Histoire & Portrait : À la rencontre de « Madame cigarettes » de Battambang

« Madame cigarettes ? si, bien sûr, elle continue à travailler » me répond Patrice, un Français, restaurateur installé à Battambang depuis 11 ans. Et à 75 ans, Madame Chir Kim Hao, alias « Madame cigarettes », jouit encore d’une incontestable notoriété, car elle exerce encore un métier, rouleuse de cigarettes, dont elle est l’une des toutes dernières représentantes au Cambodge. Un portrait qui permettra également de rappeler la récente histoire tourmentée de ce pays.

L’histoire de l’usage du tabac au Cambodge

« Autrefois, depuis des temps immémoriaux », me conte une Cambodgienne fort âgée, dans chaque ville, voire dans chaque village, exerçait une « rouleuse de cigarettes » — car bien souvent une dame — « dont la fonction était de fabriquer manuellement, à l’unité, des cigarettes ». La consommation de tabac est ancienne au Cambodge. Ainsi Charles Lemire, commis des Postes à Saïgon (1865-1870) narre, dans son récit de voyage de Phnom Penh à Oudong, en 1869, l’incessante activité des rues et des marchés où « le soir, des cercles de jeux s’improvisent en pleine rue, à côté des marchands de fruits, des restaurants ambulants et des marchandes de tabac ». Fumer semble d’ailleurs une activité pratiquée par toutes les classes de la société. Ainsi, le même Lemire, en visite au Palais Royal, à Oudong, note : « autour du Roi, mandarins et serviteurs se tenaient à genoux, les mains jointes. ils fument des cigarettes et se reposent de temps en temps sur leurs talons ».

Si donc l’usage du tabac, fumé ou chiqué, remonte à des temps lointains, l’arrivée des Français, en 1863, a modifié la façon de le consommer. En effet, avant cette date, l’usage du papier à cigarettes était inconnu au Cambodge et le tabac fumé était roulé dans des feuilles — dénommées « sluk sangkae » — d’un arbre appelé « daeum sangkae » (1), pratique qui existe encore, mais qui est devenue marginale. Depuis environ 150 ans, les rouleuses de cigarettes ont donc, progressivement, eu de plus en plus recours au papier à cigarettes tel que nous le connaissons. Une activité qui fut d’ailleurs concurrencée par la mise en fonction pendant le protectorat français (1863-1953) d’une unité de production industrielle à Phnom Penh (2).

Rouleuses de cigarettes — Phnom Penh (1968)

Que devint cette activité après la prise de contrôle du Cambodge par les Khmers rouges en 1975 ?

La vie des Khmers fut alors totalement bouleversée. Toutes les villes furent vidées de leurs habitants et tous les Cambodgiens, lorsqu’ils ne furent pas éliminés physiquement, affectés à deux tâches : soit à la production agricole soit à des travaux de terrassement ou d’irrigation. Si toutefois, pendant cette période d’où devait naître le « Nouvel Homme khmer », tous les symboles et usages des précédentes périodes étaient bannis (monnaie, propriété, marchés, école, religion, cultures autres que rizicoles, structuration familiale notamment par la séparation parents-enfants), l’usage du tabac, lui, perdura.

Sur les quelques rares photos où apparaissent des dignitaires de ce sanglant régime, certains sont photographiés fumant une cigarette. Plusieurs témoignages ainsi qu’une étude de l’IRASEC — Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine — (3) confirment également que les cadres et soldats khmers rouges n’avaient pas renoncé à la consommation de tabac. Ce qui a fait dire à certains que « le tabac était le seul vice que se sont permis les Khmers rouges ». Un ami, à qui je relatais cette appréciation, m’a donné une explication, me semble-t-il, plus proche de la réalité : « en fait, alors, fumer n’était pas considéré comme un vice, mais comme un acte aussi naturel que manger ou boire ».

Soldat khmer rouge fumant lors de la prise de Phnom Penh (17/04/1975)

Qu’en fut-il des autres Khmers astreints, à la campagne, à des travaux souvent au-delà des forces humaines ? Selon divers témoignages, fumer était resté une dépendance dont certains ne pouvaient se passer. Mais, en plus, selon une amie qui subit les camps de travail forcé, « nombreux furent ceux et celles qui commencèrent à fumer pendant la période Khmer rouge, non par goût du tabac, mais parce que fumer était le seul coupe — faim dont ils disposaient ». Mais fumer signifiait alors, bien souvent, aspirer la fumée d’un mélange d’herbes et de feuilles séchées (4).

« Mon petit frère avait pris l’habitude de fumer des feuilles de manioc. Il est possible », poursuit mon amie, « que le cancer du poumon dont il décéda plus tard en soit la cause ».

