Livre : le journaliste - écrivain suédois qui « réinventa » la jeunesse du monstre Pol Pot

Présenter Pol Pot comme un personnage sympathique et broder sur une trahison amoureuse pour justifier en partie sa mégalomanie sanguinaire est une entreprise littéraire douteuse et risquée. Pourtant, il y a huit ans le Suédois Peter Fröberg Idling publiait « Song for an Approaching Storm », une fiction soi-disant inspirée de faits réels. En aucun cas nous ne cautionnons cette publication littéraire (fantaisie macabre ?), notre seul souci est d'informer les lecteurs que cette littérature existe et fait curieusement l'objet d'avis élogieux sur Amazon.

Auteur de "Song for an Approaching Storm", Peter Fröberg Idling. Photo fournie
Auteur de "Song for an Approaching Storm", Peter Fröberg Idling. Photo fournie

Le cœur brisé de Pol Pot : Une histoire d’amour ratée peut-elle créer un tyran ? Pol Pot aurait-il sombré dans le fanatisme après que le père de Sam Rainsy eut enlevé l’amour de sa vie en 1955 ? L’auteur et journaliste suédois Peter Fröberg Idling trouva cette idée suffisamment plausible pour en faire l’intrigue de son premier roman de fiction intitulé « Song for an Approaching Storm » paru en 2012 et traduit en anglais en 2014.

Inspiré par une rumeur selon laquelle le jeune Saloth Sar - Pol Pot aurait perdu l’amour de sa vie, le romancier suédois Peter Fröberg Idling avait imaginé une histoire un peu trop fantaisiste pour la création du monstre Pol Pot.

« Si vous avez un puzzle et qu’il vous manque des pièces, vous rassemblez autant que vous le pouvez avec les pièces existantes et vous imaginez à quoi ressemblerait le reste », avait déclaré Idling lors d’un entretien Skype depuis Stockholm avec nos partenaires du Post lors de la sortie du livre.

L’intrigue de « Song for an Approaching Storm » se concentre sur le mois précédant les premières élections au Cambodge après l’indépendance, qui ont vu le parti Sangkum du prince Norodom Sihanouk remporter les 91 sièges du parlement.

Saloth Sar, un instituteur apparemment apprécié bien des années avant qu’il ne change son nom en Pol Pot, travaille comme secrétaire de son mentor, le militant de l’opposition Keng Vannsak.

Il est également un agent de « l’Organisation », un réseau communiste clandestin composé en grande partie d’anciens étudiants radicalisés des universités françaises. Marxiste convaincu qui a trouvé la solidarité auprès d’autres radicaux français, Pol Pot ne tient qu’à sa petite amie Somaly, une ancienne reine de beauté au sang royal.

Mais le futur tyran n’aurait pas été le seul à éprouver des sentiments pour Somaly. Le bras droit de Sihanouk, Sam Sary, déchiré entre ses penchants démocratiques libéraux et sa loyauté envers le gouvernement de Sihanouk, lui aurait fait la cour en lui promettant une vie meilleure en tant que maîtresse dans la haute société européenne. Pol Pot se serait retrouvé le cœur brisé et détestera à jamais ce monde bourgeois pour lequel Somaly l’avait quitté.

« Aussi fantaisiste que cette histoire puisse paraître, elle aurait été racontée à Idling par Vannsak lui-même lors d’une interview réalisée pour le premier livre de l’auteur ».

Vannsak aurait raconté à Idling qu’une femme nommée Son Maly, sur laquelle le personnage de Somaly était basé, faisait partie des maîtresses que Sary avait emmenées à Londres avec lui après avoir été nommé ambassadeur en 1958.

Les infidélités de Sary avaient été rendues publiques après que l’une d’entre elles se soit présentée dans un hôpital londonien en affirmant qu’il l’avait battue. Mais Sam Rainsy — qui a écrit dans sa biographie que c’était en fait la femme jalouse de Sary qui avait commis l’agression — avait déclaré à Idling dans une interview ultérieure que son père n’avait pas de maîtresse correspondant à la description de Son Maly.

