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Destination Éco-Talents ouvre ses portes chez Artisans Angkor — un deuxième ancrage pour le tourisme durable francophone

À la veille de la Journée de la Terre et à l'approche du Sommet de la Francophonie, un nouveau carrefour du tourisme durable s'installe au cœur de Siem Reap.

Cécile Martin-Phipps, directrice de l'IFDD
Cécile Martin-Phipps, directrice de l'IFDD

Il aura fallu une journée bien remplie, deux ateliers, une vingtaine de partenaires et plusieurs discours d'inauguration pour donner naissance, le mardi 21 avril 2026, au deuxième centre Destination Éco-Talents (DET) de Siem Reap. Hébergé dans les murs d'Artisans Angkor, symbole vivant de l'artisanat cambodgien, ce nouveau pôle du tourisme durable francophone vient compléter le dispositif lancé en novembre dernier à l'École d'hôtellerie et de tourisme Paul Dubrule. Une double présence qui fait de Siem Reap un ancrage stratégique unique pour le projet porté par l'OIF et son Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD).

Un projet né d'une vision, ancré dans le terrain

Pour comprendre l'inauguration d'avril 2026, il faut remonter à la genèse du projet. Destination Éco-Talents est né de la vision de la secrétaire générale de la Francophonie, qui a souhaité faire du tourisme durable un levier concret de formation, d'insertion professionnelle, de valorisation des patrimoines et de promotion de la langue française. Porté par l'IFDD, le projet accompagne plusieurs pays — Vietnam, Comores, Cap-Vert, Cambodge — autour d'une conviction commune : la Francophonie peut et doit se traduire en actions concrètes, utiles, porteuses d'avenir.

L'OIF à École d'hôtellerie et de tourisme Paul Dubrule en novembre 2025
L'OIF à École d'hôtellerie et de tourisme Paul Dubrule en novembre 2025

Au Cambodge, la première étape avait été franchie en novembre 2025, avec l'inauguration d'un premier centre DET au sein de l'École d'hôtellerie et de tourisme Paul Dubrule, à Siem Reap. Ce centre, résolument tourné vers la formation professionnelle et l'insertion, avait constitué une première porte d'entrée dans l'écosystème touristique local. Dès lors, l'idée d'un deuxième centre, davantage axé sur la coordination, la mise en réseau et la valorisation des pratiques, avait germé dans les esprits. C'est cette idée que l'inauguration du 21 avril est venue concrétiser.

« Le tourisme durable se construit d'abord sur le terrain, avec celles et ceux qui font vivre les territoires. » Cécile Martin-Phipps, directrice de l'IFDD

L'atelier de l'après-midi : la parole aux partenaires

Avant la cérémonie officielle, la journée du 21 avril avait commencé de manière délibérément plus discrète et collaborative. Dès 15h30, une vingtaine de partenaires du projet — ONG, institutions de formation, guides touristiques, acteurs du secteur privé, représentants associatifs — se retrouvaient autour de la table pour un atelier animé par Cécile Martin-Phipps, directrice de l'IFDD, et Thi Cuc Phuong Nguyen, spécialiste de programme à l'OIF.

La discussion, menée principalement en anglais pour permettre à tous de participer, s'est articulée autour de trois questions fondatrices : quels sont les besoins et ambitions des partenaires ? Comment envisagent-ils la collaboration avec l'OIF et l'IFDD ? Et surtout — question délibérément provocatrice — le tourisme durable est-il une niche ou un marché de masse ?

Niche ou cadre universel ? Un consensus inattendu

La réponse est venue rapidement, et de façon quasi unanime : le tourisme durable ne devrait pas rester une niche, mais bien s'imposer comme un cadre applicable à l'ensemble des formes de tourisme. Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer les pratiques concrètes plutôt que de s'en tenir à des modèles idéaux, de favoriser une approche ascendante (bottom-up) plutôt que d'imposer des standards complexes comme ceux du GSTC. L'idée d'un référentiel simplifié — une dizaine ou vingtaine de critères — a été évoquée, avec l'OIF comme porteur potentiel, même si les contraintes de moyens de l'organisation rendent cette piste difficile à court terme.

La réflexion a débordé du cadre strictement sectoriel : comment espérer un tourisme durable si le mode de vie contemporain lui-même ne l'est pas ? Certains ont suggéré de s'appuyer sur des institutions comme la Banque mondiale pour porter ces enjeux à une échelle plus ambitieuse.