Il arrivait toutefois qu’au mélange de feuilles et d’herbes, certains ajoutassent un peu de tabac (5). Car, étonnamment, on pouvait trouver du tabac. D’où venait-il ? Mon amie donne une explication : « les Khmers rouges interdisaient le fait de fumer pendant le travail. Mais ils toléraient que nous laissions pousser ça et là quelques pieds de tabac. Et surtout, ils en cultivaient eux-mêmes ». Tabac qui alimentait alors divers trafics auxquels les Khmers rouges n’étaient pas étrangers. Car, qui avait pu cacher un peu d’or (6), pouvait l’échanger contre ce bien devenu précieux. Le tabac fut donc, pendant toute la période khmère rouge, une monnaie d’échange tolérée par les maîtres du pays de cette époque (1975-1979), rôle que le tabac joua encore par la suite.

Champs de tabac dans les environs de Kampong Cham

Ainsi, toujours la même amie apporte un témoignage éclairant : « début 1979, j’étais dans la région de Pursat. Devant la poussée des troupes vietnamiennes, les Khmers rouges nous évacuent à une trentaine de kilomètres au nord de Pursat. La pression vietnamienne se poursuivant, nos bourreaux décident une nouvelle évacuation, toujours plus au nord. Dans la confusion générale, ma mère, moi-même et les quelques rares survivants de notre famille décidons de nous échapper et de tenter de regagner Phnom Penh, la capitale, située à environ 250 kilomètres de là. Mais comment survivre pendant tout ce périple ? Or, les Khmers rouges cultivaient près de leurs cantonnements du tabac. Avisant alors celui situé près de notre dernier camp, je me suis chargée du maximum de feuilles que nous pouvions transporter et nous nous sommes servis de ces feuilles comme monnaie d’échange pour nous nourrir pendant notre périple vers la capitale ».

À la sanglante période khmère rouge (1975-1979) succéda, pendant dix ans, la période de la « présence » militaire vietnamienne. La production manuelle de cigarettes put alors reprendre dans les villes et villages. Mais très progressivement, notamment entre 1979 et 1989, lorsque le pays exsangue, décimé (près de la moitié de sa population et d’abord sa partie urbaine ayant été anéantie) avait bien d’autres préoccupations pour sa quotidienne survie. Par la suite, avec la généralisation de modes de vie occidentaux, la consommation de cigarettes s’est de plus en plus orientée vers un recours quasi exclusif à une production industrielle. La production manuelle de cigarettes ne sera très bientôt plus qu’un souvenir, souvenir que quelques personnes comme « Madame cigarettes » font encore perdurer, mais, vraisemblablement, pour un laps de temps bien limité.

Qui est « Madame cigarettes » ?

Mme Chir Kim Hao a 75 ans. Elle a toujours belle prestance dans son petit atelier de fabrication, « mais pour peu de temps encore » tient-elle à me préciser. « Mon dos me fait maintenant trop souffrir. Prochainement, je vais me retirer chez un de mes fils. » Profitons donc des derniers temps de son activité pour faire connaissance.

« Madame cigarettes », jeune fille

« Je suis née vers 1944 dans un village situé à une dizaine de kilomètres au sud de Battambang. Mes parents étaient des paysans. », raconte-t-elle.

« Ma mère, en activité d’appoint, exerçait également le métier de rouleuse de cigarettes et moi-même, j’ai commencé à rouler des cigarettes à l’âge de 12 ans. Je me suis mariée à 17 ans »

« Après mon mariage, mon mari et moi avons décidé de nous installer à Battambang et de nous consacrer uniquement à la fabrication de cigarettes. » Ce furent des années heureuses pour le couple (1961-1975). Ce que me confirme Chir Kim Hoa : « il est arrivé que nous traitions des dizaines de kilos de tabac par jour (7). Toute la famille s’y mettait alors. Les voisins venaient également donner un coup de main. »

Les Khmers rouges (1970-1975)

Le 17 avril 1975, les forces armées khmères rouges s’emparent de la capitale Phnom Penh et ordonnent son évacuation immédiate. Le 24 avril, c’est au tour de Battambang, la deuxième ville du pays, de recevoir l’ordre d’évacuation. Toute personne qui cherchait alors à échapper à cet ordre était abattue.

