Initiative & Beauté : Dai Khmer, persévérance, secret de tous les triomphes

Cambodge Mag propose aujourd’hui de partir à la découverte de Dai Khmer, une jeune entreprise locale de cosmétiques et produits d’hygiène avec un projet social prometteur.

L’équipe de Dai Khmer. Photographie fournie

« Persévérance, secret de tous les triomphes » affirmait Victor Hugo. En ces temps de pandémie, difficile de se lancer dans des projets.Cependant, le ciel n’est pas tout à fait gris, quelques rayons de soleil pointent vers un horizon meilleur pour les créateurs persévérants. Entretien avec Vichka (V) et Claudio (C) , respectivement créatrice et associé de l’entreprise Dai Khmer :

CM : Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

V : Je m’appelle Vichka Vantha, j’ai 27 ans, et je suis la fondatrice et directrice de Dai Khmer. En fait, je n’ai jamais côtoyé l’univers de l’entrepreneuriat auparavant, c’est ma première entreprise, et mon parcours est plus orienté vers le mannequinat.

Vichka Vantha, 27 ans,fondatrice et directrice de Dai Khmer

J’ai commencé à faire du modeling en 2009, je continue à faire quelques shootings mais cela reste occasionnel. J’ai lancé le projet Dai Khmer en 2014, en partenariat avec une entreprise sociale existante, mais cette collaboration ne fonctionnait pas très bien. En 2017, j’ai repris cette entreprise avec Claudio, mon mari.

C : Lorsque nous nous rencontrons pour la deuxième fois, je l’ai vue coincée dans son travail avec un manque de confiance en elle. Lorsque je l’ai retrouvée une nouvelle fois (nous nous connaissions déjà auparavant), nous débutions notre relation et je lui ai dit :

« Soit tu laisses le projet entre leurs mains et tu prends un nouveau départ, soit tu reprends ton projet en main et deviens décisionnaire, et je peux t’aider, on peut construire ce projet ensemble »

J’ai adoré cette marque au premier coup d’œil ; j’ai vu les savons, les emballages, je suis immédiatement tombé amoureux, c’était vraiment très créatif. Nous avons donc repris le projet ensemble. La première étape fut d’ouvrir un premier magasin à Siem Reap, tout se déroulait parfaitement, nous avons donc décidé d’ouvrir un second magasin à Phnom Penh.

Claudio, mari et associé

CM : Cette entreprise sociale vise entre autres à autonomiser les femmes au Cambodge. Plus précisément, qu’entendez-vous par autonomisation ?

V : Autonomiser les femmes signifie pour moi donner une opportunité à celles qui n’ont pas de travail et qui sont étranglées par leur situation financière et familiale, en leur montrant comment devenir indépendante. Nous leur apprenons à créer des produits « fait main » et à gérer leurs revenus. Le but n’est pas de simplement de leur procurer des revenus, mais aussi de les aider à s’émanciper.

C : Être indépendante. Nous essayons de leur procurer un revenu qui leur permet d’accéder à cette situation d’indépendance et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches. Parfois, les relations de couples ne sont pas très équilibrées, en particulier dans les campagnes. Nous avons notre atelier à Takhmao, qui se trouve très proche de Phnom Penh, mais qui reste quand même un village.

Nous avons constaté plusieurs situations dans lesquelles des femmes se débrouillaient seules car le mari partait pendant deux jours et revenait sans réellement se soucier de la situation familiale. Avec cette structure, elles sont aptes à agir pour leur famille et se sentent moins dépendantes des hommes. En ce moment, nous avons quelques Cambodgiennes qui travaillent à l’atelier de Takhmao. Auparavant nous avions une équipe à Siem Reap. Maintenant, nos employées sont établies à Phnom Penh et nous collaborons avec des femmes des communautés alentour ; elles fabriquent des éponges de bain. Nous nous rendons au sein de leur foyer, nous les formons puis nous les laissons vendre leurs produits par leurs propres moyens ou bien nous leur achetons, elles peuvent donc gagner leur vie correctement.

