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Diaspora : Chantria Tram porte les voix khmères-krom sur les scènes et les écrans canadiens

9 août
4 min de lecture

Actrice, autrice et productrice installée à Toronto, Chantria Tram construit depuis une quinzaine d'années une œuvre qui explore, avec humour et vulnérabilité, ce que signifie grandir entre deux cultures. De son seule-en-scène « Someone Between » à ses rôles dans des séries diffusées sur Apple TV+ ou HBO Max, en passant par un travail de mémoire collective auprès de la communauté khmère-krom, son parcours dessine le portrait d'une artiste pour qui la scène est aussi un espace de réconciliation.

Chantria Tram sur scène dans « Someone Between » — Photo : chantriatram.ca
Chantria Tram sur scène dans « Someone Between » — Photo : chantriatram.ca

De Mary à Chantria : une quête d'identité

Chantria Tram est d'origine khmère-krom, cette minorité ethnique khmère originaire du delta du Mékong, aujourd'hui situé dans le sud du Vietnam mais historiquement rattaché au territoire cambodgien. Arrivée enfant au Canada avec sa famille, elle raconte, dans un entretien accordé à la Cambodian Alliance for the Arts, s'être inventée un prénom, « Mary », pour mieux s'intégrer à son nouvel environnement. C'est en assistant à une célébration du Nouvel An cambodgien dans un temple de l'Ontario, entourée d'autres jeunes Khmers-Kroms partageant un vécu similaire, qu'elle dit avoir renoué avec ses racines et commencé à combler ce qu'elle décrit comme une forme de crise identitaire. Passionnée de théâtre depuis l'enfance — elle grandit en regardant sa mère se produire sur scène —, elle choisit d'en faire son métier et suit une formation en art dramatique à l'Université Concordia, à Montréal.

Someone Between, une traversée intime

C'est à Concordia qu'elle amorce, il y a près de quinze ans, le projet qui deviendra sa signature artistique : « Someone Between », un seule-en-scène semi-autobiographique où elle interroge, avec humour et empathie, les tensions entre tradition et modernité, famille et individualité, passé et avenir. La pièce est d'abord montée au Monument National à Montréal, avant de tourner sur les scènes canadiennes pendant plusieurs années, du Centaur Theatre au Hamilton Fringe Festival, jusqu'au Summerworks Performance Festival de Toronto. « Parce que c'est une pièce semi-autobiographique, j'ai dû vraiment fouiller en moi-même pour trouver des réponses à des questions que je n'avais jamais osé me poser », confiait-elle à la Cambodian Alliance for the Arts, évoquant aussi la difficulté d'interpréter ses propres parents sur scène. « C'était, et c'est toujours, un processus de guérison. » La presse spécialisée a salué la performance : le magazine View Magazine y voyait « une histoire personnelle, bien racontée, avec compassion, empathie et engagement », tandis que Raise the Hammer soulignait la façon dont Chantria Tram « joue les deux rôles avec maestria, en partie grâce à des changements de voix et une chorégraphie subtile mais très efficace ».

Chantria Tram en représentation, geste expressif éclairé sur scène — Photo : chantriatram.ca
Chantria Tram en représentation, geste expressif éclairé sur scène — Photo : chantriatram.ca

Des scènes intimistes aux plateaux nord-américains

Parallèlement à son travail d'autrice, Chantria Tram poursuit une carrière d'actrice à l'écran qui l'a menée sur les plateaux de plusieurs productions nord-américaines de premier plan : la série Murderbot sur Apple TV+, SkyMed, diffusée sur Paramount+ et CBC, Titans sur HBO Max, ou encore The Expanse sur Amazon Prime. Elle a également prêté ses traits à la série Deadly Estate ainsi qu'à Workin' Moms. Au théâtre, elle a notamment rejoint la distribution de Three Women of Swatow au Tarragon Theatre de Toronto, une des scènes les plus reconnues du pays pour la création contemporaine.

Voices of the 1.5 Generation, transmettre une mémoire

En 2011 et 2012, Chantria Tram porte un projet d'un tout autre ordre : « Voices of the 1.5 Generation », une résidence artistique menée en partenariat avec l'Université Concordia et la communauté khmère de Montréal, avec le soutien du Conseil des arts du Canada. En s'appuyant sur les témoignages oraux recueillis par le Cambodian Working Group du Montreal Life Stories Project, elle anime pendant trois mois des ateliers réunissant de jeunes Khmers nés ou arrivés en bas âge au Canada, invités à explorer la transmission des récits familiaux entre une génération marquée par des violations graves des droits humains et leurs enfants, engagés dans la redéfinition de leur propre identité. Le projet, coréalisé avec le cinéaste Paul Tom, aboutit à une restitution scénique et à un court documentaire, et a été présenté dans le cadre du programme montréalais « We Are Here » ainsi que lors de la conférence internationale « Imagining Cambodia », organisée par la Southern Illinois University.

Tiger Child, un nouveau projet en développement

Chantria Tram travaille aujourd'hui au développement d'une série originale, Tiger Child, dont elle est coautrice. Le projet a été retenu comme finaliste du classement Coverfly RED List, qui distingue chaque année les meilleurs scénarios non produits soumis sur la plateforme, un signal encourageant pour cette nouvelle création.

Une implication au service de sa communauté

Membre de l'ACTRA (le syndicat canadien des artistes de doublage, du cinéma et de la télévision) et de la CEAE, Chantria Tram est également trésorière du Nightwood Theatre, compagnie torontoise consacrée à la création théâtrale féminine, et préside le Khmer-Krom Youth Development Centre of Ontario, une organisation dédiée à la jeunesse khmère-krom de la province. Un engagement qui prolonge, en dehors de la scène, le travail de mémoire et de transmission au cœur de son œuvre artistique.

Site officiel : chantriatram.ca

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