Bas-relief (Vat Samrong Knong) représentant le départ forcé des habitants de Battambang

Contrainte de quitter Battambang avec sa famille, Chir Kim Hao se réfugie alors dans son village d’origine ce qui leur assure au moins un hébergement. Mais ensuite, comment échapper à la suspicion d’être considérés par les Khmers rouges comme « traites à la cause de l’Angkar » (8). « Ce que nous craignions surtout » me dit-elle, « c’était d’être considérés comme des urbains exploiteurs, suppôts du régime de Long Nol (9) ce qui aurait pu équivaloir à une condamnation à mort. »

«Nous avons alors eu recours à un subterfuge. Ici, au Cambodge, nous connaissons les plantes qui brunissent la peau. Grâce à cette teinture, nous avons pu nous faire passer, aux yeux des Khmers rouges, pour des paysans, ce qui nous a peut-être sauvé la vie »

De 1975 à 1979, Chir Kim Hao et son mari seront affectés à une brigade de travaux agricoles (10) : « ce fut très dur. Nous avions continuellement faim, surtout après 1977. Mais j’étais née à la campagne et avais conservé une accoutumance au pénible labeur des paysans » tient-elle à me préciser. « Nous vivions perpétuellement dans l’incertitude du lendemain. Et surtout, il a fallu endurer la séparation avec les enfants (11). J’en avais cinq à l’époque et attendais un sixième ».

Bas-relief (vat Samrong Knong) représentant les enfants enlevés à leurs parents

Mais, même en ces temps difficiles, Chir Kim Hao n’a pas totalement abandonné son activité liée au tabac : « pendant cette période, je plantais un peu de tabac, çà et là. J’en faisais des cigarettes que ma mère apportait aux Khmers rouges en échange d’un peu de riz, car nous avions alors si peu à manger ».

« Et en 1979, nous sommes revenus à Battambang et nous sommes installés, cette fois-ci, en centre-ville, dans le petit atelier où je travaille encore ».

Une nouvelle période faste avant un déclin progressif

Le retour progressif des Cambodgiens dans leur pays, après les accords de Paris (23 octobre 1991) va signifier pour Mme Chir Kim Hao une deuxième époque faste, car à un moment où la vente de cigarettes relevait essentiellement d’une fabrication manuelle : « au début des années 90, je vendais deux tonnes de cigarettes par an. C’était de la folie » se remémore-t-elle avec nostalgie. Une époque où Madame cigarettes avait recours à une forme de marketing publicitaire : sur les étiquettes, elle apposait la formule : « grand-père dit : c’est bon — grand-mère dit : ça sent bon ! »

Publicité de 1985 : « grand-père dit : c’est bon — grand-mère dit : ça sent bon »

Mais une époque maintenant révolue : « actuellement, je peine à vendre 100 kg par an ! à cause de qui ? de ceux qui n’arrêtent pas de dire que fumer est mauvais pour la santé.. Et puis, la faute à ces grandes usines qui produisent du tabac pour rien » (12) tempête-t-elle. Aujourd’hui, en effet, les clients de Madame cigarettes sont essentiellement des touristes qui lui achètent un ou deux paquets « en souvenir ».

Jouons au touriste

« et combien coûtent vos cigarettes ? »

« j’ai récemment dû en augmenter le prix pour avoir de quoi survivre. Autrefois, c’était 2 000 riels (un demi-euro) le paquet de 60 cigarettes. Maintenant, c’est 4 000 riels le paquet (un euro) ». Je donne 10 000 riels (2,5 euros) et reçois en échange 2 paquets auxquels Chir Kim Hoa ajoute, en prime, quelques cigarettes et deux mini-cigares (13). Je décline le solde (0,5 euro) qu’elle veut me rendre :

« alors, ce sera, demain matin pour les moines lors de leur quête quotidienne de nourriture », me précise-t-elle.
Pour deux euros

Apprendre à rouler vos cigarettes avec la méthode cambodgienne 

Quant aux cigarettes achetées, elles serviront à faire renaître chez quelques Khmers établis en France la nostalgie d’un temps à jamais révolu.

« d’où vient le tabac ? » ai-je demandé à Chir Kim Hoa

« autrefois, on le produisait dans tout le Cambodge. Maintenant, il n’est plus produit que dans la région de Kompong Cham. Heureusement avec plusieurs variétés : du tabac blond et plusieurs variétés de tabac brun. Je produis également des cigarettes au goût très doux composées de tabac blond, de miel, de citron et de café ».

« et les feuilles de papier à cigarettes ? »

« Je les achète à Phnom Penh. Elles viennent du Japon. Il existe aussi des feuilles de papier à cigarettes d’origine vietnamienne, mais leur qualité est moindre » me confie Chir Kim Hoa pour expliquer son choix. Quant à la colle, Madame cigarettes l’extrait de graines de lotus.

Encollage du ruban

La technique de fabrication, même si elle nécessite une certaine dextérité, est plutôt simple d’usage. Elle est identique, dans son principe, à celle que, il y a quelques décennies encore, on utilisait dans les campagnes françaises lorsque le fumeur avait recours à une « machine à rouler les cigarettes ». Sauf, qu’ici, la machine est remplacée d’une part par un bâtonnet de bambou à demi fendu qu’un geste rotatif va mettre en mouvement et d’autre part le rouleau par un billet inséré dans le bâtonnet. « J’utilise soit des billets qui datent de l’époque dite du Sangkum (1953-1970), c’est-à-dire du temps où le Cambodge était dirigé par le seul Norodom Sihanouk (1922-2012), soit des billets de l’époque où le pays l’était par Long Nol (1970-1975).

