Khmer d’origine : Fonki, “Créer des histoires me passionne”

Fonki, de son nom d’artiste, est un artiste khmer, français et canadien. Il a grandi en plein « boom » culturel à Montréal. Aujourd’hui, Fonki touche peu à peu à plusieurs arts, du cinéma à la peinture en passant par le graffiti. Cambodge Mag l’a rencontré pour en apprendre plus sur son parcours.

Fonki, un artiste khmer, français et canadien

CM : Pouvez-vous vous présenter, nous dire d’où vous venez ?

Mon nom d’artiste est Fonki, je suis né en France. Mes parents sont cambodgiens mais ils ont fui au Canada durant la guerre. J’ai donc une triple identité, Française, Canadienne et Khmère. Bien que j’ai grandi à Montréal, je viens régulièrement au Cambodge depuis tout petit car ma famille vit ici.

CM : Qu’avez-vous suivi comme études ?

J’ai préparé un programme n’existant qu’au Canada, le CÉGEP. C’est un diplôme entre le lycée et l’université. Après avoir étudié l’art plastique pendant deux ans, j’ai  j’ai préparé un bac cinéma avec une spécialisation en animation.

CM : Depuis quand êtes-vous intéressé par l’art ?

L’art a toujours été présent dans ma vie, je dessine depuis mon plus jeune âge. Toutefois c’est à l’âge de 15 ans que je m’y suis intéressé plus sérieusement avec le graffiti. À cet âge-là, j’ai essayé d’avoir des contrats, le graffiti est donc vite devenu une sorte de petit boulot étudiant.

Oeuvre de Fonki à Phnom Penh

CM : Pensiez-vous faire de la peinture, du graffiti votre métier ?

Si le dessin me rendait heureux, je ne pensais pas pouvoir en faire mon métier à plein temps.  À vrai dire je me voyais plus faire de l’animation. En effet, il existe une industrie et créer des histoires me passionne. Finalement je ne suis jamais rentré dans cette industrie.

Je saisis les opportunités tant qu’elles me plaisent et qu’elles sont dans ma vision des choses

CM : Pouvez-vous vous catégoriser dans un type d’art ?

Ma racine est le graffiti, mais je suis aussi passionné par la Renaissance, les grands peintres. Une grande partie de mon travail est la peinture traditionnelle et depuis quelques années je fais de plus en plus de  « fine art ».

CM : Qu’est-ce-qui vous inspire ?

Même si cela parait « cliché », je m’inspire de la vie en général, de mon parcours. Quand j’étais adolescent je m’inspirais beaucoup de la rue, de Montréal. De plus, les œuvres des grands peintres m’inspirent beaucoup. Ces dernières années, la fusion des cultures canadiennes et khmères m’a attiré. Je puise aussi beaucoup dans les vieilles civilisations, notamment celles d’Angkor et des traditions khmères. J’essaie de comprendre leurs sens.

CM : Avez-vous des projets pour la suite ?

Oui, je suis sur pas mal de projets entre le Cambodge et Montréal avec des amis dans le monde du cinéma, du graffiti, de l’art en général. J’ai quelques expositions de prévues, dont une en octobre. Je travaille également sur un documentaire. Il y a beaucoup d’opportunités à Montréal car c’est très vivant au niveau de l’art.

CM : Pensez-vous que l’art est moins développé au Cambodge qu’au Canada ?

Je pense qu’aujourd’hui il y a plus de choses à faire au Cambodge, je ne dirai pas que l’art est moins développé, mais avec la guerre, tous les artistes, les intellectuels ont été tués. Il y a donc un côté très personnel dans le fait de vouloir développer mon art au Cambodge. J’essaie aussi de me reconnecter avec mes racines. Je pense qu’il y a de la place pour l’art contemporain, à travers l’art, le cinéma, on peut faire passer un message, qu’importe d’où l’on vient.

Oeuvre de Fonki sur les murs d’une maison coloniale

CM : Comment vous définiriez-vous ?

Je dis souvent que je ne me définis pas, je laisse les gens me définir. J’aime dire que je suis issu du milieu graffiti mais j’aime aussi être commissaire d’exposition par exemple. Mon outil premier est la peinture, je suis donc peintre de différentes surfaces de la galerie à la rue mais je peux aussi produire des événements, des animations… Je saisis les opportunités tant qu’elles me plaisent et qu’elles sont dans ma vision des choses. Ce que je veux pour l’instant, c’est contribuer à l’Asie.

Propos recueillis par Eva Marcadé

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