’une est directement liée à l’iconoclasme religieux qui aurait pu ordonner l’enfouissement de ces images honnies. L’autre pencherait en faveur d’un acte de sauvegarde, les statues enterrées échappant ainsi à une destruction programmée. Si aucun consensus n’est jusqu’à présent parvenu à se dégager, un tel trésor laisse entrevoir la possibilité d’autres caches disséminées ailleurs, et qui seront peut-être un jour découvertes avec autant de surprise et d’enthousiasme que celle de Banteay Kdei.

Cette trouvaille nous éclaire aussi sur les derniers siècles de la période angkorienne. Longtemps, l’historiographie a imaginé une lente, mais inexorable décadence suivant le règne de Jayavarman VII, hypothèse confortée par le tarissement des sources tant écrites qu’architecturales. Pourtant, la décision radicale de changer de religion d’État et d’éradiquer les objets du culte précédent démontrerait, de par sa stricte application, la puissance toujours intacte de la royauté.

Reconstitution de la nécropole de Koh Ta Meas
Reconstitution de la nécropole de Koh Ta Meas

Un Cambodge pas uniquement angkorien

Que l’on garde ou non à l’esprit ces considérations sur les derniers feux de l’empire khmer, cette visite au musée Norodom Sihanouk s’avère particulièrement captivante grâce à la qualité de ses collections. En plus d’une bibliothèque riche de 3000 ouvrages, des salles sont consacrées au site de Koh Ta Meas, nécropole de l’Âge du bronze dont les fouilles se sont montrées riches en enseignement sur les premiers habitants d’un site qui deviendra par la suite Angkor.

Un grand nombre d’objets exhumés dans et autour des 25 sépultures fouillées sont exposés dans le musée. Des pointes de flèches aux bijoux en passant par les jarres funéraires, tout un pan d’une vie que l’on pensait à jamais enfouie sous l’actuel Baray ressurgit sous nos yeux. À l’opposé du spectre chronologique, une riche collection de céramiques est exhibée. La variété des styles et des provenances atteste du savoir-faire local en la matière, mais aussi de la variété d’échanges commerciaux qui n’auront jamais cessé depuis le Xe siècle entre le Cambodge, la Chine, le Japon et la Thaïlande. De quoi remettre à l’honneur un temps long souvent négligé au profit de la seule période angkorienne.

Musée Preah Norodom Sihanouk, APSARA Road, Siem Reap

Fermé le lundi

Tarifs (visite guidée incluse) : 1000 riels pour les Cambodgiens, 3USD pour les étrangers, gratuit pour les enfants de moins de 12 ans

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