Je préfère ces derniers, car ils sont plus solides et résistent mieux à l’usure » me confie Chir Kim Hoa.

« Pourquoi des billets de ces époques ? » ai-je demandé. « Ils présentent deux avantages » me répond-elle : « leur taille correspond exactement à celle de la feuille de cigarette. Et puis, ils ne servent plus à rien ! »(14). Elle tient également à me faire une démonstration de « sa » machine à rouler les cigarettes : « je l’ai achetée aux Vietnamiens en 1985, mais je continue à utiliser surtout la méthode manuelle ».

Madame cigarettes  et sa machine

Ni l’âge et ses tourments, ni le ralentissement de ses ventes n’affectent toutefois le moral de Madame cigarettes : « regardez sur ma main gauche. Il y a une petite tache. Elle était toute petite à ma naissance, puis elle a grandi. Le “lok kru Khmer” (sage de la pagode) y a vu des ailes et un oiseau. et m’a prédit qu’ainsi, je m’envolerai au paradis bouddhiste ».

Chir Kim Hao avec son mari et six garçons, sa grande fierté

(1) « sangkae » : arbre au bois dur et blanc. Nom scientifique : « combretum quadragalare » ou « lacriferum »

(2) : au centre audiovisuel Bophana, à Phnom Penh, on peut découvrir un film de propagande réalisé par les Khmers rouges (1975-1979) montrant l’usine en fonctionnement. Ce qui, en tout cas, prouve que des cigarettes continuaient à être produites sous ce régime

(3) « la production de tabac dans les plantations riveraines du Tonlé Sap et du Mékong à Kompong Cham, à Battambang et à Kandal n’a pas été abandonnée sous les Khmers rouges. Il en a résulté l’apparition de deux types de cigarettes fabriquées à PO-4 à partir de tabac conditionné à Ba-4. Réservées aux cadres et militaires de haut rang, les plus prisées portaient la marque “Kotab”. Sans filtre, les cigarettes “Bayon” ou “Klok” sont distribuées aux cadres inférieurs et aux combattants. Le “peuple nouveau”, quant à lui, pouvait, dans certains secteurs, prétendre à 1 ou 2 cigarettes “bayon” ou “klok” par mois ». Dictionnaire des Khmers rouges — IRASEC — mai 2011

(4) voir « Cambodge — le sourire bâillonné » — p. 130

(5) voir « l’utopie meurtrière — un rescapé du génocide cambodgien témoigne » — p. 125

(6) voir « l’élimination » par Rithy Pan : « pendant toute cette période, l’or n’a jamais cessé de circuler discrètement. Il avait un pouvoir extraordinaire. Avec l’or, on faisait apparaître ce qui avait disparu : de la pénicilline, par exemple. Du riz, du sucre, du tabac. Les Khmers rouges participaient pleinement à ce trafic »

(7) selon Chir Kim Hoa, un travailleur peut traiter trois kilos de tabac par jour

(8) Angkar ou « l’organisation » fut la dénomination fréquemment utilisée pour désigner le « pouvoir » global qui au temps des Khmers rouges dirigea le pays.

(9) le général Long Nol avait, en 1970, dans la tourmente engendrée par la guerre vietnamo-américaine, renversé le régime de Norodom Sihanouk et gouverné, avec l'aide américaine, jusqu'en 1975 un pays où ses forces armées républicaines contrôlaient un territoire qui se réduisait chaque jour face à la pression militaire des Khmers rouges

(10) les Khmers rouges avaient supprimé la propriété individuelle et collectivisé les terres. En règle générale, les paysans -ou ceux qui avaient pu se faire passer pour tels- ont été affectés à des travaux agricoles

(11) dès qu'ils étaient en âge de marcher, les enfants -survivants- étaient enlevés à leurs parents pour être élevés dans un cadre collectif et recevoir une "éducation révolutionnaire", ce qui incluait notamment :

- le renoncement à sa personnalité

-le renoncement à un esprit critique

- le renoncement à un instinct de propriété

.. "pour arriver au stade ultime du communisme ... alors le peuple vivra dans une société de bonheur et d'abondance".

En réalité, cette "éducation" consistait essentiellement dans le "rabâchage" de slogans révolutionnaires.

(12) voir "le Toqué" - mai 2012 - Mathieu Damperon

(13) en fait, ces cigares consistent en du tabac roulé, non dans des feuilles de tabac, mais dans des feuilles de sluk sangkae

(14) une des premières mesures prise par les Khmers rouges avait été de supprimer toute monnaie

Texte et illustration par Jean-Michel GALLET (Feuille de route 62)

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