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Livre & Histoire : En sampan sur les lacs du Cambodge et à Angkor par Frédéric Gas-Faucher

L’auteur, un éducateur français connaissant les fonctionnaires du Protectorat français, se présente dans ce livre comme un « simple touriste », et pourtant plusieurs notations valent la peine d’être lues. Nous commencerons par les anecdotes qui nous ont amenés à faire des recherches plus approfondies :

À propos du sampan cambodgien

Le mot sampan est ici utilisé à tort et à travers. Connu sous le nom de សំប៉ាន (saampan) au Cambodge, ce type de bateau de pêche et de transport a probablement été introduit dans la région par des marins et des pêcheurs malais. Le terme vient du cantonais sāam báan (三板), signifiant littéralement « trois planches » (même étymologie en anglais et en français, ce qui a conduit quelqu’un à supposer à tort que le mot khmer venait du français). Dans ses recherches sur l’étymologie de ce mot, Pascal Médeville note que le linguiste cambodgien Chuon Nath a décrit le sampan comme étant composé de « cinq planches ».

Or, au cours de sa navigation, l’auteur a probablement utilisé d’autres types d’embarcations, comme la pirogue traditionnelle khmère, ទូក (touk), étudiée et détaillée dans un essai de Hoc Cheng Siny en 2001. Curieusement, Gas-Faucher insiste dans une note de bas de page sur le fait que « le sampan moderne est semblable à ceux représentés sur les bas-reliefs d’Angkor, où les rameurs se tiennent debout comme les gondoliers de Venise ».

Croquis de Sampan par Christophe Reynart
Croquis de Sampan par Christophe Reynart

La duchesse d’Aoste à Angkor

L’auteur raconte :

« Il y a un grand hôtel à Phnom Penh. Il est admirablement situé en face du débarcadère - il s’agissait du Grand Hôtel Manolis et de sa terrasse on domine le panorama mouvant du fleuve. M. Joucla nous fit un accueil empressé et mit à notre disposition les appartements réservés aux hôtes de la Résidence : de grandes chambres, avec salon et salle de bains. J’occupai celle que venait de quitter la duchesse d’Aoste, à son retour d’Angkor. »

Cette note permet de déterminer que le voyage de l’auteur a eu lieu en janvier ou février 1914. Hélène, princesse d’Orléans, voyageuse notoire qui vient de publier son livre sur l’Afrique, visite Angkor au cours de son voyage en Extrême-Orient qu’elle décrira plus tard dans Vers le soleil qui se lève (Ivrea, F. Vassonne, 1916 et 1918).

Ironie du sort, la princesse a eu l’occasion d’assister à une représentation du Ballet royal après son retour d’Angkor à Phnom Penh. À son arrivée au Cambodge le 24 janvier, la rencontre de l’illustre voyageuse avec le roi Sisowath Ier avait été annulée à la dernière minute car le souverain se sentait « fatigué » (« Pauvre homme », notait malicieusement la duchesse d’Aoste, « il a soixante-quatre ans, est un grand fumeur d’opium… et a quatre cents femmes à contenter »). Quelques jours plus tard, Gas-Faucher, qui avait été émerveillé par les danseuses du Ballet Royal du Roi Sisowath à Marseille en 1905, est déçu d'apprendre que toutes les festivités et audiences au Palais Royal ont été annulées en raison de la maladie du Roi...

Villages flottants sur le Tonlé Sap

Gas-Faucher est probablement le premier voyageur occidental de l’époque moderne à non seulement faire allusion aux villages flottants, mais aussi à les décrire en détail : « Le village est en grande partie flottant ; c’est-à-dire que les cases reposent sur des radeaux de bambous, fixés par des ancres. Les chaussées sont remplacées par des planches simplement posées sur l’eau, en long et en large. Sur ce sol mouvant les femmes, les hommes chargés marchent en équilibre, pendant qu’à côté barbotent les canards. Les enfants, qui traversent en courant, font de fréquentes culbutes ; mais ils sont peu vêtus et savent tous nager à partir de cinq ans.