Idling en avait conclu que Vannsak, qui est mort avant d’avoir pu être confronté à cette divergence, était une source peu fiable.

La rumeur n’ayant apparemment aucun fondement dans la réalité, Idling avait décidé que l’histoire de Keng Vannsak fonctionnerait mieux sous la forme d’un récit fictif. Bien que son livre fasse largement appel à des personnages réels, l’auteur ne prétendait pas à l'exactitude historique.

« Je pense que si vous disposez d’un matériel documentaire et que vous y ajoutez une seule goutte de fiction, celle-ci contamine l’ensemble du matériel et tout devient de la fiction », déclarait-il, ajoutant qu’il est plus probable que Pol Pot se soit radicalisé alors qu’il vivait dans les jungles denses du nord-est du Cambodge dans les années 1960.

Malgré le manque d’authenticité historique du roman, Idling s’est donné beaucoup de mal pour créer un Pol Pot crédible.

« En tant qu’auteur, vous sympathisez toujours avec vos personnages principaux — il serait impossible d’écrire un livre où vous ne sympathisez pas avec eux »

Aussi étrange que cela puisse paraître d’avoir un Pol Pot sympathique comme protagoniste d’un roman, Idling ajoute que des sources contemporaines des années 1950 auraient décrit le futur tyran sanguinaire comme une personne avenante.

« C’est presque par frustration que j’ai commencé à écrire à la deuxième personne, et j’ai soudain réalisé que c’était la bonne façon de faire. Cela m’a permis de recréer l’atmosphère que je voulais pour ce rôle. », confiait l'auteur.

La fascination d’Idling pour le personnage de Pol Pot remonterait à son enfance. Il racontait que sa mère, qui était active dans le mouvement gauchiste et pacifiste des années 1970 en Suède, a d’abord eu de la sympathie pour la lutte anti-impérialiste menée par les Khmers rouges.

« Mon premier souvenir d’enfance que je peux dater est le 17 avril 1975, lorsqu’il y a eu une célébration à Stockholm après que Phnom Penh eut été  ''libérée'' par les Khmers rouges », disait-il.

Quelques années plus tard, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Idling était tombé par hasard sur des articles et des photographies détaillant les atrocités commises par les Khmers rouges.

« Je me souviens de toutes ces images des champs de la mort avec les crânes, les tas d’os et tout ça. Bien sûr, cela fait une forte impression sur un gamin de six ou sept ans »

Mais ce n’est qu’en 2001, lorsqu’Idling a pris un emploi dans une ONG cambodgienne, qu’il a commencé son « examen professionnel de Pol Pot ». Son premier livre sur le sujet, Pol Pot’s Smile, était le récit d’un groupe de Suédois radicaux qui avaient dîné avec Pol Pot au cours de l’été 1978.

Selon Idling, les membres du voyage qu’il avait interrogés étaient tous repartis avec des impressions favorables. Un seul d’entre eux avait admis à Idling qu’il s’était trompé, et deux d’entre eux avaient défendu Pol Pot des décennies après que la vérité eut éclaté.

Mais la plupart des anciens partisans en Suède ont admis qu’ils avaient tort, et Idling avait déclaré que le fait de grandir parmi eux avait contribué à façonner ses opinions :

« Quand on a l’idée d’une utopie, j’ai l’impression que la route vers cette utopie passera toujours par l’enfer, en entrant dans l’esprit de Pol Pot, mon livre sert à mettre en évidence les points communs inconfortables entre un lecteur ordinaire et un dictateur génocidaire coupable du meurtre de centaines de milliers de personnes ».

Sources : Song for an Approaching Storm - Peter Fröberg Idling

Bennett Murray —The Post – Pol Pot’s broken heart: Can a failed romance create a tyrant ?

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