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Le Meilleur de 2023 & Parcours : Jean Chhor, le retour aux racines et la passion du cinéma

C'est un artiste et un passionné, le franco-cambodgien Jean Chhor fait partie des jeunes de la diaspora cambodgienne qui ont décidé un jour d'écouter ses racines et de faire le grand saut : revenir au « Srok » et s'y installer pour vivre totalement de sa passion : le cinéma.

Clapet de tournage. Photo fournie
Clapet de tournage. Photo fournie

Cambodge Mag : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter ?

Jean Chhor : je m’appelle Jean Chhor, et je suis franco-khmer. Mes parents réfugiés sont arrivés à Paris, où je suis né. Ils ont toujours voulu m’intégrer le plus possible à la culture française, ce qui fait qu’à la maison nous ne parlions que très peu du Cambodge. Nous mangions tout de même souvent cambodgien, nous parlions quelquefois du bouddhisme et nous nous rendions à la pagode.

« Mais je sentais une profonde frustration de la part de mes parents, eux qui avaient perdu toute leur famille durant les Khmers rouges. Je comprends mieux pourquoi ils me demandaient toujours de faire attention à mes frères et à ma sœur et combien la famille était précieuse pour eux. »

Mes parents, en règle générale, ne parlaient que très peu de leur passé. J’ai plutôt découvert le Cambodge et son histoire dans les documentaires et les reportages qui passaient à la télé, mais cela ne m’intéressait pas tant que ça. J’étais tellement assimilé que j’oubliais parfois que j’étais cambodgien.

Ma culture était française, mes amis étaient français, et mes parents s’en montraient satisfaits. De leur côté, ils ont travaillé dur pour s’intégrer, et ça n’a pas été facile pour eux, comme pour beaucoup d’immigrés.

En tournage. Photo fournie
En tournage. Photo fournie

Le décès de mon père en 2005 a marqué l’amorce d’un changement. De plus en plus, ma mère est retournée au Cambodge, décidée à y investir et y acheter une maison. Tous les enfants ont mis un peu d’argent pour l’achat de cette maison, on voyait les photos que ma mère ramenait après ses voyages, des voyages qui duraient de plus en plus longtemps. C’est à partir de là que le Cambodge a commencé à vraiment m’intéresser. Et puis, je pense qu’à mesure que le temps passe et que l’on vieillit, on se montre curieux de ses origines. Découvrir le pays de mes parents, voir la maison que ma mère faisait construire ont été les motivations de mon premier voyage au Cambodge, en 2012, pour des vacances de cinq semaines.

C.M. : Quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert le pays ?

J.C. : Ce fut un choc ! Un choc positif. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je n’étais jamais venu en Asie ni même quitté l’Europe. Je n’étais pas un grand voyageur et ma première réaction a été de mesurer la chance que j’avais eue de naître et d’étudier en France.

En 2012, le pays était beaucoup plus pauvre qu’il ne l’est actuellement. Mais on sentait qu’il y avait énormément d’opportunités professionnelles.
En 2012, le pays était beaucoup plus pauvre qu’il ne l’est actuellement. Mais on sentait qu’il y avait énormément d’opportunités professionnelles.

À l’époque, j’étais freelance dans le domaine du cinéma, stagnait un peu dans mon travail, n’étais pas marié, et donc assez libre pour imaginer m’installer ici. Le déclic s’est produit un soir dans la rue. Je me sentais particulièrement bien et me suis dit qu’il serait envisageable pour moi de venir vivre ici.

C.M. : Pour en revenir à votre parcours, comment et pourquoi avez-vous choisi le cinéma ?

J.C. : C’est un peu par hasard que j’ai choisi cette voie. J’ai toujours voulu exercer un métier artistique, et ce depuis très jeune, mais c’est plutôt l’infographie qui m’attirait. Je dessinais énormément et ne voulais pas me lancer dans des études trop longues. C’est donc une formation en alternance que j’ai choisie, dans le domaine que je souhaitais, mais l’impossibilité de trouver une entreprise où exercer mon alternance m’a poussé à m’orienter vers une formation en cinéma. J’aimais beaucoup les films et la manière de les réaliser, mais je n’avais jamais pensé en faire ma profession. Et pourtant, tout à coup je me suis dit : « c’est ça que je veux faire ! ». Après cette formation, je me suis renseigné sur les différentes écoles, mais j’ai très vite trouvé du travail sans avoir besoin d’approfondir les études.

« Les professeurs m’avaient d’ailleurs dit que le cinéma regroupait un grand nombre de personnes passionnées qui n’avaient jamais effectué d’études et avaient rejoint la profession en entrant par la petite porte. »

Cela s’est confirmé dans mon cas, commençant par le bas de l’échelle, presque en servant le café aux acteurs ! Mais après, tout s’est accéléré. Lorsque l’on aime son métier et qu’on bosse bien, on monte très vite les échelons. J’adorais les dessous des tournages et l’esprit d’équipe qui y règne. Et puis toutes les professions artistiques sont représentées dans le cinéma, des costumes à la mise en scène, en passant par le son, tout le monde fait preuve de talent et de créativité. C’est cela qui m’a plu.