« Lorsque le vent fait claquer l’eau, tout le village danse : les rues, les maisons, les canards, les cochons… et les gens. Une partie cependant s’appuie sur la boue du rivage et forme une longue avenue de paillotes sur pilotis. Là ce sont les habitations qui sont stables, au moins provisoirement, et la population qui est flottante. Au moment des grandes eaux, elle émigre en emportant les cases démontées. »

Sur la carte (approximative) de cet auteur, on peut voir que les zones inondées étaient beaucoup plus étendues au début du 20e siècle qu'aujourd'hui.
Sur la carte (approximative) de cet auteur, on peut voir que les zones inondées étaient beaucoup plus étendues au début du 20e siècle qu'aujourd'hui.

La galerie des cieux et des enfers à Angkor Vat

L’auteur a été l’un des premiers à s’intéresser à la galerie sud-est d’Angkor Vat, les bas-reliefs du « Ciel et des Enfers » : « Sur un panneau, long de vingt mètres, trois voies sont tracées conduisant, les deux premières au paradis, la troisième aux enfers. La conception du paradis brahmanique est peu démocratique. On у voit des seigneurs et de belles dames, richement vêtus et installés dans d’élégants pavillons ; il se font éventer par leurs serviteurs et assistent à des danses, en mangeant des gâteaux et des fruits.

« L’enfer est plus curieux. Des inscriptions classent et énumèrent les fautes commises. Il y a des peines terribles pour les incendiaires, les assassins, les menteurs, les ivrognes, les gourmands. Il y en a pour ceux qui volent les fleurs, le riz et les parasols ; pour ceux qui ensorcellent les femmes d’autrui, qui osent “s’approcher des épouses des savants”… »

En définitive, ses remarques sur Angkor Vat et Angkor Thom sont plutôt éclairées, puisqu’il a été reçu à Angkor par le grand archéologue et conservateur Jean Commaille, orthographié « Commailles » dans le livre.

Ce récit d’une circumnavigation sur le lac Tonlé Sap a été publié une cinquantaine d’années après que le vice-amiral Bonard, alors gouverneur français de Cochinchine, eut affirmé avoir été à bord du « premier bateau à vapeur européen à avoir arboré un drapeau [français] » sur le lac lors de son voyage de Saigon à Angkor pendant la saison d’automne 1862 (dans « Angkor en septembre 1862 », Revue Maritime et Coloniale, févr. 1863, 244-247). Bonard avait revendiqué quelques mois plus tôt, en février 1861, la prise de Bien Hoa et de Baria contre les forces annamites.

À propos de l’auteur

Frédéric Gas-Faucher (1876, Marseille, France - 25 février 1939, Marseille) était un éducateur voyageur français dont la relation du Cambodge dans les années 1910, En sampan sur les lacs d’Angkor et du Cambodge (1922), a été constamment citée et référencée.

Son livre nous apprend que son intérêt pour le Cambodge et l’Indochine a commencé en 1907, lorsqu’il a visité l’Exposition universelle de Marseille et a été présenté au roi Sisowath Ier et à son entourage. Il se réfère souvent à « Monsieur Outrey », sans plus de précision, ce dernier pouvant être Ernest Outrey (1863, Constantinople - 1934, Paris), Résident-Général à Phnom Penh de 1910 à 1914, ou plus probablement Maxime Outrey (1864, Miliana, Algérie - ?), cousin d’Ernest, archéologue et administrateur ayant servi pour la première fois en Indochine dans les années 1880, fonctionnaire français chargé des relations avec le roi Sisowath pour le compte du ministère des Colonies et superviseurs d’Angkor dans les années 1910. Il était également proche de Félix-Gaspard Faraut, dont il a utilisé plusieurs dessins dans son ouvrage.

Avec notre partenaire Bernard Cohen - Angkordatabase


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