CM : Où avez-vous appris à manufacturer vos produits ?

V : J’ai fait beaucoup de recherches concernant les ingrédients. Puis j’ai rencontré mes anciens partenaires qui m’ont appris à traiter l’huile de coco. Aujourd’hui, les personnes que nous aidons ont encore besoin d’améliorer leur technique. Après avoir constaté que l’huile ne pouvait pas se conserver plus longtemps qu’une semaine, j’ai commencé à développer des produits pour que celle-ci puisse durer plus d’un an.

Savons de Dai Khmer

Je suis plus dans la pratique, j’aime toucher à plusieurs domaines, apprendre de tout ce qui m’entoure. J’utilise internet, je suis des cours en lignes… J’apprends aussi beaucoup des gens autour de moi et je développe mes produits jusqu’à ce que j’obtienne une qualité optimale. Récemment, j’ai rencontré une Coréenne certifiée dans ce domaine aux États-Unis et je voulais vraiment en apprendre plus avec elle. Elle m’a dit :

« Vichka, c’est bon, tu sais déjà faire beaucoup de choses. Apprendre n’est pas forcément une histoire de diplôme, c’est plutôt le fait de pratiquer encore et encore jusqu’à avoir la qualité souhaitée et voir le produit fini »

Je pense qu’elle a raison, mais je veux quand même toujours une certification ! (Rires)

CM : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour lancer ce projet ?

V : J’aime le naturel, je pense que ce qui m’a amené à créer cette entreprise. J’étais à la recherche d’huile de coco afin de créer mes savons, car au Cambodge, nous avons énormément de noix de coco. Je pensais alors qu’il devait bien y avoir de l’huile quelque part, mais ce n’était pas le cas, du moins c’était difficile d’en trouver, où alors elle était très chère. Pour fabriquer du savon, il faut beaucoup de noix de coco ; avec 15 noix brunes, on peut produire 1 litre d’huile.

Quand j'ai débuté, je travaillais encore comme mannequin pour une marque locale de vêtements et le designer utilisait cette huile pour le maquillage. Cette huile venait de la province de Takéo et coûtait 50 $ le litre. Elle était fraîche et de bonne qualité alors je lui ai demandé de commander 2 à 3 litres au début. Ensuite, il m’a parlé d’un projet de traitement d’huile de coco. Il cherchait un partenaire pour lancer l’entreprise. J’étais très excitée à l’idée de participer à ce projet, alors je lui ai demandé si je pouvais me joindre à lui. Je pensais déjà que ma carrière en tant que modèle était quelque chose d’éphémère, de plus, on ne touche pas une rémunération suffisante ici au Cambodge et, pour finir, mon agence avait fermé, je ne voulais pas travailler avec d’autres personnes dans ce domaine. J’ai voulu alors pousser plus loin, inspirer d’autres personnes, aider les Cambodgiennes au maximum. Je me suis inspirée de l’histoire de ma mère qui est une femme forte, indépendante malgré les problèmes qu’elle a rencontrés au sein de la famille et la vie difficile qu’elle a eue.

CM : Quel genre de produits vendez-vous ?

C : Le produit principal est l’huile de coco vierge et, à partir de ce produit nous créons toutes sortes de déclinaisons, des crèmes, des éponges, sept variétés de savons mêlant divers parfums naturels, différentes sortes de baumes. Nous proposons aussi les produits de nos fournisseurs tels shampoing liquide, liquide vaisselle, détergent pour le sol, gel douche naturel… Tous ces produits sont disponibles dans notre station de recharge.

Boutique Dai Khmer à Toul Tompong

CM : En mars 2019, vous avez ouvert un deuxième magasin avec une station de recharge ici à Phnom Penh, près de Toul Tompong. Un an plus tard, pouvez-vous nous dire comment se porte ce projet ?

