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Ancre 1

Histoire : Ces légendes cambodgiennes très particulières sauvées de l'obscurité

Il était une fois une Cambodgienne qui avait recruté un groupe de voleurs pour se débarrasser du cadavre de son amant. L’histoire aurait pu en rester là si la perfidie et la ruse de cette femme n’avaient pas conduit l’un des voleurs à regretter amèrement d’être tombé amoureux d’elle.

Le recueil original, publié en 1922 sous le titre « Légendes cambodgiennes que m’a contées le Gouverneur Khieu », n’a jamais été réédité et a disparu dans les profondeurs obscures des bibliothèques universitaires. Il en reste toutefois quelques exemplaires réédités par la Bibliothèque Nationale de France en vente en ligne.

Ruse ou...

En effet, après avoir accompli leur mission, la Cambodgienne infidèle et meurtrière ne manqua pas de vendre le groupe de voleurs à un esclavagiste. Ceux-ci parvinrent à s’échapper, mais l’un d’entre eux, séduit (?) par le caractère de la jeune femme vint la retrouver et lui déclara sa flamme.

La Cambodgienne demanda donc au voleur de l’embrasser, ce qu’il fit pour se voir arracher la langue par sa bien-aimée, qui s’empressa ensuite de le vendre à nouveau comme esclave...

Cette fable est un conte khmer qui s’est transmis de génération en génération. Elle est la première histoire d’une anthologie de contes populaires anciens intitulée « Women Wiles – Les Ruses des Femmes », dont les thèmes vont de la naissance d’Angkor à la piraterie.

L’anthologie a été mise sur papier pour la première fois en 1922 par Guillaume Henri Monod, le géologue français qui aurait recueilli ces contes auprès du gouverneur de Pursat connu seulement sous le nom de Khieu.

Le recueil original, publié en 1922 sous le titre « Légendes cambodgiennes que m’a contées le Gouverneur Khieu », n’a jamais été réédité et a disparu dans les profondeurs obscures des bibliothèques universitaires. Il en reste toutefois quelques exemplaires réédités par la Bibliothèque Nationale de France en vente en ligne.

Mais il y a une quinzaine d’années, Kent Davis, qui se décrit lui-même comme un « archéologue littéraire », est tombé sur le livre alors qu’il effectuait des recherches sur de vieux textes d’Asie du Sud-Est et a décidé de le traduire en anglais.

« Nous disposons d’une véritable machine à remonter le temps de la culture et de la tradition orale cambodgiennes », déclarait Kent Davis, qui avait déjà publié les travaux de George Groslier.

Selon Davis, Monod aurait recueilli ces informations il y a 92 ans auprès d'un Cambodgien probablement né vers 1850, qui aurait donc grandi en entendant ces histoires de la bouche de ses parents nés vers 1800.

Le recueil original, publié en 1922 sous le titre « Légendes cambodgiennes que m’a contées le Gouverneur Khieu », n’a jamais été réédité et a disparu dans les profondeurs obscures des bibliothèques universitaires. Il en reste toutefois quelques exemplaires réédités par la Bibliothèque Nationale de France en vente en ligne.

Après avoir publié une annonce en ligne demandant un traducteur du français vers l'anglais, M. Davis a trouvé Solang Uk, un biologiste cambodgien à la retraite âgé de 75 ans, qui avait déjà traduit le récit du diplomate chinois Zhou Daugan sur l'Angkor du XIIIe siècle.

Uk, qui avait grandi dans la ville de Tuk Meas, dans la province de Kampot, sous l'occupation française et japonaise, confiait à l'époque qu'il se souvenait avoir entendu les récits des anciens de sa ville. Uk trouvait d'ailleurs que Monod, bien que Français, avait su capturer avec précision l'essence des récits.

Selon le traducteur, « la morale des contes demeurait une source de débat », certains voyant dans Women's Wiles une célébration de l'intelligence tandis que d'autres y trouvaient une « mise en garde contre les traîtresses ».

De nombreux autres aspects de ces contes restent entourés de mystère. Compte tenu de la pénurie de documents écrits khmers avant le XIXe siècle, ni Davis ni Uk ne connaissaient avec certitude l'ancienneté précise des légendes.

Représentation de Cambodgiens dans une édition de 1887 du magazine Popular Science Monthly. WIKICOMMONS
Représentation de Cambodgiens dans une édition de 1887 du magazine Popular Science Monthly

Selon Uk, les histoires elles-mêmes sont de moins en moins racontées par les Cambodgiens et la communauté khmère d’outre-mer se trouvait alors particulièrement déconnectée de ces légendes.

Note de l’éditeur

En 1898, Guillaume Henri Monod, âgé de 23 ans, se rend en Indochine française pour chercher son destin dans l’exotique royaume du Cambodge. Situé au carrefour des grandes civilisations de l’Inde et de la Chine, le fabuleux empire khmer s’y est épanoui il y a plus d’un millénaire. Monod se lie d’amitié avec de nombreux Cambodgiens tout en poursuivant son étude passionnée de leur culture ancienne. L’un de ses amis, le gouverneur Khieu de la province de Pursat, partage avec Monod les riches légendes de son pays, l’incitant à les consigner en 1922.

Solang Uk. Photo fournie
Solang Uk. Photo fournie

Dans cette édition, traduite pour la première fois en anglais par l’auteur et érudit cambodgien Solang Uk, vous découvrirez que l’esprit, la sagesse, l’humour et la morale de ces contes vivants se présentent sous de nombreuses formes, ne manquant jamais de surprendre, de rendre perplexe et d’amuser un public envoûté. En prime, pour les étudiants en langues et les chercheurs, ce livre comprend le texte original français dans son intégralité.

Au fil de rebondissements imaginatifs, vous rencontrerez de simples villageois vivant au fin fond de la jungle, des rois et des princesses dans des palais fabuleux, des anges et des dieux des cieux hindous… et vous affronterez même de féroces pirates cachés dans les repaires d’une île !

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