C.M. : À partir de quand le cinéma est-il devenu votre métier véritable ?

J.C. : J’exerçais un autre métier dans le prêt-à-porter, car je n’étais que très peu, voire pas du tout payé pour mon travail dans le domaine du cinéma. Ce qui n’enlevait rien à ma motivation. J’ai appris sur le tas, jusqu’à ce que je considère avoir atteint un niveau convenable pour rejoindre une boite de production.

C’était en 2006, et j’avais déjà quatre ans d’expérience dans à peu près tous les métiers du cinéma, ce qui m’a aidé à choisir ce que je voulais vraiment faire, en l’occurrence assistant de production. En France, il faut malheureusement être spécialisé dans une fonction particulière, on n’aime guère la polyvalence. Après cela, j’ai fait pas mal de publicité, c’est un milieu assez particulier. J’ai ensuite envisagé d’ouvrir ma propre société de production, mais cela ne s’est pas concrétisé, c’était assez compliqué.

C.M. : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer au Cambodge ?

J.C. : Après le choc des vacances de 2012, je me suis dit que tout ce que j’avais appris en France devait me servir au Cambodge. À l’époque, il n’y avait rien ici en termes de production. Une fois de retour en France, j’ai annoncé à ma mère la décision de monter ma société au Cambodge. Elle n’a pas tout de suite compris, me disant que ça ne marcherait pas. Pourtant, nous nous sommes tout de même lancés, avec un ami, réunissant nos économies afin d’acheter le matériel nécessaire pour fonder DreamTouch.

Nous visions tout d’abord le marché de la publicité, car nous pouvions y apporter quelque chose d’original. Les premiers mois ont été assez durs, et nous faisions surtout des boulots alimentaires afin de nous garantir quelques rentrées d’argent. On ne parlait que très peu le khmer et c’était difficile de se faire une place dans le domaine de la production.

Le marché, pourtant, se développait et était en pleine transition. Cette transition, essentiellement due aux bouleversements entrainés par le numérique, avait déjà eu lieu en France, ce qui m’a permis de former un grand nombre de personnes en leur faisant partager mes expériences. J’ai ouvert mon propre studio, ce qui était peu courant à l’époque, la plupart des tournages se réalisant alors à l’extérieur. Je pense même que c’était le seul studio alors disponible au Cambodge. Beaucoup de choses ont changé depuis 2012, pas seulement en termes de technique. Les conditions de travail ont aussi grandement progressé.

C.M. : Cette expérience de studio a-t-elle duré longtemps ?

J.C. : Quatre ans, durant lesquels nous avons notamment réalisé des publicités. Mais comme beaucoup de choses au Cambodge, lorsqu’une recette originale fonctionne, elle est à plus ou moins long terme copiée, généralement à moindre coût. Comme je n’arrivais plus à rentrer dans mes frais, le studio a donc fermé et il m’a fallu faire de nouveaux choix artistiques et professionnels.

Je voulais depuis longtemps faire des films, mais n’avais jamais voulu me lancer sans disposer d’un budget conséquent. Je voulais aussi proposer des programmes pour la télévision, fiction ou divertissement. En France, j’adorais des séries comme « Un gars, une fille » ou « Caméra café », je me suis inspiré de ces formats courts pour imaginer la vie d’une famille cambodgienne. Il y a eu trois saisons, qui ont connu un joli succès et dont je suis assez fier.

Cela a apporté un peu de renouveau dans la fiction cambodgienne. En France, je m’étais spécialisé dans les clips vidéo, ce qui m’a servi ici, notamment pour l’artiste Laura Mam. Fiction, drame, vidéoclips, publicité… J’ai fait plein de choses depuis mon arrivée au Cambodge !

C.M. : Y compris du cinéma ?

J.C. : Oui, tout récemment, avec le film The Clock, sorti en 2019. J’y étais directeur de la photo et me suis énormément investi dans cette production. Le film a été primé et s’est exporté à l’étranger, ce qui n’est pas courant pour les productions locales. Un autre film, Wishing Lollipop, est sorti ces derniers jours, j’y ai bossé là aussi en tant que directeur de la photographie.

Une suite au film The Clock est dans les tiroirs, mais le tournage a été retardé pour diverses raisons. Professionnellement parlant, ça bouge en tout cas beaucoup depuis quelques mois, et le niveau des œuvres est en constante progression. En venant ici, j’ai voulu changer l’image des productions cambodgiennes, et démontrer que la jeune génération a beaucoup de choses à dire en termes de créativité et d’originalité.

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