Les PME, l'angle mort du secteur

Un constat a largement dominé les échanges : les petites et moyennes entreprises touristiques restent le maillon faible de la durabilité. Si les grands groupes hôteliers internationaux comme Accor disposent de politiques environnementales internes bien rodées, les petits propriétaires et entrepreneurs locaux ne les appliquent pas — par méconnaissance, ou faute de motivation. Les associations sectorielles telles que CATA ou PATA ont été citées comme leviers potentiels. SPOONS Cambodia a d'ailleurs témoigné d'un signal encourageant : des boutiques et hôtels de taille modeste viennent spontanément demander à être formés sur les bonnes pratiques. La demande existe. Il faut désormais l'organiser.

Principaux thèmes de l'atelier

L'atelier a mis en lumière plusieurs thèmes phares pour l'avenir du tourisme au Cambodge. Le tourisme durable doit passer d'une niche à un cadre universel, soutenu par un référentiel simplifié et accessible. Les PME touristiques constituent la cible prioritaire pour l'accompagnement et la formation aux bonnes pratiques. La propreté et la gestion des déchets exigent une action publique soutenue, au-delà des seules initiatives privées. Les efforts de diversification visent à orienter les flux vers le Tonlé Sap et le Mékong, tout en valorisant la « saison verte ». Enfin, le français s'impose comme un atout majeur pour séduire les retraités francophones européens.

Gouvernement, propreté et responsabilité collective

La question de la gestion des déchets a occupé une place importante dans les débats. Si les sites touristiques majeurs — temples, riverside — sont relativement entretenus, les quartiers résidentiels souffrent d'un manque criant de collecte des ordures. Sans action publique, les initiatives privées peinent à produire un effet systémique. La formule lancée par l'un des participants a fait mouche : « Cambodia is not ready ». Un constat sévère, mais partagé, qui appelle à travailler à deux niveaux simultanément : lobbying auprès du gouvernement via les associations sectorielles d'une part ; accompagnement direct des entrepreneurs de l'autre.

Les participants ont aussi plaidé pour une approche pédagogique de longue durée : il ne suffit pas d'inciter à nettoyer, il faut expliquer pourquoi cela est bénéfique, notamment économiquement. Le guide touristique, figure de médiation entre visiteurs et communautés locales, a été identifié comme un acteur clé de cette éducation.

Diversifier le Cambodge au-delà d'Angkor

L'atelier a également soulevé la nécessité de ne pas réduire le Cambodge à la seule image de ses temples. Il faut orienter les flux touristiques vers des territoires encore insuffisamment promus : le Tonle Sap, le Mékong, les communautés rurales. La comparaison avec le Vietnam — qui a su diversifier et accélérer son développement touristique — a servi de point d'aiguillon. La Francophonie pourrait jouer un rôle en attirant les visiteurs européens, notamment les retraités francophones. Un exemple concret de repositionnement positif a été salué : parler de « saison verte » plutôt que de « saison des pluies ».

« L'objectif de l'IFDD n'est pas de distribuer des financements, mais de donner de la crédibilité aux petits projets, d'agir comme catalyseur pour construire des initiatives à fort impact. » Cécile Martin-Phipps, mot de clôture de l'atelier

La cérémonie d'inauguration : un acte politique et symbolique

À 17h30, le ton a changé. Les invités officiels ont commencé à arriver : représentants des autorités cambodgiennes, partenaires institutionnels, acteurs du secteur privé et de la société civile. La présence de SUN Sovanna, secrétaire d'État au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, de NGOUV Sengkak, vice-gouverneur de la province de Siem Reap, et de THIM Sereyvuth, directeur du département du tourisme de Siem Reap, a conféré à l'événement un poids politique indéniable. La présence de SENG Sotheara, représentant l'Autorité nationale APSARA, rappelait quant à elle l'ancrage patrimonial du projet.

La voix d'Artisans Angkor

C'est Phloeun Prim, directeur commercial d'Artisans Angkor, qui a ouvert la cérémonie. Dans son allocution, il a replacé l'accueil du centre DET dans la continuité directe de la mission de son organisation : préserver et promouvoir l'artisanat cambodgien tout en créant des opportunités pour les communautés locales. Pour lui, accueillir ce centre n'est pas une opportunité conjoncturelle, mais une extension naturelle des valeurs portées par Artisans Angkor depuis des années.