C : Quand nous avons ouvert le premier magasin ce n’était pas facile d’avoir de la clientèle. Nous avons invité une centaine de personnes, Cambodgiens et expatriés. Avant l’ouverture du magasin, nous avons commencé doucement, étape par étape, par le bouche-à-oreille, la promotion dans le quartier de Toul Tompong, la distribution d’échantillons gratuits auprès des voisins, des workshops dans différents endroits de la ville… Après cela, nous étions connus et nous avons ouvert le magasin et aussi investir dans du matériel. Les clients écrivent des commentaires sur Facebook, ce qui nous donne de la visibilité auprès des utilisateurs et joue un bon rôle d’indicateur sur notre impact.

Produits de Dai Khmer

Nous recevons beaucoup de mails et de messages personnels nous encourageant, ce qui nous conforte sur le fait que nous faisons bien les choses.

V : Le plus gros des challenges a été l’arrivée du Covid-19, je me suis dit : « mon Dieu, c’est du sérieux ». Nous avons dû fermer notre magasin à Siem Reap, car nous avions trop peu de ventes. Nous avons également dû nous séparer de notre équipe. Ce fut émotionnellement difficile pour moi, mais nos employés pouvaient toujours avoir des revenus en vendant leurs produits dans notre magasin à Phnom Penh. Nous avons travaillé dur pour rétablir un équilibre.

CM : Quels changements vos employé(e)s ont-ils vécus depuis qu’ils ont rejoint votre projet ?

V : nous avons commencé à introduire un mode de vie « vert » auprès de nos employées. Je me suis dit pourquoi ne pas acheter des produits d’hygiène réutilisables, leur expliquer le fonctionnement et voir leur réaction ; ce n’était pourtant qu’un achat de quelques articles provenant de Green Lady Cambodia, et elles ont adoré. Elles ont commencé à utiliser divers produits pour toute la famille qui a ensuite montré un réel engouement pour une consommation plus écologique.

Vichka Vantha

Par exemple, les Cambodgiens utilisent souvent des produits chimiques quand ils veulent se teindre les cheveux. Nos employées n’utilisent jamais ce procédé, seulement de l’huile de coco et prennent encore plus soin de leur chevelure qu’auparavant. J’essaie d’expliquer ce qui est efficace et sans danger et ce qu’il faut éviter. Je les emmène parfois à quelques présentations sur Phnom Penh et elles se rendent compte qu’il y a beaucoup de Cambodgiens et d’étrangers intéressés par les produits naturels. Elles comprennent ainsi bien mieux le concept et prennent beaucoup plus de plaisir à créer. Une de nos employées ouvre actuellement sa propre entreprise, nous l’y avons vraiment poussée. Je me suis intéressé à son histoire, ce qu’elle voulait faire, comment elle se voyait dans le futur. Elle voulait faire du thé, venir en aide aux femmes de Siem Reap. Nous avons créé un logo en souhaitant transmettre le message suivant :

« Si tu veux créer une entreprise, pas besoin d’être parfait »

D’abord, on doit s’assurer que le produit est bon, vient ensuite la phase de test et petit à petit, on l’introduit sur le marché. Suivant ce principe, les jeunes entrepreneurs peuvent réaliser leurs rêves. En tant qu’étudiant, on peut se sentir effrayé.

Produits de Dai Khmer

C : Par exemple, nous avons les produits de Soton avec la marque Hattha Neary. (Voir photo) j’ai dessiné le logo pour elles, nous les avons aidées à créer leur marque en partageant nos locaux. Elles avaient besoin de réaliser un emballage attractif. Alors nous avons tout créé ensemble et nous les laissons vendre leurs produits dans notre magasin.

Vichka et Claudio

V : Aussi, nous les laissons apprendre comment manufacturer les produits, les techniques de vente et de mise sur le marché. Maintenant, certains produits comme Hattha Naery sont au point et la marque travaille avec plusieurs magasins dans la ville de Phnom Penh.

C : Elles représentent le changement, elles sont le changement.

Propos recueillis par Michael Grao

Dai Khmer, rue 464 No 14b

Phnom Penh, Toul Tompong 12310

Téléphone+855 (0)12 953 563

http://www.daikh.co/

https://www.facebook.com/daikhmer1

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