Phloeun Prim, directeur commercial d'Artisans Angkor
Phloeun Prim, directeur commercial d'Artisans Angkor

Il a esquissé la vocation concrète du lieu : un espace vivant où les acteurs du tourisme pourront se rencontrer, tester des idées, nouer des collaborations et lier formation à l'emploi. Un pont entre initiatives locales et secteur privé, entre communautés et visiteurs. La localisation même du centre, dans un espace accueillant quotidiennement des visiteurs du monde entier, a été présentée comme un atout stratégique irremplaçable pour sensibiliser au tourisme durable à grande échelle.

Le discours de Cécile Martin-Phipps : une vision en quatre piliers

La directrice de l'IFDD a ensuite pris la parole pour l'allocution centrale de la soirée. Elle a développé une vision exigeante du tourisme durable, articulée autour de quatre piliers complémentaires.

  • Le pilier économique d'abord : créer de l'activité et des revenus durables.

  • Le pilier social ensuite : faire en sorte que les retombées bénéficient réellement aux communautés, notamment aux jeunes — qui représentent plus de 60 % de la population francophone mondiale — et aux femmes.

  • Le pilier environnemental : aucun développement n'est viable s'il détruit les écosystèmes dont il dépend.

  • Et enfin le pilier culturel, celui qui donne à l'espace francophone sa singularité : la culture n'est pas périphérique au développement durable, elle en est au cœur.

Sur la place du français dans ce dispositif, la directrice a été explicite : la langue n'est pas qu'un lien affectif ou symbolique. Dans le domaine du tourisme durable, elle constitue une valeur ajoutée économique réelle — facilitant les échanges, la structuration d'offres, la mise en marché — et une valeur de durabilité, permettant le partage de pratiques responsables et la diffusion de modèles touristiques plus respectueux des cultures et de l'environnement.

« Ce centre n'a pas vocation à être le centre de l'OIF. Il se veut avant tout un espace déclencheur : un lieu qui relie, qui valorise et qui fait rayonner. » Cécile Martin-Phipps, directrice de l'IFDD

Complémentarité et réseau en construction

L'un des moments forts du discours a été la mise en perspective de ce deuxième centre par rapport au premier, ouvert à l'EHT Paul Dubrule. Cécile Martin-Phipps a insisté sur la complémentarité voulue et assumée entre les deux sites sieméapois : d'un côté, la montée en compétences et l'accès à l'emploi ; de l'autre, la valorisation des savoir-faire, des circuits et du patrimoine vivant.

Le fait que l'OIF dispose désormais de deux centres à Siem Reap a été qualifié de signal fort, reconnaissant à la fois le rôle majeur de cette ville dans le tourisme cambodgien et sa place singulière comme grand foyer de tourisme francophone.

La directrice a également évoqué les ambitions de réseau à plus long terme : des centres DET au Vietnam, aux Comores, au Cap-Vert, et dans d'autres pays encore. Un réseau en construction, dont le centre d'Artisans Angkor constitue une nouvelle maille précieuse.

Un calendrier chargé de symboles

La date du 21 avril n'a pas été choisie par hasard. À la veille de la Journée de la Terre, l'inauguration prenait une résonance particulière. À l'approche du Sommet de la Francophonie de novembre 2026, elle s'inscrivait aussi dans une dynamique politique plus large. Et en cette Année du Cheval, symbole d'élan et de mouvement, Cécile Martin-Phipps a conclu avec une formule qui résumait l'ambition du projet : faire de Destination Éco-Talents un moteur de formation, de valorisation, de solidarité et de durabilité — pour que le tourisme de demain prenne soin de la Terre, des cultures et des personnes, tout à la fois.

Un deuxième centre, une même ambition

Au terme de cette journée dense, le message central s'impose clairement : Destination Éco-Talents n'est pas un projet institutionnel de plus. C'est un pari sur l'intelligence collective et sur la capacité du terrain à inventer des solutions concrètes, ancrées dans les réalités locales. À Siem Reap, la double implantation du projet — à l'EHT Paul Dubrule pour la formation, chez Artisans Angkor pour la coordination et le rayonnement — offre un modèle d'écosystème cohérent, dont les premiers résultats seront attendus avec attention d'ici le Sommet de la Francophonie.

Ce centre appartient désormais à ceux qui l'habitent : partenaires, entrepreneurs, jeunes talents, artisans, guides, visiteurs. C'est du moins le souhait exprimé ce soir-là, lors du cocktail qui a réuni tous les participants dans le jardin d'Artisans Angkor — à quelques heures seulement de la Journée de la Terre.

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